Imágenes de páginas
PDF
EPUB

il fait bien d'imprimer secrettement cet infame Livre. Je ne conseille pas non plus à l'Auteur de se faire connoî=tre ; je ferois le premier à le lapider. Eft-ce que la Religion défend de conferver son honneur ? N'entrons point présentement dans ce détail, interrompit le Demon en souriant. Dites tout ce qu'il vous plaira , reprit Dom Cleofas, que l'Auteur falte les plus beaux raisonnemens du monde, je m'en mocque. Rien ne me paroit fi doux que la vengeance. Et puisque vous m'avez promis de me faire raison de la

pere fidie de ma Maîtreffe, je vous somme de me tenir parole. Je cede avec plaifir au transport qui vous agite, dit le Diable. Que j'aime ces bons naturels qui suivent tous leurs mouvemens fans fcrupule! Allons je vais vous fatisfaire tout-à-l'heure, aufli-bien le

ausli-bien le temps de vous vanger eft arrivé. Ausli-toe Dom Cleofas réprit le bout du manteau d'Afmodée qui fendit une feconde fois les airs avec lui, & alla fe pofer sur la maison de Dona Thomafa.

>

CHAPITRE. VII.

De quelle maniere Dom Cleofas fur

vengé de sa Muntresse.

Ette Dame étoit à table avec

quatre Spadaffins qui avoient poursuivi l'Ecolier sur les gouțtierres. Il fremst de colere en les voyant manger an poulet Dinde & vuider quel ques bouteilles de vin qu'il avoit payées & fait porter chez elle. Oh les bourreaux , dit-il, les voilà qui fe régalent à mes dépens ! quelle mortification pour moy!

Je conviens , dit le Demon, que ces la n'est pas fort agreable ; mais quand on fréquente les Dames galantes, on doit s'attendre à de pareilles avantuTes. Elles arrivent tous les jours eri France aux Abbez, atx Gens de robe & aux Financiers. Si j'avois une épée, seprit Dom Cleofas, je fondrois fur ces coquins & troublerois les plaisirs. ... La partie ne feroit pas égale , interrompit Asmodée ; laissez-moy le

>

[ocr errors]

foin de vous venger , j'en viendray mieux à bout que vous. Je vais met-. tre la division entre ces hommes en leur inspirant une fureur luxurieuse.

A ces mots , il souffla , & il fortit de sa bouche une vapeur violette qui defcendit comme un petit nuage & fe répandit sur la table de Dona Thomafa. Aussi-tôt un des convives sentant l'effet de ce souffle, s'approcha de la Dame & l'embraffa avec tranfport ; mais les autres entraînez par la force de la même vapeur , voulurent la luy arracher. Chacun demande la préference. Ils fe la disputent. Une jaloufe rage s'empare de leurs esprits. Ils en viennent aux mains. Ils tirent l'épée & commencent un rude combat. Cependant Dona Thomosa pousse d'horribles eris. Tout le voisinage est bientôt en rumeur. On crie à la Justice. La Justice vient. Elle enfonce la porte de la Courtisane , elle entre & trouve deux de ces breteurs étendus fur la place. Elle se faifit des autres & les mene en prison avec Dona Thoe mala. La malheureuse a voit beau pleurer, s'arracher les cheveux, se desesperer ; les gens qui. La condui:

foient n'en étoient pas plus touchez gue Dom Cleofas , qui en faifoit de grands éclats de rire avec Asmodée.

Hé bien , luy dit ce Demon, êtesvous content ? Non, répondit l'Ecolier ; pour me donner une satisfaction entiere , portez-moy fur la prison. Que j'aye le plaisir d'y voir enfermer cette perfide femme. J'ay pour elle plus de haine en ce moment, que je n'ay jamais eu d'amour. Je le veux bien, repliqua le Diable, vous me trouverez toujours dispofé à servir vos paslions.

[ocr errors]

CHAPITRE VIII.

Des Prisonniers.

[ocr errors]

E Diable & l'Ecolier furent en

un instant fer les Prisons. Ils y virent bien-tôt arriver les deux Breteurs qu'on legea dans un cachott Pour Dona: Thomasa, on la mit sur la paille avec trois ou quatre autics femmes de mauvaise vie que

l'on avoit arrêtées le même jour, & qui devoient être transferées le lendemain dans le lieu destiné pour ces fortes de creatures.

Je suis présentement satisfait, dit Domn Cleofas ; j'ay goûté une pleine vengeance. Nous vous quand il vous

irons plaira continuer ailleurs d'obferyer ce qui fe palle dans cette Ville. Attendez, répondit le Demon ; il faut auparavant que je vous montre quelques prisonniers & que je vous dile pourquoy on les retient jei.

Premierement il y a dans cette grande chambre à droite trois hom

a

mes

« AnteriorContinuar »