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feul qui y parle & qui y déclare les conditions de l'ac cord qui a été fait entre lui & le roi & la reine de Navarre, fur les conteftations qui s'étoient élevées, parce que eux faifoient à Nous plufieurs grans demandes & requestes, en difant que Nous eftions tenuz à eux en plufieurs grans chofes,

entendion chofes, efqueles nous difions que Nous ne entendions en rien eftre tenuz en rien eftre tenuz à eux ne à aucun d'eux. On trouve enfuite les articles du traité qui fut conclu fur ces différentes prétentions. Le roi & la reine de Navarre pour eux, leurs hoirs, fucceffeurs & ayans cause, quittent & remettent purement, générallement & abfolument, perpétuellement & à tousjours au roi, fes hoirs, fucceffeurs ou ayans caufe, tous les droits qu'ils avoient ou pouvoient avoir fur les comtés de Champagne & de Brie, tant à caufe de la fucceffion de Louis le Hutin & du roi Jean fon fils , qu'en vertu des traités faits avec Philippe le Long & Charles le Bel; & ils lui en font pleine, , pure & vraie ceffion & tranfport perpétuel, fans y rien retenir, avec convenances réelles & perpétuelles de jamais non y rien demander.

Le Roi, de fon côté, donna à Jeanne, outre les comtés d'Angoulême & de Mortain, & les autres héritages & rentes qui lui avoient été accordés par le traité fait avec Charles le Bel, 5000 livres tournois de rente annuelle & perpétuelle, à prendre héritablement fur le tréfor du Roi à Paris, par elle & par fes hoirs loyals & naturels nez & à naistre de fon propre corps, & non autres, à condition cependant que le roi de Navarre fon mari cefferoit de prendre fur le tréfor royal une rente de 5000 livres dont le roi Philippe de Valois lui avoit fait don en faveur de fa femme ou autrement. Par cette clause on ôtoit 5000 livres de rente au roi de Navarre, qui, ne cédant rien du fien, n'avoit pas droit de demander un dédommagement; & on les donnoit à fa femme à qui il en falloit un pour l'abandon qu'elle faisoit de ses droits. Peut-être auffi que la rente qui avoit

été donnée au roi de Navarre n'étoit qu'à vie, au lieu que celle que l'on accordoit à fa femme étoit perpétuelle & devoit paffer à fa poftérité. On donna encore à la reine de Navarre, pour elle & pour fes enfans, une rente de 3000 livres tournois à prendre fur le tréfor à Paris, jufqu'à ce que le Roi l'eût affignée fur des terres, & 70000 livres parifis, pour lefquelles le Roi lui affigna, pour elle & pour fa poftérité, 7000 livres parifis de rente, à prendre fur le tréfor à Paris. C'étoit, fuivant les apparences, les 7000 livres qui lui avoient été accordées par le traité de Charles le Bel, dans lequel on étoit convenu que cette fomme feroit employée en achat d'héritages. Il fut dit par celui-ci que la reine de Navarre tiendroit les rentes de 5000 livres tournois, de 3000 livres tournois, & de 7000 livres parifis, en baronie & en pairie à une foi & hommage, avec les comtés d'Angoulême & de Mortain, & toutes les autres chofes que Charles le Bel lui avoit accordées. Il fut ftipulé que, fi elle mouroit fans enfans, ou fes enfans fans enfans [à perpétuité], tout ce qui lui auroit été donné par ce traité & par les précédens, retourneroit à la couronne; mais on convint que, fi elle mouroit avant fon mari, foit qu'elle laifsât des enfans ou qu'elle n'en laifsât point, la moitié de tout ce qui lui avoit été accordé par ces traités appartiendroit à fon mari pendant fa vie feulement, fans qu'il en pût rien paffer aux enfans qu'il pourroit avoir d'une autre femme que de la reineJeanne.

Ces lettres de Philippe de Valois font tournées de telle façon, qu'il n'eft pas poffible d'y découvrir si cette princeffe étoit auprès du Roi, lorfqu'elles furent don nées. Voici comment elles finiffent: Toutes lefquelles chofes.... furent parlées & à plein accordées à la Villeneuve près d'Avignon, en l'oftel du cardinal Néapoleon, le 14 de mars l'an de grace 1335. Nous [Philippe de Valois] & notredit coufin préfent à ce, & à perpétuel mémoire.... Nous avons fait mettre noftre fcel à ces pré

fentes lettres faittes & données à la Villeneuve, &c. & le refte comme ci-deffus.

Il n'y a guère d'apparence que la reine de Navarre fût auprès de Philippe de Valois, lorfque ces lettres furent Pr. p. 19. données : car trois mois après, en juillet 1336, cette princeffe, & le Roi fon mari, donnèrent des lettres, lefquelles ne parlent point de celles de Phlippe de Valois; mais qui y font cependant entièrement conformes, & qui font copiées prefque mot pour mot fur elles. Il est bon de remarquer qu'en juillet 1336, la reine de Navarre avoit atteint, depuis environ cinq mois, la majorité parfaite de 25 ans.

* a

En conféquence de ce traité, on affigna à la reine Pr. p. 12. de Navarre, au mois de b juin 1339, 3000 livres de rente fur (1) Bénaon & Frontenay - l'abbatu, & fur d'autres terres fituées dans le pays d'Aunis & dans la Xaintonge.

