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incompatible avec l'éloquence. C'est le fanatifme qu'ils nous dépeignent, au lieu de la vraie piété. Car quel autre nom peut-on donner à ce zèle aveugle & bifarre qui par respect pour le Saint Efprit, rejette, en prêchant l'évangile, tous les moyens naturels? On cite l'exemple des Apôtres. Mais pour s'interdire, comme eux les paroles perfuafives de la sagesse humaine*, il faut pouvoir, com me eux, foûtenir fes difcours par des effets vifibles de l'efprit & de la puiffance de Dieu. Le † don

*Sermo meus & pradicatio mea non inperfuasibilibus humana fapientia verbis, fed in oftensione fpiritûs & virtutis. 1. Cor. 2. 4.

† Facultatem ille (Paulus) obtinuit orationis facultate multò praftantiorem ac longè potentiorem. Oftendens enim B

des miracles étoit leur éloquence, plus efficace fans doute & plus convaincante que celle des Platons & des Démosthènes; & lorfqu'on aura la première, faint Chryfoftome confent volontiers qu'on renonce à la feconde. Mais au défaut de ces graces privilégiées qui attirèrent à la prédication des Apôtres tant

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fe fe tantum ac tacens damonibus formidabilis erat. S. Chryf. de Sacerdot. Lib. 4. cap. 6.

* Verumtamen fi contigerit nos aliquid poffe in signis per nos edendis, fermonis hujus ftudio non aquè erit nobis invigilandum. Sin ne ullum quidem virtutis illius veftigium in nobis relictum eft, ac multi undique affiduè imminent adverfarii, fupereft neceffariò ut nos hoc fermone armemus muniamusque simul, ut ne adverfariorum telis feriamur, simul ut illos magis feriamus. Ib. cap. 4.

d'éclat & d'autorité, faint Chryfoftome admet l'éloquence dans un Orateur chrétien, non feulement comme permise, mais comme très-falutaire. Et fi l'on répond qu'il avoit quelque intérêt à penfer ainfi, je l'avouerai, pourvû que l'on m'accorde que fon exemple eft une preuve fans replique, qu'on peut allier la plus fublime éloquence avec le zèle le plus pur & la plus haute piété.

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Pour mettre dans tout fon jour la pensée de ce faint Docteur & pour remonter jufqu'aux principes de cette matière, diftinguons les temps & les circonftances. Le chriftianisme devoit porter dans fon établiffement & dans fes progrès, des marques certaines de fa divinité. Aucun fecours hu

main n'entroit dans ce plan, & Dieu jaloux de fa gloire ne vouloit pas donner plus de part à l'éloquence dans la fondation de fon églife, qu'à la force, au crédit, aux richeffes & á la fcience. Il n'eft donc pas furprenant que les Apôtres dépourvûs de toutes les qualités extérieures que le monde admire, n'euffent pas le talent de la parole. On eût pû attribuer à ce talent le fuccès de leur ministère, & il falloit qu'une religion combattue par les paffions, qu'elle condamnoit, par la fuperftition, qu'elle venoit détruire, par la fageffe du fiècle, qu'elle vouloit confondre , par l'autorité, qui fe croyoit intéreffée à fa ruine, par la terre & par les enfers, ligués contre elle, n'oppofâr

à de fi puiffantes attaques que les armes les plus foibles felon la nature, & ne triomphât de fes ennemis que par une protection manifefte du ciel. Après cette merveille, ajoûtée à toutes les autres preuves, la religion chrétienne étoit à l'abri des foupçons de l'incrédulité. Les fidèles n'avoient plus rien à defirer pour leur confolation. Dieu, fans fupprimer les miracles, les a rendus plus rares dans la fuite des fiècles. Les moyens humains, exclus dans la naiffance de l'églife, ont retrouvé leur place dans fa confervation, & font devenus les inftrumens de la providence, qui veille continuellement fur fon ouvrage.

La véritable dévotion n'a garde de méprifer des moyens

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