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pendant ils resteroient entre les mains de celui qui feroit roi de France en qualité de garde & de bailliftre de Jeanne, jufqu'à ce qu'elle eût douze ans. On convint même que lorfqu'elle auroit atteint cet âge, elle ne pourroit avoir la fucceffion de ces comtés, qu'elle & fon mari, fi elle en avoit un, & qu'il eût quatorze ans, n'euffent ratifié ce traité. On convint encore que, fi Jeanne mouroit fans enfans, la Champagne & la Brie, en cas qu'elle les poffedât, ou la récompenfe qu'elle auroit reçue pour ces comtés reviendroient à la cou

ronne.

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a C'eft-à-dire,

rente en terre.

Pour récompenfer Jeanne des renonciations que l'on faifoit en fon nom, on lui donna 1°. a 15000. livrées de terre à tournois, qui devoient être affignées d'abord fur 15000. livres de le comté d'Angoulême & fur fes dépendances ; &, fi ce comté ne fuffifoit pas pour remplir cette fomme, fur la châtellenie de b Moretoing dans le bailliage de Coutan-Mortain. ces. 2°. 50000. livres tournois qui devoient être employées à achetter des terres dans le royaume: il fut ftipulé que Jeanne tiendroit en pairie & en baronie, & les terres qui lui feroient affignées pour fournir la valeur des 15000. livres de rente, & celles qui feroient achettées des 50000. livres, en cas que ce fuffent des fiefs relevant du Roi, qui retiendroit la garde & le bail de ces terres jufqu'à ce qu'elle eût douze ans. On conclut, par le même traité, le mariage de Jeanne avec [ Philippe], fils aîné de Louis comte d'Evreux, & avec fon frère puîné, en cas que Philippe mourût avant le maria~ L'on convint de demander des difpenfes d'âge, [car Jeanne n'avoit guères plus de fix ans (1)], pour célébrer ce mariage le plutôt qu'il feroit poffible, pour le bien commun & de paix, (ce font les termes de l'acte ) & pour les grands biens & proffits qui s'en enfievent, & pout efchiver les maux & les grands périls qui en pourroient

ge.

(1) Elle étoit née le 28. de janvier 1311. Hift. généalog, de la maifon de France, t. I. p. 92.

c éviterà

Pag. 32

venir. La prompte conclufion de ce mariage paroiffoit
fans doute bien importante, puifqu'il fut réfolu de le
faire par paroles de préfent, fi on ne pouvoit obtenir de
difpenfe d'âge. L'on convint auffi qu'auffitôt que le
mariage auroit été célébré, Jeanne, qui étoit élevée au-
près de la ducheffe de Bourgogne fa grande-mère, fui-
vant que l'on en étoit convenu par le traité du 17. de
juillet 1316. feroit remife entre les mains de la reine
(1) Marie [ veuve de Philippe le Hardi ], & entre celles
de Louis comte d'Evreux [ fon beau-père ], auxquels
le Roi, comme bailliftre de Jeanne, fourniroit les
fommes néceffaires pour fa dépenfe. Par le même traité,
le duc de Bourgogne & les nobles de Champagne, re-
noncèrent aux alliances qu'ils avoient faites enfemble;
& Philippe le Long leur en accorda le pardon & leur
remit toutes les peines qu'ils pouvoient avoir méritées
& le duc & les nobles de Champagne qui étoient pré-
fens lui firent hommage.

Ce traité fut confirmé le même jour, par un autre acte que l'on peut voir dans les preuves de l'histoire

d'Evreux 2,

Le fceau, & peut-être le motif secret de ce traité, fur le mariage du duc de Bourgogne avec Jeanne, fille de Philippe le Long, qui fe fit le 18. juin (2) 1318. (3) Par ce mariage Eudes joignit à fon duché le comté de Bourgogne qui appartenoit à Jeanne mère de fa femme..

Le mariage de Philippe d'Evreux & de Jeanne fut auffi célébré par parole de présent (4) l'an 1318. & Charles le Mauvais, roi de Navarre, fut leur fils aîné.

(1) Il y a feulement dans l'acte la reine Marie. Je ne trouve point dans ce tems là d'autre reine de ce nom, que Marie de Brabant, feconde femme de Philippe le Hardi. Cette reine mourut le 10. ou le 12. de janvier 1321. Elle étoit mère de Louis comte d'Evreux. Voyez Hift. généalog de la maifon de France, t. 1. p. 88.

(2) L'hiftoire généalogique de la maifon de France, p. 94.

(3) Dupuy, traité des droits du Roi, p. m. 745.

(4) Second continuateur de Nangis, p. 74. col. I.

(1) Le traité conclu par Philippe le Long étoit avantageux à la couronne, en ce qu'il y réuniffoit à perpétuité le royaume de Navarre: mais, pour ce qui regarde la Champagne & la Brie, il n'avoit fongé qu'à fon intérêt particulier & à celui de fa poftérité mafculine, fans avoir égard à celui de Charles le Bel fon frère.

Philippe le Long étant mort fans enfans mâles la nuit du 2 (2) au 3 janvier 1321, Jeanne rentra dans tous fes droits fur la Champagne & la Brie, auxquels le duc de Bourgogne fon oncle avoit renoncé pour elle entaveur de Philippe le Long & de fa poftérité mafculine : mais Charles le Bel, frère & fucceffeur de ce Roi, fuivit fon exemple, & fçut fe conferver la propriété de ces deux provinces par un a traité qui fut conclu vers l'an * Pr. p. 10 (3) 1324.