C'est par l'acte du mois de juillet 1336, duquel je viens de rendre compte, que la Champagne & la Brie ont été unies irrévocablement à la couronne. Les traités précédens avoient été faits par les tuteurs ou le mari de Jeanne, & on pouvoit les foupçonner, peut-être avec quelque apparence de raifon, d'avoir facrifié les intérêts de la mineure à leurs avantages particuliers. Cette princesse avoit, à la vérité, signé un de ces traités; mais elle n'étoit pas encore pleinement majeure. D'ailleurs, la renonciation portée par le traité fait avec Philippe le Long, n'étoit, pour ainfi dire, qu'éventuelle, & étoit reftrainte à la perfonne de ce Roi & à celle de fes enfans mâles: & j'ai déjà marqué qu'il y avoit grande apparence que le traité fait avec Charles le Bel portoit la même clause; mais, en 1336, Jeanne, pleinement majeure de 25 ans, renonça à la Champagne & à la Brie pour toûjours & fans efpérance de retour.

(1) Ces lieux fe nomment aujourd'hui Bénon & Fontenay-l'abbatu. Le premier eft fitué dans l'Aunis, & l'autre dans la Xaintonge.

Par un (1) acte de décembre 1339, que l'on peut regarder comme la confommation de cette grande affaire, Philippe de Valois, & le roi & la reine de Navarre, fe donnèrent une quittance réciproque de tout l'argent qu'ils pouvoient fe devoir les uns aux autres. Malgré un traité folemnel, & la renonciation formelle & précise du roi & de la reine de Navarre à la Champagne & à la Brie, Charles le Mauvais, leur fils, conferva toûjours, fur ces provinces, les prétentions qui furent le motif fecret ou le prétexte des troubles qu'il excita dans la France pendant tout le cours de fa vie.

Le roi Jean unit la Champagne & la Brie à la couronne, par fes (2) lettres du mois de novembre 1361. Elles n'empêchèrent pas le roi de Navarre de perfifter dans fes chimériques prétentions: il paroît même qu'il les tranfmit à Charles III, roi de Navarre, fon fils aîné; car dans les ( 3 ) lettres du 9 de juin 1404, par lesquelles Charles VI donna le duché de Nemours à ce roi de Navarre, il eft dit que ce don lui eft fait en considération de fa renonciation à tous les droits qu'il pouvoit avoir à caufe des fucceffions de fon père & de fa mère, fur la Champagne & la Brie, & fur le comté d'Evreux, &c. On peut regarder ces lettres comme l'époque de la fin des prétentions de la maifon de Navarre fur la Champagne & fur la Brie; & je ne crois pas qu'il y ait de preuves qu'elle les ait renouvellées depuis ce tems

là.

Après avoir rendu compte du fondement & de la nature des prétentions de Charles le Mauvais fur la Couronne & fur la Champagne & la Brie, je paffe aux circonstances de la vie de ce prince, qui ont rapport aux troubles qu'il excita en France.

(1) Preuves de l'hiftoire du comté d'Evreux, p. 49.

(2) Elles font à la p. 212. du 4 vol. des ordonnances des rois de France de la 3° race.

(3) Elles font à la p. rr. du 9o vol. des ordonnances des rois de France de la 3o race.

• Pr. p. 22.

J'ai déjà dit, ci-dessus, qu'il naquit à Evreux en 1332. Il avoit dix ans ou environ lorfqu'il perdit fon père, qui mourut le 16 de septembre 1343 (1). La garde & le gouvernement de ce jeune prince & de tous fes biens appartenoient de droit à Philippe de Valois; mais il les céda à la reine de Navarre, douairière, par fes a lettres du 12 de décembre 1344: elle mourut le 6 d'octobre 1349. (2) Philippe de Valois devint, par fa mort, garde du jeune roi de Navarre (3), que le roi Jean ↳ Pr. p. 23. déclara majeur par fes b lettres du 12 de février 1351, par lesquelles, en conféquence, il lui permet de jouir de tous fes revenus qui pendant fa minorité avoient appartenu aux deux Rois, fous la garde defquels il avoit été. Cette même année, Charles, roi de Navarre, étoit lieutenant du Roi dans le Languedoc. La France étoit alors partagée en lieutenances du Roi, comme elle eft aujourd'hui divifée en gouvernemens mais le pouvoir des lieutenans du Roi étoit plus étendu que celui des gouverneurs.

Je n'ai point trouvé les lettres de provisions de lieutenant du Roi données pour le roi de Navarre: mais il m'a paflé par les mains plufieurs lettres données par lui en cette qualité. Celle dont la date eft la plus ancienne, eft du (4) 12 d'août 1351, & celle dont la date eft la plus moderne, eft du (5) 22 d'octobre fuivant. Je ne fçais s'il fut encore long-tems depuis lieutenant du Roi : mais il est du moins certain qu'en avril 1351, (6) il étoit préfent à un confeil du Roi qui se tint à l'abbaye

(1) Histoire généalogique de la maison de France, t. 1. p. 282.
(2) Hift. généalog. de la maifon de France, t. 1. p. 282.

(3) Voyez à la p. 23. des preuves, les lettres de Philippe de Valois du 8 février 1349.

(4) Tréfor des chartres, regiftre 81. piéce VIIIXXVII. [ 167].

(5) Ibid. piéce XIXXVI. [227]. Ces deux lettres ont été données à Tou louse.

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(6) Ibid. piéce xx xx xv, [235 ]

de

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