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848 2969 an

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ANECDOTES

DE LA COUR

DE

PHILIPPE-AUGUSTE.

P

HILIPPE - AUGUSTE ne laissa pas long-tems

Adelaide dans l'inquiétude où elle étoit ; il alla à Chelles dès le lendemain. L'estime que j'ai pour vous, MademoiCelle, lui dit-il, me fait penser que vous punissez Alberic d'une faute que j'ignore, & qui, en me l'apprenant, va sans doute Tome III.

А

vous justifier à son égard, à celui d'Enguerrand , & au mien. Expliquez-vous, Mademoiselle ; fur-tout parlez-moi sans détour. Ma bonté sera la récompense de votre sincérité ; elle peut seule me faire tout excufer : mais redoutez-inoi, si vous cherchez à me déguiser la vérité. Songez qu'elle pourroit percer

à travers le nuage dont vous croiriez la couvrir. Je vais parler , SIRE repartit Adelaide, avec la fincerité qu'exige le respect dû à Votre Majesté, & me rendre du moins par-lài, digne de ses bon. -tez. Je n'ai point, Sire, de reproches à faire à Alberic : sa naissance , les biens & les dignitez dont Votre Majesté a comblé sa Maison , l'amitié dont vous ho. norez ce Seigneur , fon mérite, à qui je rends juftice, fes atten. fions pour moi, fa refpectueuse passion, mon estime enfin, tout m'auroit portée à le choisir moimême pour époux, si j'avois pû vaincre l'éloignement extrême que j'ai à me donner un maître. Il est tel cet éloignement, que j'ai crû, pour échapper à la nécessité d'obéir à mon pere, pouvoir lui préférer un engagement éternel dans cette retraite. Je me suis trompée , SIRE ; je redoute également toật lien, & c'est en embrassant les genoux de Votre Majesté, poursuivit Adelaide en se prosternant aux pieds du Roi; que je la conjure de me garantir de la dure nécessité de faire aucun choix. Quand vous me dites, Mademoiselle , repliqua le Roi en la regardant fixement que vous ne sçauriez vous résoudre à faire un choix, n'en auriezvous point fait un? Adelaide ne (çait point feindre, réponditelle ; Enguerrand dès ma plus tendre enfance, m'a familiarisée avec la vérité , le courage & la vertu. Mais pourquoi, Mademoiselle, avez-yous attendu jusqu'au : dernier moment pour déclarer vos sentimens par une fuite si condamnable ? Je crains inon pere, repartit Adelaide, autant que je le respecte : cependant, SIRE, j'ai osé lui laifler appercevoir quelle étoit ma répugnance à soumettre mon fort aux caprices d'un époux. Ma mere & mon frere l'ont conjuré de ne pas me faire violence ; j'ai enfin embrassé ses genoux, mais inutilement. J'ai combattu contre moimême, pour obtenir de ma raison & de mon devoir, d'obéir ; j'ai voulu me faire une loi de la volonté d'un pere, mais je n'ai pû me vaincre. Enfin j'ai craint de rendre Alberịc malheureux :

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