Charles le Bel ne traita pas avec le duc de Bourgogne dont la tutelle avoit ceffé par le mariage de Jeanne, mais avec Jeanne elle-même, qui, en 1323, avoit douze ans, & avec Philippe d'Evreux fon mari, qui dans cette année avoit à peu-près dix-neuf ans ;, puisqu'il eft dit dans une bulle donnée le 3 des nones de mai de la 2de année du pontificat de Jean XXII, [ c'est-à-dire, le 5 de mai 1318 (4)], qu'il n'avoit pas encore quatorze ans.

Ce traité, fait entre Charles le Bel & Philippe d'Evreux, reffemble affez à celui qui avoit été conclu le 27 de mars 1317, entre Philippe le Long & le duc de Bourgogne; c'est-à-dire, que les deux parties contractantes y trouvèrent leurs avantages: cependant on augmenta, par ce dernier traité,la récompense due à Jeanne.

Charles le Bel, dit dans un b traité du mois de janvier Preuv. de l'hist. 1327, que Philippe comte d'Evreux lui demandant, au d'Evreux, p.47.

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t. I.

(1) Hiftoire généalogique de la maison de France
P. 282.
(2) Hift. généalog. de la maifon de France, t. L. p. 92.

(3) Voyez, fur le tems auquel ce traité fut conclu, la p. 304. du 17o vol. 'du recueil de l'Académie.

(4) Preuve de l'hift, d'Evreux, p. 38. & hift. généalog. de la maifon de France, t. 1. p. 282.

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nom de sa femme, le comté de Champagne, en vertu du traité fait par Philippe le Long, & lui foûtenant par plufieurs raifons qu'il ne devoit pas avoir cette comté ils ont fait ensemble l'accord fuivant.

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Il paroît, par le traité conclu vers 1324, que ce traité fut fait à peu près fur le plan de celui de 1317, pour compenfe de la Champagne & de la Brie que Philippe d'Evreux & Jeanne demandoient. On donna au mari, à cause de sa femme, 15000 livres de rente à tournois, qui devoient être affignées fur le comté d'Angoulême & fur Mortain mais, au lieu de 50000 livres. que Jeanne devoit avoir par le traité de 1317 pour être employées en terres, on lui donna 70000 livres pour tenir le tout en pairie. On ajoûta, dans ce traité, une clause dont la tournure eft affez fingulière, & qui mérite d'être rappor tée dans fes propres termes. Item: Pour ce qu'il fembloit audit comte que ladite recompenfacion ne fouffiroit pas pour ladite contée de Champagne & de Brie, pour la engraiffier & faire fa condicion mellour, fu traicié & acordé, combien que celle recompenfacion appartinft à La fame, que cependant, en cas qu'elle mourût fans enfans, & qu'il lui furvécût, la moitié des 15000 livres. de rente, & la moitié des terres que l'on acheteroit avec les 70000 livres lui appartiendroit à lui & fes hoirs légitimes; l'autre moitié retournant à la couronne de forte qu'on faifoit à Philippe d'Evreux perfonnellement. un avantage confidérable, pour dédommager fa femme de ce qu'on lui faifoit perdre.

On ne voit point, par le traité fait vers 1324, quelle fut la nature de la renonciation que firent Philippe d'Evreux & Jeanne fa femme au comté de Champagne & de Brie, ni fi elle fut générale & perpétuelle, ou feulement en faveur de Charles le Bel & de fes enfans mâles.. Comme il paroît que l'on fe conforma à peu-près, dans ce traité, à ce qui avoit été réglé par celui de 1317, il eft très-vraisemblable que la renonciation fut reftrainte à

la perfonne de Charles le Bel & de fes enfans mâles. Lorfque ce traité fut conclu, l'affignat & l'affiette des 15000 livres de rente données par celui de 1317 n'étoit pas encore fait. On y travailla peu de tems après, puifque, le 28 de juin 1325, l'affiette étoit faite fur le comté d'Angoulême: mais, comme le revenu de ce comté ne montoit pas à 15000 livres, Charles le Bel nomma ce jour-là deux commiffaires pour affigner ce qui s'en manquoit, fur la châtellenie de Mortain. L'affiette fur Mortain étoit faite le 27 de janvier 1327, a ainsi qu'il * Ibid. p. 47; paroît par des lettres de ce jour, par lefquelles Charles le Bel accorde au comte & à la comteffe d'Evreux, au fujet de ces affignats, de nouveaux avantages, dans le détail defquels il eft inutile d'entrer: mais un fait important, qui fe trouve dans ces lettres, c'est que Charles le Bel avoit changé la rente de 15000 livres de tournois en parisis ; c'est-à-dire, qu'il l'avoit augmentée du quart, en forte qu'au lieu de 15000 livres de rente en terre, on leur avoit donné 18750 livres.

Charles le Bel mourut le premier de février 1327, (1) fans laisser de poftérité masculine.

J'ai déjà dit ci- deffus que la couronne fut déférée à Philippe de Valois, malgré les prétentions d'Edouard III, roi d'Angleterre, & de Philippe comte d'Evreux. Philippe de Valois rendit à Jeanne, au commencement de fon règne, le royaume de Navarre auquel le duc de Bourgogne avoit renoncé pour elle par le traité de 1317; & Philippe comte d'Evreux, fon mari, prit le titre de roi de Navarre. Il ne paroît pas, par les pièces que j'ai vûes, que ce prince ait reclamé, en 1328, les droits que Jeanne pouvoit avoir fur la Champagne & fur la Brie; & la première date du règne de Philippe de Valois, que j'ai trouvée à ce sujet, est du 14 de mars 1335. b Ce font des lettres de ce roi données Pr. p. 12è à Villeneuve, près d'Avignon. C'est Philippe de Valois (1) Hiftoire généalogique de la maifon de France, p. 95.

b

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