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de Bonport [en Normandie ]. Il y a grande apparence qu'il quitta la lieutenance du Roi vers la fin de l'année 135, lorfqu'il vint à la cour pour époufer Jeanne de France, fille du roi Jean (1). Če mariage se fit en effet cette année; mais on n'en fçait pas la date précise. Le P. Ange dit que ce fut avant carême-prenant ( 2 ).

Il eft du moins certain que Charles le Mauvais étoit marié le 11 de mars 1351, puifque, par des a lettres Pr. p. 25 datées de ce jour, le Roi donne des affignations à Charles de Navarre pour prendre fur le tréfor, en différens payemens, cent mille deniers d'or à l'écu, qui lui avoient été promis par le traité de fon mariage avec la fille du Roi, qui eft qualifiée dans ces lettres reine de Navarre (3).

Mais à la fin de ces lettres, il eft dit que le roi de Navarre recevra ces 100000 écus fur fes quittances, fans qu'il foit tenu de rapporter le traité, accord & promesse de cette fomme. Cette claufe étoit néceffaire , parce qu'en effet il n'y avoit point eu de contrat de mariage, ou du moins on ne l'avoit pas donné au roi de Navarre; en forte qu'il n'avoit aucun titre en vertu duquel il pût exiger cette fomme. Ce fut dans la fuite un de ses sujets

(1) Histoire généalogique de la maison de France, t. 1. p. 108. 284.

(2) On peut préfumer que ce mariage fe fit avant le 12 de février: car dans les lettres d'émancipation du roi de Navarre, datées de ce jour, defquelles j'ai parlé un peu plus haut, le Roi le nomme fon fils, terme qui défigne les gendres; au lieu que Philippe de Valois, dans les lettres du 8 de février 1349, defquelles j'ai parlé un peu plus haut, l'auroit appellé fon frère. D'un autre côté l'on pourroit dire que le roi de Navarre n'étoit pas marié le 12 de février 1351, puisqu'on lui donnoit des lettres d'émancipation: car en France le mariage émancipe de droit. Inftitu. Coûtume de Loyfel, l. 1. tis. 1. art. 38. p. 61. du s. 1.

(3) Le Roi fit encore à Charles le Mauvais, en faveur de ce mariage, d'autres avantages. Dans un difcours que fit, en 1397, l'évêque de Pampelune, dans le confeil de Charles VI, en faveur du roi de Navarre, fils aîné & fucceffeur de Charles le Mauvais, il dit que la femme de celui-ci avoit eu en dot de grands biens en Normandie. Voyez l'hiftoire de Charles VI. par un moine anonyme de S. Denys, p. 364. Voyez auffi, preuves p. 26, des lettres du 19. de mars 1351.

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de plainte contre le roi Jean; & dans le traité de Mantes conclu entr'eux en 1353, & duquel je parlerai dans la fuite il fut dit que les lettres du mariage de Charles lui feroient faites & délivrées. On lui avoit auffi promis, en faveur de ce mariage, 12c00 livres de terre, mais on ne s'étoit point preffé d'en faire l'affignat & l'affiette. Le même traité de Mantes porte qu'elle fera faite dans le Cotentin. Il y avoit une autre difficulté, qui étoit de fçavoir fi ces 12000 livres de terre étoient à parifis ou à tournois. Il fut dit, par le même traité, que l'on fuivroit, fur ce point, ce qu'on trouveroit avoir été réglé dans le contrat de mariage de la princeffe Jeanne fille du Roi & du (1) duc de Limbourg (2).

On vient de voir que Charles le Mauvais étoit indifpofé contre le Roi,qui n'exécutoit point ce qu'il lui avoit

(1) Ce duc étoit mort le 20 de novembre 1349, avant que ce mariage eût été célébré. Voyez l'hift. généalog. de la maifon de France, t. 1. p. 108. (2) Sous cette année 1351, pendant laquelle Charles de Navarre étoit fi fort dans la faveur du roi Jean, qu'il l'avoit fait fon lieutenant dans le Languedoc, & qu'il lui avoit donné fa fille en mariage, on trouve dans le Rymer [t. 5. p. 716. ] les articles préliminaires d'un traité arrêté entre les députés des rois d'Angleterre & de Navarre, & dans lefquels il eft porté que celui-ci reconnoîtra le roi d'Angleterre pour roi de France. Ce traité eft du premier d'août M. ccc. L. & l'une cela eft ainfi écrit. Mais en examinant les claufes de ce traité, avec attention, la date m'en eft devenue suspecte; ou plutôt je puis affurer qu'il eft certain qu'elle eft fauffe, & qu'il eft impoffible que ce traité ait été conclu en 1351.

Je vais plus loin, & je crois pouvoir démontrer & par l'hiftoire & par la date mème du traité, qu'il faut le rapporter à l'année 1358.

