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sonné, & l'on n'y pouvoit rentrer sans payer de nouveau ainsi que la première fois. Il y avoit la garde ordinaire de l'Opéra , mais doublée, outre un certain nombre d'officiers pour empêcher le désordre; aussi n'y est-il arrivé que les aventures qui semblent faire partie de cette espèce de plaisir. L'Académie royale de musique donna ces bals en conséquence d'un privilège particulier à elle accordé par des lettres patentes du mois de janvier 1713, confirmées par d'autres du mois de décembre 1715; & il fut publié une ordonnance du Roi en forme de règlement à ce sujet.

ARTICLE III.

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L'établissement d'une chambre de justice pour examiner les malversations des comptables est un de ces événemens curieux & respectables, qui tiennent une place confidérable dans l'histoire du gouvernement. C'est une époque ausli honorable pour le Prince

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qui avoit été frappé à l'effigie de Louis XV en vertu de l'édit de décembre 1715. Il valoit 4 livres & pesoit 30 à 31 grammes. Les exemplaires en font assez rares, moins cependant que l'écu daté de 1715, aux trois couronnes & à l'effigie de Louis XV, qui est une très grande rareté.

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qui conduit l'État qu'effrayante pour les successeurs nécessaires de ceux que ce tribunal flétrit, & qui se renouvelle de tems en tems, afin de réprimer les abus & de réparer les désordres commis dans les finances du Roi.

C'est ce qui fit établir, par un édit du mois de mars, une nouvelle chambre de justice au couvent des Grands - Augustins, pour connoître des crimes, délits & abus qui ont été commis dans la finance de l'État, & à l'occasion des deniers publics par quelques personnes & de quelle qualité & condition qu'elles soient, & prononcer à cet égard les peines capitales, afflictives & pécuniaires suivant l'exigence des cas.

Cet édit, la déclaration du 17, du même mois, concernant les justiciables de cette chambre(1), & celle du 18 septembre suivant qui leur accorde un nouveau délai de dix jours pour faire leur déclaration, ont été fort recherchées pour la beauté de l'élocution, surtout la dernière, à cause de la peinture vive & contrastée qu'on y fait des misères publiques & du luxe des gens d'affaires.

L'énoncé de la déclaration du 7 de dé

(1) Cette Déclaration du Roi, concernant les justiciables de la Chambre de justice & la Procédure qui doit étre observée en ladite Chambre, est du 17 mars 1716, Imp. royale, in-4°, 19 pages. Ainsi qu'on le verra plus loin, la Chambre fut supprimée quelques mois plus tard.

cembre 1715 pour la vérification des billets faits pour le service de l'État, est écrit dans le même style & avec les mêmes traits expreslifs. Ce tribunal étoit composé de M. le Chancelier, de deux présidens à mortier, de fix maîtres des requêtes, de dix conseillers au Parlement, de huit maîtres des comptes, de quatre conseillers de la cour des aides, du procureur général de la chambre des comptes, commis pour y faire les fonctions du procureur général, & de deux greffiers, un civil & un criminel.

ARTICLE IV.

Les avantages que plusieurs États retirent des banques publiques manquent à la France; ce royaume, par sa situation & la fertilité jointes à l'industrie de ses habitans, n'a besoin que d’un crédit solide pour y attirer un commerce plus florissant. C'est ce qui a fait imaginer à M. Law une espèce de banque dans la vue d'augmenter la circulation de l'argent, de faire cesser l'usure, de suppléer aux voitures des espèces entre Paris & les provinces, de donner aux étrangers le moyen de faire des fonds avec sûreté dans le Royaume & de faciliter le débit des denrées & le payement des impositions. Tel est le fondement des lettres patentes du 2 de mai portant privilège, en faveur de M. Law & la compagnie, d'établir à Paris pendant l'espace de vingt ans une banque générale dont Monseigneur le duc d'Orléans a bien voulu fe déclarer le protecteur, M. Law fait le fonds de cette banque tant de ses deniers que de ceux de sa compagnie; & afin que le public soit pleinement persuadé de l'exactitude & de la fidélité qui y sont observées, il y a des personnes d'une probité & d'une intelligence connues, nommées par le Roi pour avoir inspection sur la banque, viser les billets, coter & parapher les registres.

On ftipule, on tient les livres, & l'on fait les billets en écus d'espèces sous le nom d'écus de banque.

Le fonds doit être de douze cents actions de mille écus chacune, ce qui compose un capital de douze cent mille écus de banque, c'est-à-dire de six millions argent courant.

Cette banque a eu jusques à présent le succès qu'on en espéroit & le payement s’en fait très exactement; on ne paye de change que pour les remises des provinces & point pour celles de Paris.

ARTICLE V.

Le deuil que Mme la duchesse de Berry (1) portoit pour la mort de M. le duc de Berry

(1) Marie-Louise-Élisabeth d'Orléans, fille du Régent,

finit le 4 de mai. Comme celui de la Cour duroit encore, on s'en aperçut à fes gardes qui avoient quitté le noir & parurent avec des habits rouges galonnés d'argent. Mme la duchesse de Berry alla deux jours après à la représentation de la Princese d'Élide (1). Dans ces occafions, fix de ses Cent-Suisses font un cercle dans le parterre devant sa loge, deux gardes du corps sont à la porte de la même loge & quatre sur le théâtre, qui font relevés au troisième entr'acte. On augmente les lustres jusqu'à vingt & ils sont tous garnis de bougies. Les comédiens avoient joué dans le carême pour la première fois Athalie, pièce de M. Racine; elle avoit été faite il y a longtems pour Saint-Cyr, & n'avoit jamais paru à Paris (2). Il y en eut plusieurs représentations qui furent toutes applaudies,

née à Versailles le 20 août 1695, mariée le 6 juillet 1710 à Charles de France, duc de Berry, d’Alençon & d’Angoulême, troisième fils du grand Dauphin, morte, le 21 juillet 1719, au château de la Muette. Elle étoit veuve depuis le 4 mars 1714. Saint-Simon a rendu ses débordemens célèbres.

(1) La Princesse d'Élide ou les Plaisirs de l'Ile enchantée avoit été représentée pour la première fois à Versailles Je 8 mai 1664 & au Palais-Royal le 9 novembre suivant.

(2) La première représentation d'Athalie à Paris est du 3 mars 1716; c'est le 30 du même mois qu'elle fut jouée devant le jeune Louis XV. Louis Racine, dans ses Mémoires sur son père, conftate l'effet de cette représentation sur la cour & les allusions involontaires, inais profondes, que

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