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a T.,

P. 96.

lettres d'abfolution, lefquelles par conféquent pourront être regardées comme une confirmation de ce traité,

le

Ces lettres rendirent, du moins en apparence, calme à tous les efprits mais il ne fut pas de longue durée, & il fut troublé peu de tems après par un événement imprévu dont je vais rendre compte.

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C'eft vers ce tems - ei que je crois devoir placer le crime le plus horrible qu'ait commis le roi de Navarre mais duquel je ne puis fixer l'époque précife. Je veux parler du poifon qu'il fit donner au dauphin Charles * T. 1, ch. 56, poifon dont, fuivant Froiffart a, ce prince se reffentit pendant le refte de fa vie, & qui fut enfin la cause de sa mort. Cet hiftorien, après avoir parlé de la maladie qui b Ibid. emporta Charles V, ajoûte: Charles V, ajoûte: » b Vérité fut, felon la fame qui courut, que le roy de Navarre (1), du temps qu'il fe tenoit en Normandie, le [ Charles V ] voulut faire empoifonner; & reçeut le roy de France venin : » & fut fi avant mené que les cheveux de la tefte luy » cheurent tous, & les ongles des mains & des piés : & devint auffi fec qu'un bafton, & n'y trouvoit-on point de remède. « Il dit un peu plus bas que le dauphin étoit alors duc de Normandie. Ce poifon lui fut donc donné entre l'année 1355 & l'année 1364, dans le courant de laquelle il monta fur le trône.

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EMPRISONNEMENT DU ROI DE NAVARRE,

Il y a grande apparence que le Roi conserva toûjours

(1) Si ces mots du temps qu'il se tenoit en Normandie, doivent s'entendre de Charles V, dont Froiffart parle immediatement auparavant, ce prince aura été empoisonné en 1355. Il eft en effet à préfumer, que pendant le féjour que le dauphin & le roi de Navarre firent en Normandie dans cette année, ils mangèrent plufieurs fois ensemble; puifque, comme on le verra plus bas, ce fut pendant un diner que Charles V donnoit à Rouen au roi de Navarre, que celui-ci fut arrété prifonnier. Froiffart dit [ ibid. p. 97] & porta celle fiftule vingt-deux jours [ans ] fans couler.

dans le fonds de fon cœur le deffein de punir les auteurs de la mort du connétable, & que les feules circonftances des tems fufpendirent les effets de fa vengeance, & le forcèrent à conclure les traités de Mantes & de Valognes mais quand on fuppoferoit qu'il eût pardonné fincèrement au roi de Navarre fes premiers crimes, les nouveaux attentats de ce prince,qui avoit voulu armer le dauphin contre la vie de fon père, rendirent juftes, & même néceffaires, les mesures que le Roi prit pour le faire arrêter. La tranquillité du royaume demandoit en effet qu'on s'affurât de la perfonne d'un homme endurci au crime, toûjours prêt à fe lier avec les ennemis de l'état, toujours difpofé à fe mettre à la tête des mécontens, travaillant fans ceffe à en augmenter le nombre, toûjours occupé d'intrigues, de cabales & de complots, & uniquement attentif à fomenter les divifions, & à fufciter de nouveaux troubles.

Cependant le Roi, pour mieux affurer fa vengeance, fut encore obligé de diffimuler,& d'accorder des lettres d'abfolution au Navarrois. Mais peu de tems après il fe rendit fecrettement au château de Rouen avec des gens armés, & y fit arrêter ce prince, qui étoit alors à table avec le dauphin.

Les hiftoriens ne nous apprennent point fi le Roi avoit fait confidence à fon fils de ce deffein, & fi ce fut de concert avec lui qu'il furprit le Navarrois dans le château de Rouen. Comme ils ont raconté l'emprisonnement de ce prince d'une manière différente, & quelquefois contraire, dans l'impoffibilité où je me fuis trouvé de fondre ensemble toutes leurs narrations, j'ai pris le parti de rendre compte féparément de ce qu'ils en ont dit.

Voici le précis de la narration de Froiffart, que l'auteur des chroniques de S. Denys a presque copié mot pour mot.

