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TUTION

UNIVERSITY

4 JUL 1989

OF OXFORD

NOTICE

SUR LA VIE

ET LES OUVRAGES DE GILBERT.

IL L y a long-temps qu'on répète que la Vie de l'Homme de Lettres se lit dans ses Ouvrages ; cette assertion n'est-elle pas 'du nombre de tant de paradoxes qui en imposent par un faux air de raisonnement? Peut-on nier qu'on ne goûte du plaisir à rapprocher de foi, s'il est permis de parler ainsi, la mémoire des personnes qui nous ont intéressés, tandis qu'elles existaient ? Nicolas-Joseph-Laurent GILBERT a pu mériter ce sentiment de la part de tout amateur de la poésie. Il naquit à Fontenay-le-Château en Vosges, bourg à six lieues de Rémiremont, de parens qui suivant l'expresfion imaginée par un préjugé ftupide, & l'infolence de l'orgueil & de la richesse n'étaient

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gens comme il faut, mais des gens honnêtes, de bonnes mæurs ,

& qui, malgré leur

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situation bornée , aimèrent assez leur fils pour lui donner une éducation cultivée, ce qui vaut bien l'héritage de la noblesse & de la fortune. On prétend que le jeune Gilbert avait achevé ses études à douze ans. Il avait les yeux de son âge : il regardait, du fond de la Lorraine; Paris, comme on nous peint les bons Musulmans fe tournant du côté de la Mecque, & y. attachant, en quelque sorte , toutes leurs pensées & toute leur ame, Il ne doutait point que cette Capitale, l'asile des talens, ne fût aussi le séjour privilégié de l'heureuse existence; d'ailleurs tous les livres du moment lui étaient familiers : il avait donc lu, en caractères bien moulés, que la plupart de nos Ecrivains étaient les apôtres de la sainte humanité. En effet, c'est le cri de ralliement de ces messieurs : ils sont la source intarissable d'où découle la bienfaisance universelle. Plein de ces idées si séduisantes, si magiques, Gilbert s'empresse de se rendre dans cette ville, la nouvelle Athènes, la nouvelle Rome : il y vient ses vers à la main, bien assuré

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qu'il và trouver une foule de Mécènes. Son illusion ne tarda point à se dissiper. Le jeune poète avait cru qu'un noble aveu de son indigence lui gagnerait des bienfaiteurs ; toutes les portes lui furent fermées : il reconnaît avec amertume . que ce qui est imprimé n'est pas toujours vrai; qu'il ne fallait point croire à l'affiche ; qu'en un mot, ces grands protecteurs de l'humanité, dans leurs livres, étaient souvent des hommes très-ordinaires dans la fociété, c'est-à-dire, les dignes individus de cette tourbe infectée de l'esprit avare & inhumain de l'égoïsme, des prédicateurs toujours en contraste avec leurs magnifiques sermons. Gilbert, désespéré, rebuté de toutes parts, le cæur brisé de douleur ; court chez M. d'Arnaud, le feul de tous

M. d'Arnaud. Il n'est point vrai, comme l'a avancé assez légèrement l'auteur d'une note inférée dans le Nécrologe des Hommes célèbres de France, barbouillage rempli de jugemens faux, de partialité, & qu'on nous dit, avec une forte d'audace, destiné à fournir des matériaux à l’Hiftoire de la Littérature & des Ans; (& voilà les matériaux qui servent à l'édifice de l'histoire! ) il n'est point vrai que M. d'Arnaud ait couru au devant des éloges de Gilbert:

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ceux auxquels il s'était adressé, dont il éprouva la sensibilité. Il faut l'avouer, ce fombre chagrin qui fuit la mauvaise fortune , le dépit de s'être vu retirer de fon enchantement, le manque d'usage du monde : toutes ces choses réunies avaient

c'est bien peu connaître le premier, que de le représenter mendiant les flatteries parafites d'un poëte, efpèce d'homme ordinairement loin de la vérité. M. d'Arnaud a repoussé de tout temps la louange, parce qu'il est très-persuadé que le public n'est point la dupe de toutes ces petites maneuvres abandonnées au charlatanisme littéraire. La vraie réputation doit se soutenir sans ces étais honteux qui ne tardent guère à s'écrouler. L'homme qui a été assez heureux pour rendre quelque service à Gilbert, était lui-même, à cette époque, vivement pressé par l'infortune : voilà peut-être ce qui peut donner quelque prix à fon bienfait; il n'a jamais cu l'impudence de recevoir en face l'épithète d'Homme célèbre, dont n'ont point rougi de se faire décorer par des gagistes d'adulation , certaines gens de qui le groffier amourpropre a souvent éclaté dans toute l'explofion du ridicule. Autre vérité : M. d'Arnaud, quand Gilbert vint lui apporter fes vers satiriques, lui remontra avec la sensibilité d'un ami, qu'il se vouait au genre le plus odieux de la littérature ; il lui prédit l'amertume qui alloit empoisonner sa vie ; il lui reprocha même fa partialité trop condamnable à l'égard de M. de Voltaire ; & l'on observera que ce dernier a été l'ardent persécuteur de M. d'Arnaud; le motif de cette persécution fi acharnée est aujourd'hui connu de tout le public, qu'il ne faut pas confondre avec les cabales, les sectes, &c. ce n'est point là assurément que se trouvent la justice & la vérité.

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