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terêts rendent fur cela fes fentimens fort incertains.

annum.

Hift. Thuani.

Quoi qu'il en foit, les deux partis fe préparerent AN. 1546. à la guerre avec une égale elperance du fuccès, Spond. Annal. mais avec une extrême difference des fecours, & des Ecclef. ad bune qualitez neceffaires pour vaincre. L'un avoit à fa tête un conquerant celebre, que la fortune & la victoire tom. 1. accompagnoient par-tout: l'autre n'avoit pour chefs que l'Electeur de Saxe & le Lantgrave de Heffe, dont le premier avec la plus grande autorité, n'avoit ni affez de résolution, ni affez de fermeté : & l'autre avec plus de courage manquoit d'habileté. La difference étoit auffi fenfible entre les deux armées, qu'entre les chefs qui les commandoient. Les Princes Proteftans n'avoient dans une armée fort nombreuse qu'une multitude embaraffante de troupes ramaffées, plus propres à affamer un camp, qu'à gagner des batailles: au : au lieu que l'armée imperiale étoit compofée de vieilles troupes aguerries & accoutumées à vaincre. On y remarquoit entr'autres, outre l'élite de la cavalerie Allemande, d'un côté toute la fleur de la Nobleffe Italienne qui étoit accouruë à cette expedition pour y chercher des occafions de fe fignaler, & de l'autre ces vieilles bandes Espagnoles qui foutenoient depuis fi long-temps en Italie tous les efforts de la valeur Françoife.

Auffi la victoire ne balança-t-elle pas long-temps entre les deux partis. Car après que les Confederez curent laiffé échaper plufieurs occafions favorables, manquant tantôt de résolution, tantôt de vigilance ou de conduite, à peine l'Empereur eut-il enfin raffemblé fon armée, que marchant droit à eux, il les déconcerta par sa seule préfence, & par la conte

Tome I.

B

l'Emp. tome 1.

hift. de Maimbourg, hist.

du Lutheranifme.

nance fiere & affurée de fes troupes. Bien-tôt la fa

V I.
L'armée de la

AN. 1546. gesse & le flegme de Charles V. rallentirent cette
fougue impetueufe du Lantgrave, qui n'étoit fon-
dée que
fur une confiance temeraire. Ce General
s'étoit flaté de jetter l'épouvante & le défordre dans
l'armée imperiale, par des décharges redoublées de
plus de cent pieces de canon; mais voïant qu'il avoit
affaire à de vieux foldats que tout le bruit de fon ar-
tillerie n'ébranloit point,il fut honteusement obligé
de fe retirer, toujours pouffé par les Imperiaux,
jufqu'à ce que fon armée fut entierement ruinée
par la difette, & par le départ de l'Electeur de Saxe.
Tandis que l'Electeur éloigné de ses Etats, por-
Ligue fe diffipe. toit la guerre & le ravage dans les Provinces de
l'Empire, le Duc Maurice fon coufin lui enlevoit
les plus importantes Places de fon Electorat, gagné,
tout Proteftant qu'il étoit, par la promeffe que l'Em-
pereur lui avoit faite de lui donner le titre d'Elec-
teur. A cette nouvelle, Jean-Frideric accourut
promptement à la défenfe de fes Etats. Le Lant-
grave abandonné, fe retira avec la même prompti-
tude dans les fiens, fuivi feulement de quelque ca-
valerie. Toutes les Villes Imperiales qui étoient de
la Confederation de Smalcalde, fe foumirent en
même temps au vainqueur ; & l'on vit ainsi se diffi-
per dès la premiere campagne cette ligue formi-
dable, dont les mouvemens n'étoient encore guidez.
que par une fureur aveugle & inconfiderée.

VII.
Charles V. fait

Mais la valeur & l'activité de Charles V. achel'Electeur de Saxe verent l'année fuivante d'abbattre les reftes de cette prifonnier, & le

prive de l'Electo- dangercufe Confederation. Ce Prince habile fça

rat.

voit de quelle importance il est de ne laisser aucune

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reffource à un parti que l'on veut détruire, & qu'une faction fe reproduifant toujours elle-même, comme AN. 1547. l'hydre de la fable, n'est qu'à demi vaincuë lorfqu'elle refpire encore. Ainfi il alla lui-même à la tête d'une armée chercher l'Electeur de Saxe au milieu de fes Etats. Il passa l'Elbe à la vûë de l'ennemi avec une intrépidité dont l'histoire avant ce tempslà fournit peu d'exemples; & aïant forcé ce malheureux Prince d'en venir à une bataille, il tailla fon armée en pieces, & le fit lui-même prifonnier. Si ce fut-là un coup funefte pour le parti Protestant, il fut encore plus accablant pour l'Electeur, qui avec la liberté, perdit fon Electorat, dont l'Empereur récompenfa les fervices du Duc Maurice, chef de la branche cadette de Saxe.

