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terpofez entre nous, & l'extrêmité de l'horton fenfible, nous la font imaginer plus éloignée, que quand elle eft au Meridien, où nôtre ceil ne voit rien entre elle & nous, que cette idée d'un plus grand éloignement nous fait imaginer la Lune plus grande, parce qu'un objet qu'on voit fous un certain angle, & qu'on croit en même temps fort éloigné, on juge naturellement qu'il doit être fort grand pour paroître de fi loin fous cet angle là, & qu'ainfi un pur jugement de nôtre ame, mais neceffaire, & come mun à tous les hommes, nous fait voir la Lune plus grande à l'horifon, malgré l'image plus petite qui en eft peinte au fond de nôtre œil. Mais le P. Goüye détruit tout d'un coup cette explication fi ingenieufe, en affurant que plus l'horifon eft borné, plus la Lune nous paroît grande. M. Gaffendi prétend que la prunelle, qui conftam ment eft plus ouverte dans l'obscurité, l'étant davantage le matin & le foir, parce que des vapeurs plus épaiffes font alors répandues fur la terre, & que d'ailleurs il en faut traverser une plus longue fuite pour regarder à l'horison, l'image de la Lune entre dans l'œil fous un plus grand angle, & s'y peint réellement plus grande. Mais malgré cette dilatation de la prunelle caufée par l'obfcurité, si l'on regarde la Lune avec un petit tuyau de papier, on la verra plus petite à l'horison.

Pour trouver donc quelque autre raifon d'un Phenomene fi bifarre, le P.Goüye conjecture que quand la Lune est à Phorifon le voisinage de la terre, & les vapeurs plus épaiffes dont cet Aftre eft alors enveloppé à nôtre égard,font le mê me effet qu'une muraille placée derriere une colonne, qui paroît alors plus groffe que fi elle étoit ifolée & environnée de toutes parts d'un air éclairé. De plus,une colonne, fi elle: eft canelée, paroît plus groffe, que quand elle ne l'eft pas,parce que les canelures font autant d'objets particuliers,qui par leur multitude donnent lieu d'imaginer que l'objet total qu'ils compofent eft d'un plus grand volume. Il en va de même à peu prés de tous les objets répandus fur la partie de l'horison, à laquelle la Lune correfpond quand elle en est

1700..

B

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proche, & delà vient qu'elle paroît beaucoup plus grande,
lorfqu'elle fe leve derriere des arbres, dont les intervalles
plus ferrez & plus marquez font prefque la même chose
fur le diametre apparent de cette Planete, qu'un plus
grand nombre de canelures fur le fût d'une colonne.

II.

Le 7. du mois de Janvier, une heure avant le jour, il parut aux Habitans de la Hague en baffe Normandie, un tourbillon de feu fi éclatant qu'il effaçoit la lumiere de la Lune, & que les Habitans de S. Germain des Vaux, & d'Auderville, deux gros Villages fitués fur le bord de la mer, crurent d'abord qu'il étoit jour, & furent fort ef frayez d'une clarté fi prodigieufe. Ce feu avoit la figure d'un grand Arbre, & couroit de l'Oüeft Nord-oüest, à l'Eft Sud eft. Il étoit plus d'une heure de jour quand il tomba, & ce fut avec un fi grand bruit, que les maisons de ces deux Villages en tremblerent. Ceux de douze lieuës de Cherbourg crurent qu'il étoit tombé fur Valognes,& ceux de Valognes crurent que c'étoit fur Cherbourg. Mais comme les Habitans de la Hague furent les feuls qui entendirent le bruit & fentirent le tremblement que fa chute caufa, ils font les témoins les plus croyables fur ce point. Il leur parut que cette flâme fe perdit dans la mer aux environs de la petite Ifle d'Origni, & ce fpectacle fut à peu prés le même que celuy d'un gros Vaiffeau qui auroit été en feu. L'Academie a eu l'obligation d'être inftruite de ce Phenomene à M. de Seneffey, Gentilhomme de baffe Normandie.

III.

On croit communément que l'Ambre jaune qui fe trouve dans la mer de Dantzic, eft une gomme que de certains Arbres fitués fur les bords de cette mer ont produite, & y ont laiflé, tomber. Mais on a écrit d'Aix à M. Tournefort qu'il fe trouve de l'ambre jaune dans les fentes des

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Rochers de Provence les plus dépouillez, & les plus fteriles, ce qui feroit croire que cette gomme eft minerale, & non pas vegetale, & que l'ambre de la mer de Dantzic n'y pas tombé de quelques Arbres, mais y a été entraîné par

est
les torrens.

IV..

On fçait affés combien un mouvement interieur répandu dans toutes les parties infenfibles d'un corps a de force pour en changer le tiffu, & pour y produire de grandes alterations. Mais qu'un pur mouvement exterieur, & qui: femble fe terminer à la maffe entiere fans agiter les parties, produise le même effet, c'eft quelque chofe de plus furprenant, du moins pour un Phyficien. M. Homberg a dit qu'ayant attaché une bouteille de vin au claquet d'un moulin, il avoit trouvé que le feul mouvement de ce claquet avoit changé le vin en trés bon vinaigre dans l'efpace de trois jours, & que par le même moyen une livre de mercure avoit donné en trois mois 4 ou 5 onces d'une poudre noirâtre. *******❀❀❀❀❀❀❀❀❀❀❀❀

ΑΝΑΤΟΜΙΕ

SUR UNE HIDROPISIE

LAITE USE.

