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laiffez pas devenir le rival d'un
homme que je n'ai pû m'empê-
cher d'aimer. Non, Seigneur, lui
répondit Zéluma, ne redoutez ja-
mais un femblable malheur, les
traits de cette belleperfonne n'ont
rien fait fur mon cœur, qui puiffe
vous rendre mon ennemi ; peut-
être vous ferai je utile un jour pour
le fuccès de votre tendreffe, fi elle.
prend affez d'empire fur votre
ame pour être fidelle & fincere. Je
ne puis vous découvrir ce myftere,
mais pour vous prouver que je ne
puis être votre rival, je vous laiffe
ce portrait qui represente à vos
yeux la Princeffe Felime, fille du
Prince Almenfor, frere & he-
ritier du Roi de Grenade. La ten-
dreffe eft le partage des Maures
Felime eft née fous leurs climats
& vos vertus détermineront en
votre faveur le penchant naturel
de la Nation. Ne m'en demandez'

a

pas davantage, reposez-vous, & ne fongez qu'au plaifir que vous prépare votre merite & le meilleur de vos amis.

Dom Alvare embraffa Zéluma, & après lui avoir repeté mille fois que fon amour pour Félime & fa reconnoiffance pour lui feroient éternels, ils fe coucherent & chercherent en vain dans les douceurs du fommeil le repos que leurs paffions leur avoit ôté.

A peine le jour commençoit à paroître, que Zéluma, voyant Dom Alvare dans un profond fommeil, prit la refolution de fortir promptement d'un lieu où il avoit interêt de n'être point connu. Dans ce deffein il fe leva avec le moins de bruit qu'il lui fut poffible, & après avoir laiffé une let tre fur la table de Dom Alvare, il fortit par les mêmes détoursqu'on avoit pris la veille pour l'y faire

entrer, les gens de Dom Alvare n'ayant point fait de difficulté de lui rendre fon cheval, croyant qu'il ne partoit que du confentement de leur maître. Il reprit le chemin de Grenade où je le laifferai aller, pour dire la furprise du fils du Duc de l'Infantade, lorfqu'à fon reveil il ne trouva plus, Zélumaprèsde lui. L'agitation où fon cœur avoit été par un mal qu'il ne connoiffoit pas encore, l'avoit forcé de ne fe rendre au fommeil que fur le matin. Quand il eut ouvert les yeux, fon étonneque fon reveil étoit une fuite des fonges qui l'avoient tourmenté. Mais enfin,détrompé par la verité, il craint quelque malheur, & croit que la fuite de l'Etranger lui en préfage plufieurs. Il fonge d'abord au portrait; il le cherche, le trouve, & fe repent d'avoir foupçonné Zé

ment lui fit croire

luma

luma; la lettre s'offre à fes yeux, il la prend avec précipitation & y trouve ces paroles.

Zéluma, Prince de Grenade, au genereux Dom Alvare.

S

1 j'avois écouté mon eftime & ma reconnoiffance, je vous aurois appris, Seigneur, que Zélúma & le frere de Félime ne font qu'une même chofe; mais l'amour s'eft opposé à l'amitié, & j'ai craint qu'en voulant vous prouver l'une, je ne fisse tort à la plus belle perfonne de toute l'Espagne: puifque je ne pouvois vous apprendre qui je fuis, fans vous faire foupçonner la caufe de mon déguisement. Fe croi que vous accorderez à ma difcreά tion le pardon qui lui eft dû, & qu'il me fuffit pour l'obtenir, que je fois frere de la Princeffe de Grenade. Adieu, Seigneur, j'espere que notre amitié & votre amour ne feront pas les fens

B

nauds qui vous uniront un jour à ZELUMA.

La fin de cette lettre embarassa Dom Alvare; mais ne pouvant deviner ce qu'elle fignifioit, il s'abandonna à la joie de s'être acquis un ami, qui d'un feul mot pouvoit faire fon bonheur. Mille tendres réflexions l'occuperent un moment,mais lorsqu'il vint à penfer aux obftacles prefque invincibles qu'il trouveroit dans la fuite de fa paffion, la difference des Religions, l'éloignement des lieux & la cruelle neceffité de ne fe pouvoir faire connoître à fa Princeffe qu'en portant les armes contre elle, la douleur fucceda aux idées de plaifir qui l'avoient d'abord féduit enfin la Gloire, sa premiere maîtreffe, vint s'emparer de fon cœur, & lui traça le chemin qui feul le pouvoit rendre

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