Imágenes de páginas
PDF
EPUB

&, à la fin de l'ordonnance ou de la (1) charte, immédiatement avant la date, Jeanne, par la grace de Dieu, reine de France & de Navarre, comtesse Palatine de Champagne & de Brie (ce font les titres qu'elle prenoit) approuvoit ce qui y étoit contenu, & y mettoit fon fceau avec celui de Philippe le Bel.

Jeanne de Navarre mourut le 2. Avril 1304 (2). Elle laiffa quatre enfans, Louis le Hutin, Philippe le Long, Charles le Bel, & Ifabelle mariée à Edouard III roi d'Angleterre.

Louis le Hutin devint, par la mort de fa mère, roi de Navarre & comte de Champagne & de Brie. Voici les titres qu'il prenoit dans les actes latins & dans les Lettres du 9. françois. a Ludovicus regis Francorum primogenitus Dei gratia Navarre rex, Campanie, Brieque comes. (3) Nous ainfné fils du roi de France, roi de Navarre, de Champagne & de Brie comte Palatin (4).

de juillet 1310.

Louis le Hutin, en qualité de fils aîné de la reine Jeanne, devint roi de Navarre & comte de Champagne & de Brie: mais fes deux frères puînés étoient auffi héritiers de leur mère, & avoient droit fur fa fucceffion pour leur partage ou leur appariage (5

Au mois de janvier 1309, Philippe le Bel fit venir devant lui fes trois fils, &, de fon autorité & de fon conPrives, p. 1. fentement, ils firent entr'eux un b accord fur la fuccef

Joinville, édit.

(1) Ordonnances des rois de France de la troifième race, tome 1. P. 326. A, note (b) 327.

(2) Hiftoire généalog. de la maîson de France, tome 1. p. 90.

(3) Lettres du mois d'Août 1311. le lundi avant la fête de S. Bartholomier Apofire. Ces deux lettres font en original au tréfor des chartes de Navarre, layette troisième. La première n°. 8. & la feconde n°. 6.

(4) On peut remarquer que Joinville, en dédiant fon hiftoire de faint de du Cange, p. 1. Louis à Louis le Hutin, depuis qu'il fut monté fur le tróne, lui donna les memes titres, en y ajoûtant celui de roi de France *.

*Voyez, fur l'infcription de cette logie de la maifon de Joinville, p. 21. épître dédicatoire, du Cange, généadu Cange,éné

(5) Voyez ci-deffous ce qui fera dit de l'acte du 17. de juillet 1316

fion de leur mère. Louis le Hutin donna à fes deux frères, pour tous les droits qu'ils pouvoient prétendre dans le royaume de Navarre, dans la Champagne & dans la Brie, & dans tous les autres biens qui avoient appartenu à leur mère commune, 6000. (1) livrées de terre qui feroient affignées fur des terres fituées dans la Champagne & dans la Brie, pour les tenir en fief & en hommage de lui & de ses héritiers; &, fur le champ, les deux frères puînés firent l'hommage de ce fief à leur aîné.

Dans des lettres de 1311, par lefquelles Philippe le Bel-donna le comté de Poitiers à Philippe [le Long] fon second fils, il eft dit que c'eft fans préjudice des droits prétendus par ledit Philippe, fur le bien de fa mère Jeanne reine de France & de Navarre, comteffe de Champagne & de Brie (2).

M. Baugier, dans fes mémoires historiques de Cham

a

pagne dit, fans citer de garand, qu'Edouard roi Tom. 1. p. 2274 d'Angleterre prétendit dans la fuite que fa mère Ifabelle auroit dû entrer en partage de la fucceffion de la reinė Jeanne dont elle étoit fille. Il paroît qu'il a tiré,du (3) P. Daniel, & ce fait & ce qu'il ajoûte enfuite, que Jeanne reine de Navarre fut obligée de donner 100000. liv. de rente aux deux filles de Charles le Bel qui lui difputoient la Navarre, la Champagne & la Brie, qui lui étoient auffi contestées par la fille de Philippe le Long: mais il a appliqué à la Navarre & à la Champagne & à la Brie, ce que le père Daniel ne dit que de la Navarre

feulement.

Philippe le Bel étant mort le (4) 29. de novembre

(1) C'eft-à-dire, des terres rapportant 6000. livres de rente.

(2) Tréfor des chartes; layette, appanage, no. 9. dans le fixième vol. de l'inventaire des chartes manuf. 134. Voyez ci-deffous ce qui fera dit des actes du 17. juillet 1316.

(3) Voyez le P. Daniel, tome iv, p. 65. 66. du règne de Philippe de Valois. Na. Qu'il n'y a que 5000. liv. & non pas 100000. liv.

(4) Histoire généalogique de la maifon de France, tome 1. p. 90.

* Ibid. p. 91.

1314, Louis le Hutin joignit la couronne de France a celle de Navarre & au comté de Champagne & de Brie. Depuis ce tems-là, ce comté a toujours été poffedé par les rois de France.

Louis le Hutin mourut a le 5. de juin 13 16. J'ai déjà dit, ci-deffus, qu'il laiffa une fille, nommée Jeanne, de Marguerite de Bourgogne fa première femme & que Clémence fa feconde femme accoucha, après fa mort, d'un fils qui ne vécut que cinq ou fix jours. Jeanne étoit Ibid. p. 92. b née le 28. de janvier 1311. Louis le Hutin mourut le 5. de juin; & le 17. de juillet fuivant, Philippe [ le Long] qui prenoit alors le titre de fils du roi de France, régent les royaumes de France & de Navarre, en fon nom, & Eudes duc de Bourgogne, dont j'ai déjà parlé ci-deffus, au nom d'Agnès fa mère, ducheffe de Bourgogne, de Jeanne fille de Louis le Hutin fa nièce, Pr. p. 1. & aux fiens, firent enfemble au bois de Vincennes c les convenances dont je vais rendre compte.