Ce fera donc fous cette année que je rendrai compte de ce qu'il contient, & je me contenterai de rapporter ici les claufes d'où je tirerai les preuves de ce que je viens d'avancer.

Je ne m'arrêterai point à ce qui eft ftipulé dans ce traité pour les intérêts de la reine Blanche [elle étoit fœur du roi de Navarre & veuve de Philippe de Valois] quoiqu'il ne paroiffe point qu'elle fût brouillée avec la cour en 1351; au lieu qu'en 1358, elle prit hautement le parti de fon frère qu'elle reçut dans Meleun, qui lui appartenoit, & à qui elle mit tout ce qu'elle avoit en abandon, fuivant Froiffart, [1. 1. ch. 188. p. 213. Voyez auffi le fecond continuateur de Nangis, p. 121. Chronique de S. Denys, t. 2 fol. 185. ro. col. 2 ].

Mais il eft dit à la fin de ce traité que ceux qui tiennent des places en Normandie & ailleurs, les garderont, à l'exception des ponts & places de Poiffy & de S. Cloud, & des autres fortereffes qui ont été prifes dernièrement, & depuis que le roi de Navarre a mandé aux députés du roi d'Angleterre de le venir trouver, lefquelles places ces députés engagent de faire rendre.

promis en lui faifant épouser sa fille, & qui même n'avoit pas encore fait rédiger le contrat de mariage par écrit. Il fe plaignoit auffi de ce que l'affaire du dédommagement promis à fa mère pour la Champagne & la Brie, n'étoit pas encore entièrement confommée; & il paroît en effet, par des actes dont je parlerai dans la fuite, qu'on ne fe preffoit pas de lui faire raifon fur toutes ces demandes qui étoient cependant bien fondées.

A ces premiers fujets de mécontentement fe joignit la haine implacable qu'il avoit contre le connétable Charles d'Espagne, laquelle ne pouvoit manquer de réjaillir fur le Roi dont il étoit le favori.

Les faits dont il eft parlé dans cet article ne peuvent être arrivés en 1351, & ont un rapport manifefte avec ce qui fe paffa en 1358.

Certainement les Anglois ne vinrent point, en 1351, auprès de Paris, & ne furent point à portée de s'emparer de Poiffy & de S. Cloud. Il n'y eut point de guerre en Normandie; & en général les expéditions militaires ne furent ni fréquentes ni importantes pendant le cours de cette année. Froiffart [ liv. 1. ch. 153. p. 175. qui ne parle prefque que de la guerre, ne fait mention que d'un feul combat qui fe donna en Xaintonge. Mais, en 1358, le roi de Navarre, qui avoit introduit les Anglois dans Paris, fe brouilla avec les habitans, en fortit le 22 de juin [ Chron. de S. Denys, t. 2. fol. 182. ro. col. 2.] & alla demeurer à S. Denys: les Anglois quittèrent auffi Paris & fe retirèrent à S. Cloud [ ibid. fol. 184, r. col.. 1. & 2. ] où les Parifiens allèrent les attaquer le jour de la Magdelaine. On trouve aufli que, vers ce tems-là, les Anglois s'emparèrent de Poiffy: enfin le troifiéme d'août, le roi de Navarre envoya de nouveau déclarer la guerre au régent, avec qui il avoit fait la paix quelque tems auparavant [ibid. fol. 185. ro. col. 1. ], & cette déclaration fut fans doute la fuite du traité qu'il avoit conclu le premier d'août, deux jours auparavant, avec les députés Anglois qu'il avoit fait venir à S.Denys, de S. Cloud où ils étoient. Ces faits fe lient parfaitement bien & ont un rapport vifible avec ceux qui font rapportés dans le traité; l'on ne peut donc douter que ce traité n'ait été fait en 1358.

Peut-être n'eft-il pas impoffible de deviner comment il s'eft pû faire qu'il foit daté, dans le Rymer, de Fannée 1351. La date y eftjainfi imprimée : l'an de grace M. CCC. cynquante & l'une. Or LVIII, en chiffres romains, s'écrivent prefque avec les mêmes caractères que le mot l'une. Pour écrire LVII!, en chiffres romains, il faut une L, un V & trois III. ou jambages: pour écrire l'une, il faut une l', un u, une n, qui eft composée de deux jambages, & un e, & il eft très-facile que le copifte ait pris pour un e le dernier jambage de LVIII, qui pouvoit être un peu couché. Ce copiste ayant donc lû м. ccc, & l'une,au lieu de MCCC, & LVIII. & lui ou l'éditeur s'étant apperçu que ce traité ne pouvoit être de Mccc & 1, aura ajoûté le mot cynquante, & aura mis MCCC cynquante & l'une. ]

Il faut donc renvoyer ce traité à l'année 1358.