EN

N 1699. M. Vernage Medecin de la Faculté de Paris ayant été obligé de faire faire la ponction à une jeune fille hidropique, fut fort étonné de voir fortir une matiere laiteuse, au lieu de l'eau qui devoit naturellement venir. Il apporta de cette liqueur à l'Academie, qui l'examina avec foin. On trouva qu'en effet elle avoit affés la couleur & la confiftence du lait, & même un peu le goût,

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horsmis qu'elle étoit falée. On remarqua de plus qu'elle mouffoit en tombant, & s'élevoit fur le feu comme du lait, mais elle en étoit differente, principalement en ce qu'elle étoit beaucoup plus legere, & ne fe coaguloit point par les acides, mais par le fel de tartre.

On vit par la fuite que 'la quantité de cette liqueur étoit auffi étonnante que sa nature.

Il falloit faire l'operation à la malade au moins tous les 15 jours, & on luy tiroit à chaque fois 13 ou 14 pintes au moins de ce lait, quelquefois 15.

On avoit d'abord quelque inclination à croire que c'étoit du chile extravafé, & que quelqu'un des vaiffeaux lactées devoit être rompu, ce qui paroiffoir confirmé par le rapport de M. Vernage, qui difoit que cette fille, Jardiniere de fon métier, avoit fait un violent effort à plu fieurs reprises pour foulever un gros fardeau, & que Lon mal avoit commencé peu de temps aprés.

Mais le chile ne fe caille point par le fel de tartre, comme faifoit cette liqueur, & d'ailleurs la quantité des dejections de la malade érant, à ce qu'affuroit M. Vernage, allés proportionnée a celle des alimens, il y avoit de l'apparence que le chile paffoit dans fon fang à peu près comme à l'ordinaire, & quoiqu'elle fût extrêmement mai-. grie, le moyen qu'elle eût fait par jour une pinte de chile inutile, outre celuy qui devoit être employé à l'ufage naturel? Quelques uns crurent donc que ce devoit être l'eau ordinaire des hidropiques, teinte d'un peu de chile extravafé, & que ce qui rendoit cette hidropifie finguliere, c'eft qu'elle étoit compliquée avec la rupture de quelque vaiffeau lactee. Il fembloit que ces vaiffeaux pouvoient être une fource affés abondante, parce que quand le chile n'y coule plus, la limphe y coule en fa place. D'ailleurs cette limphe extravafée qui féjournoit dans le bas ventre, pouvoit s'y charger de fels urineux, puifque ces parties en font toutes impregnées, & delà venoit la falure & les autres qualités particulieres de ce faux lait, composé de chile, & de ferofité falée.

M. Mery convenant avec les autres du mêlange qui devoit entrer dans cette liqueur, imagina une maniere toute differente, dont elle pouvoit s'épancher dans le bas ventre. Il prétendit qu'il n'étoit pas impoffible qu'elle fe filtrât au travers des membranes de l'estomach & des inteftins, fuppofe qu'il y eût pour cet effer quelque chofe de particulier & d'extraordinaire foit dans la nature de la liqueur, foit dans le tiffu des membranes.

Il avoit fait plufieurs fois l'experience, que de l'eau dont il avoit remply un eftomach, ou des inteftins bien liez par les deux bouts, s'étoit échapée par leurs pores, ce que l'air même ne fait pas, tout fubtil qu'il eft. Il avoit vû souvent que le chile laiteux s'écouloit par la fubstance de la matrice, & par les chairs decouvertes de femmes nouvellement accouchées. Et même il rapportoit qu'il arrive quelquefois que par les remedes purgatifs, ou diuretiques, on oblige les eaux répandues dans le ventre des hidropiques, à reprendre la route des déjections or dinaires, c'est à dire, à fe filtrer au travers des membranes des inteftins.

A ce fujet, M. Homberg dit que ce qui donnoit à l'eau plus de facilité que n'en a l'air de paller à travers certains vifceres, c'eft que l'eau détrempe la matiere glutineufe qui colle enfemble les petits filamens des membranes, & que de plus elle penetre ces filamens mêmes, les rend plus fouples, & plus propres à fe ranger & à s'écarter. L'air ne peut faire aucun de ces effets. Et pour preuve de cela, il ajoûta qu'ayant remply d'air une veffie, & l'ayant chargée d'une pierre, l'air renfermé ne fortit point, mais que l'ayant plongée dans l'eau ainfi chargée, l'air en fortit, parce que l'eau travailla à ouvrir la prison

de l'air.

La fille hidropique mourut après un an de maladie, & des ponctions auffi frequentes que celles que nous avons marquées. Elle fut ouverte, mais avec trop de précipitation. Du moins l'Academie n'a pas fçû affés certaine ment ce qu'on avoit trouvé par la diffection. Seulement

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