Ils convinrent qu'en cas que la reine Clémence accouchât d'une fille, cette fille & Marguerite fa fœur du premier lit, ou l'une des deux, en cas que l'autre mourût, auroient en héritage, auffitôt qu'elles feroient en âge d'être mariées, le royaume de Navarre & les comtés de Champagne & de Brie, à l'exception de ce que lui Philippe [le Long ] & fon frère Charles [ le Bel], comte de la Marche, en avoient eu ou devoient en avoir de la fucceffion de leur mère pour leur partage ou • Ce mot eft pour leur appariage, à condition qu'elles donneroient fynonyme d'appa- quittance du refte du royaume de France & de la fucceffion de leur père. Il fut ftipulé qu'en cas que ces deux filles, ou l'une d'elles, ne vouluffent point donner cette quittance, elles rentreroient dans tous les droits qu'elles avoient fur la fucceffion de leur père, & fur lefquels il leur feroit fait droit, mais que, dans ce cas, Il ya dans l'acte l'abandonnement e qui leur étoit fait de la Navarre, de la Champagne & de la Brie, feroit nul; qu'en attendant

[ocr errors]

délaiffement.

qu'elles fuffent en âge d'être mariées, Philippe [le Long] auroit le gouvernement des royaumes de France & de Navarre, & des comtés de Champagne & de Brie, & qu'il en recevroit les hommages comme gouverneur; que Marguerite feroit remife entre les mains d'Agnès, ducheffe de Bourgogne fa grande-mère, qui auroit foin de fon éducation, mais qu'elle ne pourroit être mariée fans le confentement de Philippe [ le Long], ou de celui qui gouverneroit alors le royaume, des comtes de Valois, d'Evreux & de la Marche, ou de leurs fils, en cas que les pères fuffent morts; & dans le cas de la mort des fils, des plùs prochains du lignage de Fran

ce.

Philippe [le Long] ftipula expreffément qu'il ne feroit ni lié niengagé envers ces princeffes,s'il arrivoit que la reine Clémence accouchât d'un fils, aux droits duquel ces préfentes conventions ne pourroient porter aucun préjudice.

Ces conventions furent faites en préfence, du confentement & par le confeil des princes du fang & des principaux feigneurs de France, qui jurèrent & promirent de les obferver; &, pour donner à cet acte plus d'authenticité & plus de force,on y ajoûta que les prélats,, les barons & les comtes du royaume, & principalement ceux en préfence de qui il avoit été pasfé, feroient requis d'y mettre leurs fceaux avec ceux de Philippe [le Long] & d'Eudes duc de Bourgogne.

les

pers,

Le (1) 15 de novembre, 1316, la reine Clémence accoucha d'un fils qui fut nommé Jean, & qui fut roi de France & de Navarre, & comte de Champagne & de Brie; mais il mourut le 19. du même mois & Philippe [le Long] fut couronné Roi le 6 de janvier fuivant, malgré l'oppofition du duc de Bourgogne, de laquelle j'ai rendu compte ci-deffus. Cette oppofition n'avoit aucun fondement le droit de Philippe le Long fur la (1.) Hift. généalog, de la maifon de Erance, t. I. p. 920

couronne étoit inconteftable; mais celui que Jeanne fa nièce avoit fur la Navarre, la Champagne & la Brie, foit comme héritière de fon père & de fon frère, foit en vertu du traité du 17 de juillet 1316 étoit auffi bien fondé. Philippe le Long ne put cependant se réfoudre à exécuter ce traité. Le duc de Bourgogne, toûjours zélé pour les intérêts de fa nièce, (1) fe lia avec les nobles de la Champagne, & fe prépara à foûtenir, par la force, les droits de Jeanne. Ces commencemens de troubles, qui auroient pû avoir des fuites très-funeftes furent heureusement étouffés par un nouveau (2) traité conclu à Paris le 27 de mars 1317, vers la fin de l'an* Pr. p. 6. née a entre Philippe le Long & Eudes duc de Bourgogne, au nom de fa nièce, au fien & au nom de fa mère, avec laquelle il étoit tuteur ou curateur de fa nièce ( 3 ). Le duc de Bourgogne renonça à perpétuité pour fa nièce aux droits qu'elle pouvoit avoir fur les royaumes de France & de Navarre, & il renonça pour elle, en faveur de Philippe le Long & de fa poftérité masculine feulement, aux droits qu'elle avoit & comme héritière de fa mère, & en vertu des traités qui avoient été faits fur les comtés de Champagne & de Brie, moyennant une récompenfe qu'on donna à Jeanne; & il s'engagea de lui faire ratifier ce traité lorfqu'elle auroit douze ans, fon mari, fi elle en avoit un.

& à

Il fut ftipulé, que fi Philippe le Long mouroit fans enfans, la Champagne & la Brie reviendroient à Jeanne, à l'exception de la portion qui appartenoit à Philippe le Long & à Charles le Bel fon frère pour cause de l'appanage ou provifion de la fucceffion de leur mère ; & que, dans ce cas, Jeanne rendroit à la couronne la récompenfe qu'elle auroit reçue pour ces comtés ; mais que ce

(1) Voyez ce qui sera dit du traité du 27. de mars 1317.

(2) Pr. p. 6. Voyez fur la date de cet acte la note (i) de la p. 302. du 170 vol. du recueil de l'Académie.

(3) Voyez ce qui fera dit ci-deffous fur l'acte du mois de juillet 1336.

« AnteriorContinuar »