e

Charles de Caftille, dit d'Espagne, étoit petit-fils de Ferdinand, dit de la Cerda, fils aîné d'Alphonse (1) roi de Caftille. Ferdinand étant mort avant fon père, Alphonse fon fils aîné fut privé de la couronne qui fut ufurpée par Sanche dit le Brave; fon oncle Alphonfe se retira en France où il prit la qualité de roi de Caftille dans plufieurs actes. Il fut père de Charles Ferdinand de la Cerda, qui avoit époufé Blanche fille de S. Louis, & par conféquent fes defcendans touchoient de près à la maison royale de France. Charles d'Efpagne (2) avoit été élevé dès son enfance auprès du roi Jean, & ( 3 ) il avoit mérité la confiance, l'amitié & la tendreffe de ce prince, par fon attachement à fa perfonne & par fes belles qualités. Il eft dit, dans la dépofition de Friquet, de Pr. p. 53. laquelle je ferai fouvent ufage dans la fuite, que a c'étoit la perfonne du monde que le Roi aimoit mieux. Corneille Zantfliet dit, dans fa chronique b Charles d'Espagne étoit plein de courage, • cordialiter. Roi l'aimoit de tout fon coeur, foit parce qu'il avoit été élevé auprès de lui, foit à caufe de fa probité; & cet auteur répète trois fois, dans l'espace de dix ou douze lignes, que c'étoit un parfaitement honnête homme. L. 3. ch. 95. Matthieu Villani d le dépeint dans fon hiftoire comme un cavalier accompli à qui il ne manquoit rien du côté de la valeur, de la vertu, de la nobleffe du cœur & des fentimens, de la générofité & des belles manières : il n'oublie pas même fa beauté. Le Roi, ajoûte-t-il, avoit pour lui un amour fingulier : il préféroit fes confeils à ceux de tous les autres feigneurs, & ceux qui f vouloient mal parler [ ce font fes termes] faifoient un crime au Roi de l'amour défordonné qu'il avoit pour ce jeune 8 Ibid. 1. 6. 6. 24. homme. Il répète dans la fuite & le Roi, fuivant les

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P. 219.

b P. 250.

* fingulare amore.

fqui chi voleva mal parlera.

P. 368.

que

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(2) Hiftoire d'Angoulème, par Corlieu, p. 107.

, que

& que le

(3) Matthieu Villani, liv. 3. ch. 95. p. 219. Second continuateur de Nangis, p. 112. col. 2.

bruits publics, avoit un amour défordonné pour Charles d'Efpagne. Le Roi le combla d'honneurs & de biens. Raoul de Brienne, comte d'Eu & de Guines, connétable de France , ayant eu la tête coupée le mardi 16 de novembre 1350 (1), le mois de janvier fuivant le Roi fit Charles d'Espagne connétable. Il en avoit déjà fait les fonctions pendant que le connétable d'Eu avoit été prifonnier en Angleterre (2). Le Roi lui donna auffi une partie des biens du connétable (3). En 1351 (4) il lui fit époufer Marguerite de Blois, dame de l'Aigle. Elle étoit nièce du Roi à la mode de Bretagne : car Charles de Blois, duc de Bretagne fon père, étoit fils de Marguerite, fœur de Philippe de Valois.

Le 23 de décembre 1350, depuis le fupplice du connétable d'Eu, & avant la nomination de Charles d'Espagne à cette charge, le Roi lui donna (5) le comté d'Angoulême & les châteaux de Bénaon & de Frontenay-l'abbatu, lefquels, comme on l'a vû ci-deffus, avoient été affignés à Philippe, roi de Navarre, & à Jeanne fa femme, pour le payement de 3000 livres de rente que Philippe de Valois leur avoit données, par le traité fait entr'eux.

b

a

Voyez ci-dessus,

Ce don fut confirmé par d'autres lettres (6) du mois d'octobre 1352. Mais on apprend, par des a lettres de Preuves, p. 563. Philippe de Valois, données le deux d'octobre 1349 quatre jours avant la mort de Jeanne, reine de Navarre qu'elle avoit fait un échange du comté d'Angoulême,

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(1) Froiffart, liv. 1. ch. 153. p. 175. Chron. de S. Denys, t. 2. fol. 64. 1. col. 1. Ces deux auteurs font conformes dans la date du 16 de novembre. Je ne fçai fur quelle autorité il eft dit dans l'hift. généal. de la maison de Fr. t. 6. p. 161. que ce fut le vendredi 19.

(2) Froiffart, liv. 1. ch. 94. p. 166.

(3) Lettres du 5 de mars 1353. Elles étoient dans le mémorial C. de la chambre des comptes de Paris, IXXX recto [180].

(4) Froillart, ubi fupra. Hift. généal. de la maifon de France, t. 6. pp. 96.

103. & 104.

(s) Les lettres de don font au tréfor des chartres, regiftre 80. pièce 768, (6) Elles font au tréfor des chartres, regiftre 81. piece 464.

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