VIII.

Le Lantgrave

Dès-lors toute l'Allemagne plia fous les volontez absoluës de Charles V. Frideric Electeur Palatin, qui de Heffe eft arrêté après avoir embraffé le Lutheranisme, avoit envoïé prisonnier. du fecours aux Confederez, s'étoit déja foumis avec le Duc de Wirtemberg; & le Lantgrave se vit aussi obligé à son tour de s'humilier fous le joug, en demandant publiquement pardon à l'Empereur. Heureux fi dans cette occafion il avoit plus écouté les mouvemens de fa fierté naturelle, que les confeils, quoique fages, de fes amis. Car après que ce Prince eut vaincu toutes les répugnances pour faire une démarche fi humiliante, l'Empereur qui fut toute fa vic beaucoup plus fidele aux maximes de la politique, qu'aux regles de l'honneur & de la bonne foi, l'arrêta prifonnier.

Quelqu'odieufe que fut cette action, Charles la jugea neceffaire pour affurer la tranquillité de l'Em

pire, ou plûtôt pour y micux établir fa dominaAN. 1547. tion fouveraine. Il fe flatoit que tandis qu'il tiendroit dans les fers les deux Chefs de la faction Protestante, il ne trouveroit aucun obftacle à la paffion qu'il avoit de gouverner l'Allemagne en Monarque abfolu, pour donner enfuite la loi à toute l'Europe; mais il eut le chagrin de voir ce grand fyfteme de politique s'écrouler par l'endroit même par où il

croïoit l'avoir le mieux cimenté.

Princes Proteftans.

Il avoit eu l'adresse d'attirer à fon parti quelquesfederation des uns des Princes Proteftans, & entr'autres Maurice Duc de Saxe, par la promeffe qu'il lui avoit faite de lui donner la dépouille de l'Electeur. L'interêt & l'ambition avoient jufqu'alors prévalu dans le cœur de Maurice, fur les reproches que les Proteftans lui faifoient de trahir lâchement leur caufe; mais dès que son ambition fut fatisfaite, ces reprochés prévalurent à leur tour fur la reconnoiffance & la fidelité qu'il devoit à fon bienfaiteur. C'étoit d'ailleurs fur fa parole & fur celle de l'Electeur de Brandebourg, que le Lantgrave s'étoit livré entre les mains de l'Empereur. Ainfi après avoir inutilement follicité la liberté de ce malheureux Prince, il résolut de la lui procurer par la force des armes. Il s'affura des Princes les plus confiderables du parti Proteftant, fur-tout de Joachim Electeur de Brandebourg, de Frideric Electeur Palatin, des Marquis Jean & Albert de Brandebourg, du Duc de Wirtemberg, du Duc des Deux-Ponts, des Ducs de Mckelbourg, & d'Erneft Marquis de Bade- Dourlach. Mais comme le mauvais fuccès de la premiere entreprise leur avoit appris qu'un parti quel qu'il foit, ne fe

IX.

Nouvelle con

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foutient jamais long-temps par fes feules forces, ils chercherent de l'appui dans une Puiffance étran- AN. 1552.

gere.

X.

Le Roi de France

vel Electeur de

saxe.

Henri II. qui étoit depuis peu monté fur le trône de France, jeune Prince guerrier & politique, leur traite avec le nouparut de tous les Rois étrangers le plus capable de les proteger. Ce jeune Monarque que la fortune de la France fembloit avoir fufcité pour arrêter le cours des profperitez de Charles V. écouta avec plaifir les propofitions des Princes Proteftans. Ceux-ci fe garderent bien de lui propofer la défense de leur religion, pour motif de la guerre qu'ils vouloient faire à l'Empereur. Mais ils lui représenterent l'indigne captivité du Lantgrave de Heffe, arrêté contre la foi publique, & le danger qu'il y avoit pour la France de laiffer Charles V. cet ennemi irréconciliable de la Monarchie Françoise, ufurper une autorité fouveraine dans l'Empire, & opprimer la liberté Germanique. Ils lui offrirent en même temps de le dédommager par avance des frais de la guerre, en lui accordant pour fûreté du traité la poffeffion des trois évêchez, Metz, Toul & Verdun, qui avoient fait autrefois dans l'Empire François, partie du Roïaume d'Auftrafie, & qui retourneroient ainsi à leurs an

ciens Souverains.

Comme l'abaiffement de la Maifon d'Autriche étoit devenu en France une maxime fondamentale de politique depuis l'élevation de Charles V. à l'Empire, Henri II. accepta fans hefiter les offres des Proteftans. L'Europe étoit pour ainfi dire partagée, quoifort inégalement, entre ces deux Puiffances rivales. Il fuffifoit d'être ennemi de l'une,pour devenir

que

Daniel.Hist, de

Fr. Henrill.

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