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du Cardinal

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commiffion de retourner à Rome, voir s'il n'y la faute l'on que y

auroit

de reparer

*

pas moyen avoit faite. En quoy l'aveuglement du Roy fut d'autant plus à plaindre, que fa Majesté rendoit *Dans le fe- cette faute irreparable en renvoyant le Cardicond voyage nal d'Arras au Pape : bien loin qu'elle y remed'Arras à Ro- diât comme elle prétendoit. Car outre que la Cour de Rome ne fe gagnoit pas par la dissimulation, lorsqu'elle étoit perfuadée d'avoir offenfé les perfonnes qui en ufoient à fon égard, elle étoit d'humeur à juger de la foibleffe des autres par le peu de reffentiment qu'ils témoignoient, & par confequent à les méprifer, & mêmes à continuer de les infulter. Et de fait toute la fatisfaction que remporta le Cardinal d'Arras des longues audiances qu'il eut du Pape, fut que sa Sainteté l'écouta fans s'émouvoir & fans l'interrompre.On avoit donné à ce Cardinal pour Collegues, les Evêques d'Angers & de Xaintes; & de peur que la Cour de Rome ne trouvât à redire qu'on luy eût envoyé une Ambassade extraordinaire toute compofée d'Ecclefiaftiques, on y avoit joint des Laïques, & on leur avoit donné pour Chef le Comte de Chaumont.

* Dans la ré

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à cet Ambaffadeur.

*

Le Pape répondit publiquement à ce Comte ponse du Pa- qu'il n'avoit fait que fe conformer aux maximes les plus certaines de la Réligion Chrêtienne, lors qu'il avoit préferé la Maifon d'Arragon à celle d'Anjou pour l'inveftiture de Naples; parce que ne pouvant en aucune maniere fe dépouiller de la

qualité

qualité de Pere commun, & ne devant jamais prononcer en faveur ou contre qui que ce fût sans être reconnu pour Juge, & fans avoir examiné le fond de l'affaire, fa Sainteté n'avoit qu'à regarder celuy qui étoit en poffeffion, & à le reconnoître pour proprietaire jufqu'à ce qu'il fût dépoffedé. Qu'à fon avenement à la Papauté, elle avoit trouvé Ferdinand étably Roy de Naples, & que ce Prince l'avoit depuis preffée de le confirmer. Qu'elle avoit long-temps differé de le faire pour voir fi les Princes de la Maison d'Anjou ne le troubleroient point dans la joüissance d'un Etat si florissant: mais que voyant qu'ils le laisfoient paisible par impuiffance ou autrement elle n'avoit pu differer davantage à luy accorder l'Inveftiture qu'il demandoit.

Le Comte de Chaumont qui n'étoit pas informé de la veritable cause qu'avoit eu fa Sainteté de favorifer Ferdinand, s'imagina qu'elle n'avoit point eu d'autre intention que d'obliger les François à contribuer pour la guerre contre les Turcs qui venoit d'être publiée à l'assemblée de Mantouë, comme devant être faite aux frais communs de la Chrêtienté. Il repartit *fur cette fuppofition que Dans la rele Roy fon Maître luy avoit ordonné d'offrir à fa plique du Sainteté quarante mille chevaux, & trente mille Comte de hommes de pied, au cas qu'elle revoquât l'Investiture accordée à Ferdinand, & qu'elle en accordât une nouvelle au Duc de Calabre fur la ceffion que René Roy de Sicile fon pere luy feroit de ses droits d'Anjou.

L

a

Chaumont.

Cette propofition fi peu attenduë, embarafsa extraordinairement le Pape, quoyqu'il eût plus d'experience qu'aucun autre de fon fiécle en matiere de negociation. L'offre du Comte de Chaumont étoit fi avantageufe à Pie Second, qu'il fe feroit perdu de reputation en ne l'acceptant pas. Les Princes Chrêtiens qu'il avoit fi folemnellement invitez à l'affemblée de Mantouë l'auroient accufé de s'être mocqué d'eux en leur demandant les moyens de porter la guerre chez les Infidéles, ou d'être le plus inconftant des hommes; puifqu'aprés avoir témoigné tant d'ardeur pour cette expedition il fe refroidiffoit honteufement lorfque la France luy prefentoit un fecours fi confiderable, qu'il étoit feul capable de mettre Mahomet Second à la raison.

