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ou Astarot. Oh pour ces trois få dit la Voix, ce sont des Diables. du premier ordre ; ce sont des Erprits de Cour. Ils entrent dans les: Conseils des Princes, animent les Ministres , forment les ligues , excitent les foulevemens dans les Etats' & allument les flambeaux de la

guerre. Eh , dites-moi , je vous prie , repliqua l'Ecolier. , quelles font les fonctions de Flagel ? Il est l'ame de la chicane repartit le Demon

& l'efprit du Barreau. C'est luy qui a composé le Protocole des Huissiers & des Notaires

. Il inspire les Plaideurs , possede les Avocats & obfede les Juges. Pour moy , j'ay d'autres occupations : je fais des mariages ridicules,, je marie des barbons avec des mineures

des Maîtres avec leurs Servantes

& des filles mal dotées avec de tendres amans qui n'ont pas de fortune. C'est moy qui ay in

. troduit dans le monde le luxe lai

les Jeux de hazard & la Chymie. Je suis l'inventeur des Carouzels, de la Danse, de la Mufique, de la Comedie & de toutes

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débauche,

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les modes nouvelles de France. Em un mot, je m'appelle Asmodée , surnommé le Diable Boiteux.. Hé quoy ,

s'écria Dom Cleofas vous êtes ce celebre Asmodée dont il est fait une si glorieuse mention: dains Agrippa & dans la Clavicu-le de Salomon ? Ah vrayement vous ne m'avez pas dit tous vos amule mens vous avez oublié le meilleur. Je fçais que vous vous divertillez quelquefois à foulager les Amans malheureux à tromper les Maris jaloux & à tenter les Dames; à telles enseignes qu'un Bachelier de mes amis à obtenu par vôtre fecours les bonnes graces de la fem- . me d'un Corregidor. Cela est vray dit l’Esprit , je vous gardois celuilà pour le dernier. Je suis le Démon de la luxure , ou pour parler plus Honorablement, le Dieu Cupidon ; car les Poëtes m'ont donné ce joli nom , & ces Meflieurs me peignent fort avantageusement. Ils disent que jay des ailes dorées , un bandeaux

, fur les yeux, un arc à la main , un

, carquois & des fleches sur les épaules z.& avec cela

une beauté ravif

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sante. Vous allez voir tout à l'heute се. qui en est

si vous voulez me mettre en liberté.

Seigneur Asmodée , repliqua D. Cleofas , il y a long-temps, comme vous sçavez, que je vous suis entierement dévoué ; le peril que je viens de courir en peut faire foy. Je suis bien aise de trouver l'occafion de vous fervir; mais le vafe qui vous recele eft fans doute un vase enchanté ; je tentérois vainement de le déboucher ou de le brifer. Ainfi je ne sçay fas trop bien de quelle maniere je pourray vous délivrer de prison. Je n'ay pas un grand usage de ces fortes de délivrances ; & entre nous, fi tout fim Diable que vous êtes, vous ne sçauriez vous tirer d'affaire ; comment un chetif mortel en pourra -t'il venir à bout ? Les hommes ont ce pouvoir, répondit le Demon ; la phiole où je suis retenu est une fimple bouteille de verre facile à briser ; vous n'avez qu'à la prendre & qu'à la jetter par terre , j'apparoîtray ausli-tôt en forme humaine. Sur ce pied-là, dit l'Ecolier., la chofe eft plus aisée que je ne pensois. Apprenez-moy donc dans quelle phiole vous êtes į jen vois un affez grand nombre de pareilles , & je ne puis la démêler. C'est la quatriéme du côté de la" fenestre

repliqua l'efprit. Cela suffit , Seigneur Asmodée, reprit D. Cleofas ; il n'y a plas qu'une petite difficulté qui m'arrête. Quand je vous auray rendu le service dont il s'agit , ne me ferez-vous poinë payer les ? Il ne vous ar

Potrip rivera nul accident, repartit le Demon ;, au contraire, vous ferez content.de ma reconnoillance. Je vous apprendray. tout ce que vous voudrez sçavoir. Je vous instruitay de tout ce qui se pasfe dans le monde. Je vous découvriray tous les défauts des hommes. Je seray vôtre Demorr tutelaire, & plus éclairé que le Genie de Socrate or je prétends vous faire surpaller en fageffe ce fameux Philofophe. En un mot, je veux me donner à vous avec mes bonnes & mes mauvaises qualitez; elles ne vous

; feront pas moins utiles les unes que les

. autres,

Voilà de belles promesses , repliqua

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l'Ecolier ; mais vous autres Mellieurs les Diables, on vous accuse de n'être pas des gens fort Religieux à tenir ce que vous promettez aux hommes. Cette accusation' n'est pas fäns fondement , repartit Asmodée. La pluspart de mes Confreres ne fe font past un fcrupule de manquer à leur parole. Pour moy, je fuis esclave de la mienne , & je vous jire par tout ce qui rend nos fërmens inviolables: que je ne vous tromperay point. Je promets même que je vous vengeray dès cette nuit de Dona Thomasa, de cette perfide Dame qui avoit caché chez elle quatre fcelerats pour vous surprendre & vous forcer à l'é pouser.

Dom Cleofas fut charmé sur tout de cette dernière promeffe. Pour en avancer l'accompliffement, il fe hâta de prendre la phiole où étoit l'Esprit ; & fans s'embaraffer dayantage de ce qu'il en pouvoit arriver il la lailla tomber rudement. Elle. fe brisa en mille pieces & inonda le plancher d'une liqueur noirâtre qui s'évapora peu à peu & fe conyer: tit en une épaisse fumée , laquelle:

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