(1) Le 3 (2) d'avril [1355], le Roi (3) partit, devant le jour, de Maineville; il étoit armé & accompagné d'environ 100 lances, parmi lesquelles étoient le comte d'Anjou fon fils, le duc d'Orléans fon frère, monseigneur (4) Jean d'Artois comte d'Eu, & Charles fon frère, le comte de Tancarville, Meffire Arnould d'Andregehen, maréchal de France,& plusieurs autres barons & chevaliers. ( 5 ) Il vint droit au château de Rouen la porte de derrière, fans paffer par la ville; & il entra dans la fale du château, où le dauphin étoit à dîner avec le roi de Navarre, Jean comte d'Harcourt, les feigneurs de Préau & de Clere meffire Louis & meffire Guillaume d'Harcourt, frères du comte, monfeigneur

par

(1) Froiffart, ubi fupra, ch. 56, p. 181. Chron. de S. Denys, ibid. p. 167, vo, col. 2. Il y a quelques noms corrompus & quelque légère addition. Voyez auffi le Rozier hiftorial de France, fol. 87, v°, col. 1.

(2) Le pénultième jour de l'année; car la fuivante commença le 5 d'avril. (3) Voyez, dans les Monumens de la monarchie françoise du P. de Montfaucon, t. 2, p. 294 & 296, une eftampe gravée d'après un Froiffart manufc. de la bibliothèque du roi, laquelle représente l'emprifonnement du roi de Navarre.

(4) Jean d'Artois, comte d'Eu, étoit fils du fameux Robert d'Artois, & il étoit coufin germain du Roi, parce que Jeanne de Valois sa mère étoit fœur de Philippe de Valois. Le Comte d'Eu avoit époulé Ifabelle de Melun, four de l'archevêque de Sens & du comte de Tancarviile. [ Voyez l'hiftoire généa logique de la maifon de France, t. 1, p. 387, A, & 388, B, D ].

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(5) Voici ce qui eft dit de l'emprisonnement du roi de Navarre, dans des lettres du dauphin du 12 de décembre 1357. [ Preuves p. 65 ]. » Savoir faifons ".... que comme noftre très-chier feigneur & père euft prins en fa personne » en noftre préfence, le cinquiefme jour d'avril mil trois cens cinquante-cinq, " à Rouen, noftre amé frère le roi de Navarre, le conte de Harrecourt, le fei»gneur de Guerarville, Maubué de Mauvremares [ Mainemares ] Colin Doublel [Doublet], Forquet [ Friquet] de Friquans, & Jehan de Bautalus, & » d'iceus contes d'Harrecourt, de Guerarville, de Mainemares, & Doublel, fait » décapiter; ledit noftre frère & aucuns autres fait emprisonner, & en diverses prifons transporter, & derrenièrement noftredit frère fait bailler comme prifonnier en la garde du mareschal Daudeneham, lequel le tranfporta hors du royaume, premièrement à Crevecuer, darrainement à Aleux : & depuis ladite prife incontinent, les terres, chastiaux, fortereffes & biens de noftre» dit frère & de touz les autres deffufdiz, prift & mift en fa main, & auffi les »chaftiaux, villes & biens de meffire Philippe de Navarre, de meffire Pierre » de Saqueinville, & d'aucuns autres, defquiex aucuns, pour caufe & occafion de ladite prife, fe rendirent ennemis de noftredit feigneur & père & de nous; » & comme n'a guères, &c,

