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d'industrie s'entretenant là-dessus avec un de ses amis lui disait : «< Parbleu, mon cher, il faut que je sois bien malheureux ! Il y a quinze jours entiers que je cherche une femme tributaire. Je parcours tous les matins les. églises. L'après-dînée, j'épluche toutes les beautés des Tuileries. Je me montre à l'Opéra. Je parais tout débraillé à la Comédie, où tantôt je me couche sur les bancs du théâtre et tantôt je me tiens debout derrière les acteurs. Cependant tout cela ne me mène à rien. Je n'ai pas même encore trouvé une bonne fortune sexagénaire, tandis que les plus jeunes et les plus aimables personnes de Paris sont en proie au chevalier de Tiremailles, qui n'a, sans vanité, ni ma taille ni ma jeunesse. -Oh! ne t'y trompe pas ! interrompit son ami; le chevalier de Tiremailles est un fameux libertin. Il a ruiné deux femmes. Il a eu des affaires d'éclat. Il a la meilleure réputation du monde. >>

Même chapitre, après l'histoire du cabaretier accusé d'avoir empoisonné un Allemand (P. 97.de notre édition) :

Le second est un bourgeois emprisonné pour avoir servi de caution à un licencié qui voulait emprunter deux cents pistoles pour marier brusquement sa ser

vante.

Même chapitre, après l'histoire du maître à danser (P. 98)

Le plus jeune a été découvert déguisé en fille dans un couvent de religieuses.

Même chapitre, après l'histoire de la sorcière (P. 99):

Considérez dans la chambre prochaine ces deux prisonniers qui s'entretiennent au lieu de se reposer. Ils ne sauraient dormir. Leurs affaires les inquiètent, et, franchement, elles sont assez délicates. Le premier est un joaillier accusé d'avoir recélé des pierreries dérobées. L'autre est un polygame. Il y a six mois qu'il se maria par intérêt avec une vieille veuve du royaume de Valence. Il a épousé par inclination, peu de temps après, une jeune personne de Madrid, et lui a donné tout le bien qu'il a reçu de la Valencienne. Ses deux mariages se sont déclarés. Ses deux femmes le poursuivent en justice. Celle qu'il a épousée par inclination demande sa mort par intérêt, et celle qu'il a épousée par intérêt le poursuit par inclination.

Mème chapitre, après l'histoire du palefrenier somnambule (P. 100 de notre édition) :

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Qui sont ces dames, dit don Cléofas, que je vois prêtes à se coucher? Ce sont deux sœurs coquettes qui logent ensemble. Elles s'entretiennent depuis sept heures du matin jusqu'à ce moment d'habits et d'ameublements qu'elles ont envie d'acheter, et elles ont pris tant de plaisir à cet entretien que, pour n'être pas

interrompues, elles n'ont pas même voulu voir d'aujourd'hui leurs amants.

Chapitre VIII, après l'histoire de la marquise qui lit Hippocrate (P. 135):

Apprenez-moi, je vous prie, dit l'écolier, ce qu'a fait aujourd'hui certain homme que je vois, ce grand personnage sec et décharné qui se promène dans une petite chambre, les bras croisés; je juge qu'il a la tête. embarrassée. Vous n'en jugez point mal, répondit le démon. C'est un auteur dramatique. Comme il entend la langue française, il s'est donné la peine de traduire le Misanthrope, l'une des meilleures comédies de Molière, fameux auteur français. Il l'a fait représenter aujourd'hui sur le théâtre de Madrid, et elle a été très-mal reçue. Les Espagnols l'ont trouvée plate et ennuyeuse. C'est cette pièce qui fait dans le café le sujet de la dispute dont vous avez entendu le bruit.

Eh pourquoi, reprit don Cléofas, cette comédie a-t-elle eu en Espagne ce malheureux sort? - C'est, qépondit le diable, que les Espagnols n'aiment que les pièces d'intrigue, de même que les Français ne veulent que des comédies de caractère. Sur ce pied-là, répliqua l'écolier, si l'on jouait présentement en France nos plus belles pièces, elles n'y réussiraient pas. Sans doute, dit Asmodée. Comme les Espagnols sont capables d'une extrême attention, ils sont bien aises

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qu'on les jette dans un embarras agréable. Ils suiven sans peine l'action la plus composée. Les Français, au contraire, n'aiment pas qu'on les occupe. Leur esprit se plaît à se détacher, et ils prennent plaisir à voir tourner leur prochain en ridicule, parce que cela flatte leur humeur satirique. Enfin, le goût des nations est différent. Mais quelle sorte de comédie est la meilleure, répliqua don Cléofas, d'une pièce d'intrigue ou de caractère? — C'est une chose fort problématique, repartit le diable. Il n'en faut pas croire là-dessus les Espagnols ni les Français. Puisqu'ils sont parties en cette affaire, ils n'en sauraient être juges. Je ne la dois pas juger non plus, moi, parce qu'étant le démon de la luxure, je protége également tous les théâtres.

Chapitre IX, après l'histoire de Zanubio (P. 143);

Immédiatement après Zanubio, continua le diable, est un marchand que la nouvelle d'un naufrage a rendu fou. Dans la loge suivante est renfermé un soldat qui n'a pu résister à la douleur d'avoir perdu sa grand'mère.

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Et le jeune homme qui suit ce bon soldat, dit don Cléofas, quel est le genre de sa folie?— Oh! pour celui-là, répondit Asmodée, c'est un pauvre garçon né imbécile. C'est le fils d'une Hollandaise et d'un gros commis de la douane.

Plus loin, dans le même chapitre, l'histoire des folles commence ainsi

La première, reprit Asmodée, est une vieille marquise qui aimait un jeune officier qui servait en Flandres. Elle lui avait donné une grosse somme pour faire sa campagne. Elle s'avisa de consulter une devineresse pour savoir ce qu'il faisait. La devineresse le lui montra dans un verre. La marquise le vit aux genoux d'une jeune Flamande, et elle en a perdu l'esprit.

Plus loin, même chapitre, après l'histoire de la femme du corrégidor:

La troisième est une procureuse qui pressait son mari de lui acheter une croix de diamants de dix mille ducats. Il n'en a voulu rien faire. Elle en est devenue folle. Après la procureuse est une coquette à qui la tête a tournés de dépit d'avoir manqué un grand seigneur dont elle avait médité la ruine. Dans ces deux petites loges au-dessous de ces dames, il y a deux servantes qui ont perdu l'esprit, l'une de douleur de n'être pas sur le testament d'une vieux garçon qu'elle a servi, et l'autre de joie en apprenant la mort d'un riche trésorier dont elle est unique héritière.

Chapitre X, après l'histoire des deux femmes qui se rajeunissent (P. 173) :

Je remarque dans une même maison, poursuivit

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