Imágenes de páginas
PDF
EPUB

le défend - il autrement , qu'en al- CHAP. I.. furant qu'il a toujours reconnu les mêmes divinités

que le peuple ? Et Platon lui-même n'est-il pas contraint d'avouer que ce lâche prévaricateur ordonna un sacrifice impie , quoiqu'il fût certain de mourir? Un petit Fragmen. extrait d'une lettre de Platon nous Platis ad fait voir combien il craignoit de s'ex- Dion. pliquer sur la nature & l'unité de Dieu, & combien par conséquent il étoit éloigné de lui rendre graces , de le confeller devant les hommes, & de s'exposer au moindre danger en lui rendant témoignage. Les actions honteuses qu'on attribuoit aux faux Dieux , le faisoient rougir ; mais il se contentoit de dire , ou qu'ils n'étoient pas, coupables de ces crimes, s'ils étoient Dieux

ou qu'ils n'é- Plan de roient pas Dieux, s'ils les avoient republic libise commis : Cans oser dire qu'il n'y avoit qu'un seul Dieu , & sans avoir le courage de s'élever contre le culte public fondé sur les crimes mêmes dont il avoit honte.

2. Quelle apparence y avoit - il qu’on pût jamais dérromper des hommes charnels , grolliers, prévenus »

3•

Ć HAP. I. attachés à un culte qui favorisoit touje

tes leurs pallions, & qui justifioit tous leurs vices, qu'on pût leur persuader des vérités aussi sublimes que celles qui sont le fondement de la religion chrétienne ; qu'on pût les rendre capables d'un culte intérieur & spirituel, où les sens ne comprennent rien , & dont la cupidité est ennemie? Er qui, s'il avoit été consulté fur le choix des moyens pour réussir à ce grand ouvrage, auroit pensé à la Croix & aux opprobres dont elle étoit couverte ?

3. Cependant c'est de cette Croix qu'est venuë toute la lumiere & toute la sagesse des nations.C'est en y voiant le Fils de Dieu attaché, qu'elles ont connu la vanité de l'idolatrie ; l'unité de l'essence divine dans des personnes distinctes ; la corruption générale de la nature humaine, dont l'origine est infectée ; le besoin qu'avoient les hommes d'un médiateur ; l'impuisfance où ils étoient de retourner à Dieu par leurs seuls efforts, ou par des moyens qui ne réformassent pas leurs volontés ; la nécellité de vivre sous les yeux de Dieu , &

CHAT. ).

:

d'avoir un cour droit & sincere qui ne démentît pas l'extérieur des actions ; la certitude des biens & des maux , qui ne se découvrent qu'après la mort ; & l'obligation indispenfable de rendre compte de toute la vie devant un juste juge, à qui tout est con

& tout elt présent.

La Croix de JESUS-CHRIST qui est la preuve de ces vérités, les a rendu sensibles & populaires. De fimples femmes sans lettres les ont comprises : des artisans & des hommes destinés aux travaux de la campagne en ont été persuadés : des enfans leur ont rendu témoignage. Tous les ont crû sans hésitation, sans variation, fans être arrêtés, ou par les difficultés , ou par la lenteur natua relle de l'esprit. Plusieurs ont donné leur vie pour les soutenir , & tous ont été convaincus que leur persuafion devoit aller jusques-là.

5. Que l'on compare ces vérités aux foibles lumieres des philosophes fur un petit nombre de points. Que l'on compare aussi la fermeté & la vive persuasion de tant de peuples qui les croient, avec,l'incertitude, l'incon

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

CHAP. I. stance, la timidité des plus grands

hommes du paganisme sur des arti-
cles essentiels. Que l'on compare en-
fin la haute sagesse d'un jeune enfant
dans le christianisme , avec celle de
la Synagogue entiere , à qui tout étoit
donné cacheté & couvert de voiles,
qui ne répondoit qu'en bégaiant &
en hésitant sur des points capitaux,
& qui étoit même remplie de pré-
jugés contre beaucoup d'autres.

1

[merged small][ocr errors]

La folie de la Croix a enseigné

aux hommes tout ce qui est né-
cessaire pour les rendre Sages.
Craindre de retourner dans les
ténébres, en quittant la fim-
plicité de la foi. C'est la source
de tous les nouveaux syfiêmes
fur la Religion.

1. JESUS-CHRIS I du haut de sa Croix est devenu le maître universel que tous les hommes ont écouté. Il les a tous rendu sages, éclairés , fpirituels , par ce qui paroissoit en lai une folie ; & il a au contraire con

p. 233.

vaincu de folie tout ce qui paroissoit Char. I. fage parmi eux, avant qu'il en fût connu. Il n'est plus question après lui de raisonner, de chercher , de faire des plans sur la Religion : Nobis curiosita- Tertull. de te opus non eft post Christum Jefum , pasirip. c. 8, nec inquifitione post Evangelium, dit excellemment Tertullien, il nous suffit de sçavoir & de connoître J E SUSChrist crucifié, pour tout sçavoir, comme saint Paul s'en glorifie. Et nous devons être persuadés que ce ne peut être que par la séduction du serpent que nous nous dégoûtons de la fimplicité de la foi , pour courir après l'appas de nouvelles vérités, à l'exemple d'Eve, & pour devenir comme elle, plus habiles que Dieu n'a voulu : Timeo, disoit faint Paul aux Corin- z.Cor. 11. 34 thiens, ne ficut serpens Evam feduxit affutia fua,corrumpantur sensus vestri

, co excidant à fimplicitate,qua eft inChristo.

2. C'est principalement une vaine & inquiére philosophie qui inspire le dégoût de la simplicité de la foi en faifant naître le defic de chercher quelque chose de nouveau, de plus clair,de plus fatisfaisant , & l'espérance de le trouver. Elle porte avec impatience

« AnteriorContinuar »