Friquet

Friquet de Friquans, le fire de Tournebeu, monfeigneur Maubué de (1) Mamesnar, deux écuyers nommés Olivier Doublet & Jean de Vaubatu, & plufieurs autres. Il les fit tous emprifonner dans différentes chambres du cháteau. Le fujet de la colère du Roi étoit que le roi de Navarre, depuis le pardon qui lui avoit été accordé de la mort du connétable, avoit machiné & traité plufieurs chofes au dommage, deshonneur & mal du roi de France & de fon royaume, & que le comte d'Harcourt, dans une assemblée [ d'états ] de Normandie, qui s'étoit tenue au château de Ruel (2) pour accorder une aide au Roi, avoit dit plufieurs paroles injurieuses contre lui, & avoit fait tous ses efforts pour empêcher qu'elle ne lui fût accordée (3), [ quoique le duc de Normandie & le roi de Navarre y euffent confenti ]. Le Roi, après son dîné, monta à cheval, & alla, avec toute fa compagnie, dans un champ nommé le champ du pardon, qui eft derrière le château, où il fit amener dans deux charrettes le comte de Harcourt, le feigneur de (4) Graville, monseigneur a Maubué & Olivier Doublet, & il leur fit a Voyez ci-deffus, couper la tête. Leurs corps furent enfuite traînés au gi- p. 72, note (4) bet de Rouen, où ils furent pendus, & leurs têtes mifes fur le gibet. Ce jour même, & le lendemain, le Roi renvoya tous ceux qu'il avoit fait arrêter, à l'exception du roi de Navarre, de Friquet & de Vaubatu. Le premier fut mené au louvre à Paris, & de-là au châtelet, où furent auffi conduits les deux autres. On donna au roi de Navarre des gens du confeil du Roi pour le mieux garder.

а

(1) Il fe nommoit Mainemare, fuivant les lettres du mois de janvier 1347, qui font au tréfor des chartes, Reg. 89, pièce 214.

(2) Corrigez Val de Rueil, comme dans les chroniques, nommé préfentement le Vaudreuil.

(3) Ce qui eft entre des crochets ne fe lit que dans les chroniques de faint Denys.

(4) Il faut corriger Guerarville, fuivant les lettres du 12 de décembre 1357. Tréfor des chartes, Reg. 89, pièce 829 ; & celles du mois de janvier de la même année, ibid. pièce 215.

Tome I.

K

vium.

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a Ibid. p. 113, a Le fecond continuateur de Nangis n'eft pas entré col. 2. dans un fi grand détail. Selon lui, le duc de Normandie Solemne convi- avoit fait inviter à un grand b dîner, dans le château de Rouen, le roi de Navarre, le comte d'Harcourt, le feigneur de Granville, chevalier très - puiffant dans le pays, & plufieurs autres chevaliers & nobles. Ils étoient encore à table, les portes bien fermées en dedans lorfque tout d'un coup le roi de France, qui avoit fait un repas affez près de la ville, entra par la petite porte du château qui donne fur les champs. Il étoit armé, auffi-bien que ceux qui l'accompagnoient. Il entra dans la falle où l'on mangeoit, & fe faifit du roi de Navarre: auffitôt tous les convives s'enfuirent & fautèrent par deffus les murs. On arrêta cependant auffi le comte Il faut corriger d'Harcourt, Girarville, Maubué & Nicolas Duplet c. Le Roi les fit mettre auffitôt dans un chariot, qui étoit tout préparé, & il les fit fortir par la petite porte par laquelle il étoit entré, pour les conduire au gibet. Le Roi fe rendit dans la campagne, & il les fit décoler au milieu In medio itinere. du chemin d, en préfence du duc fon fils. On mena en* omnes tres duces. fuite les corps de ces trois chefs [il en a nommé quatre plus haut ] au gibet, où on les fufpendit par les épaules avec des chaînes de fer, & leurs têtes furent mifes fur des lances. On fut long-tems dans la ville fans fçavoir ce qui fe paffoit ; & l'on ne l'apprit que par ceux qui s'étoient enfui.

8

Doubler.

P. 117, col. 1.

e

Cet hiftorien f, dans un autre endroit, infinue que le roi de Navarre foupçonnoit que le duc de Normandie avoit été averti du deffein du Roi. Ces deux princes dit-il, n'étoient pas fort amis, à cause que le roi de Navarre avoit été pris à Rouen en présence du duc de Normandie.

Un auteur (1) anonyme d'une vie d'Innocent VI, qui fiégeoit alors, & fon contemporain, dit que le Roi fit décoler le feigneur d'Harcourt, & quelques autres nobles (1) Vie des papes d'Avignon, par Baluze, pag. 348.

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