Il y avoit encore moins lieu de foupçonner que ce que promettoient les François étoit au deffus de leurs forces: car outre qu'ils fortoient d'une longue guerre civile & étrangere tout enfemble qui les avoit prefque tous accoûtumez aux fonctions militaires, on leur vit mettre fur pied bientôt aprez deux fois autant de forces qu'en avoit offert le Comte de Chaumont.

Le Pape auroit donc été reduit à les accepter, ou à laiffer deviner par fon filence qu'il preferoit l'agrandiffement de fa Maison au recouvrement de l'Empire de Conftantinople, s'il ne luy cût tombé dans l'efprit au moment que le Comte de Chaumont ceffa de parler, un expedient qui le

dégagea de ces deux fâcheufes extremitez. Il ap-
plaudit à la propofition de ce Comte, & luy té-
moigna qu'il donnoit dans fon fens. Il ajoûta
que le Roy Louis Onze ne pouvoit choifir de
meilleure voye pour executer le deffein de ré-
tablir la Maison d'Anjou fur le Trône de Na-
ples, que d'envoyer foixante dix mille foldats
en Italie s'embarquer fur les côtes de la Poüil-
le, pour de-là faire voile en Grece; parce que
Ferdinand incapable de refifter à une armée fi
formidable, ne la fentiroit pas plûtôt approcher
qu'il s'enfuiroit; & le Saint Siége aprez avoir
appris que ce Prince auroit quitté la partie, feroit
en état d'inveftir des deux Siciles le Duc de
Calabre qui fe trouveroit alors en poffeffion du
Royaume de Naples. Cette raifon qui n'étoit à
le bien prendre qu'une défaite, fatisfit de forte le
Comte de Chaumont qu'il retourna content en
France, quoyqu'il n'eût rien obtenu de ce qu'il
demandoit. * Mais le Roy ne fut pas fi facile à
prendre le change, que l'avoit été fon Ambaffa-
deur, Il découvrit d'abord ce qu'il y avoit de fredy.
captieux dans l'excufe du Pape, ou du moins il
s'imagina de l'avoir découvert.

Sa Majesté entretenoit en Angleterre de fidéles Efpions, qui l'avoient avertie que l'Evêque Fran-: çois d'Antragues Ambaffadeur Apoftolique en Angleterre étoit le principal auteur des guerres civiles qui defoloient cette Ifle autrefois fi floriffante; & que ce Prelat y avoit formé par fes in

1

* Dans les

Lettres de Pie

Second à Jof

* Dans les

Lettres de cet

Evêque à Pie

Second.

trigues une faction fi puiffante, qu'elle avoit ôté la Couronne à la Maifon de Lancaftre qui la poffedoit paisiblement depuis trois generations, & mis en fa place celle d'York. On fçavoit de plus qu'il étoit ennemy déclaré des François: Qu'il leur avoit rendu toutes fortes de mauvais offices en Cour de Rome:* Qu'il avoit menacé des Cenfures Ecclefiaftiques ceux de la même Nation qui étoient allez porter les armes en faveur de la Maison de Lancaftre; &qu'il avoit excité la Maifon d'Yorck aprez fa victoire à ne leur point donner de quartier. Sur quoy le Roy croyoit être bien fondé de conclure, que ce Prelat n'auroit pas plûtôt vu paffer les forces de France en Italie, que foit qu'il eût un ordre fecret du Pape, ou qu'il agît par le feul efprit de malignité qui l'animoit contre la France, il inviteroit le Roy d'Angleterre Edouard Quatre à faire une defcente nouvelle en Normandie. Que le pretexte d'Edouard feroit d'acquerir, ou pour mieux dire d'acheter l'amitié des Anglois, en recouvrant la Normandie & la Guyenne que le Comte de Dunois leur avoit ôtées.Mais qu'en effet il n'auroit point d'autre intention que de demeurer armé, & d'être en état d'appailer facilement tous les tumultes que la Maifon de Lancastre pourroit exciter dans les Provinces d'Angleterre, où fes partifans étoient encore en tres grand nombre. Que les Anglois ne trouvant point de refiftance en Normandie, la reprendroient plus promptement qu'ils ne l'avoient perduë; & les François à

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