Imágenes de páginas
PDF
EPUB

1

[ocr errors]

que les brebis & les chévres qui étoient CH. XXII. en chaleur , ayant ces baguettes devant

les yeux quand elles venoient boire,
faisoient des petits tachetez de noir &
de blanc: mais en autonne il ne les mer-
toit point. Ainsi ce qui étoit conçû en
autonne,

fut

pour Laban ; & ce qui étoit conçû au printemps pour Jacob. Dieu ôtoit ainsi à Laban lon bien, & le transportoit à son gendre. Laban

en étoit au désespoir ; & usant de suti 31.7

percherie , il changea plusieurs fois le
Talaire de Jacob. Mais s'il lui disoit,
Les chevreaux & les

agneaux tachetez
feront pour vous; alors toutes les bre-
bis &: les chévres faisoient des petits ta-
chetez. Et lorsqu'il disoit , Vous n'au-
rez que ce qui sera blanc ; tout ce qui
naifloir étoit blanc. Ainsi Jacob devinc
extrémement riche; & il eut de nom-
breux troupeaux de brebis & de ché-

& . vres, des esclaves, des chameaux , & des ânes.

ECLAIRCISSEMENTS ET REFLEXIONS.
Gen. to. 4. (Faut-il que vous me ferviez gratuitement ? )

Il est évident par ces paroles , que Jacob sé
toit regardé commc serviteur, en entrant dans
la maison de Laban & qu'il étoit appliqué aux
ministeres les plus pénibles; représentant ainų
le Fils de Dieu, dont il étoit la figure dans tous

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

le reste , & dont il est écrit qu'il s'est abbaissé
jusqu'à l'état & à la condition d'esclave.

CH. XXII.
Lia Avoit les yeux foibles en tendres. ] Ils ne
pouvoient soutenir une grande lumiére , ni le
grand air , & rougissoient aisément.

[Facob servit jept ans pour Rachel ce temps ne lui parut que fort peu de jours , tant son amour pour elle étoit grand.) Il y a ici plufieurs choses qu’on a peine à comprendre. Pour

à
quoi Jacob fe rend-il esclave pour devenir époux?
Pourquoi se réduit-il à acheter si chérement une
épouse , qu'il auroit pû obtenir dès la premiére
demande, comme Eliezer avoit obtenu Rebec-
ca pour Isaac ? Pourquoi différe-t-il une allian- Régle 7.
ce si desirée

par une fervitude de sept années ?
Qui peut comprendre que cet espace lui parût
court, à cause de l'excès de son amour ? Avons-
nous parmi les hommes quelque exemple d'un
amour pareil ? Est-il naturel de trouver le dé-
lai de sept années trop court, parce qu'on aime
beaucoup ? Tout cela doit nous surprendre , fi
nous ne pensons qu'à Jacob. Mais des
nous souviendrons de celui dont il étoit l'ima-
ge; nous ne serons plus étonnez de ces contra-
dictions

apparentes : car elles sont toutes éclair-
cies & disipées par Jesus Christ. Nous le serons
avec bien plus de justice de la miséricorde infi-
nie qui l'a porté à nous chercher en personne ,
pour devenir l'époux de nos ames ; & à nous
acheter

par ses travaux , fes humiliations, & ses
souffrances.
Jacob qui sçavoit de qui il tenoit la place , &

Ibidhia ,
par combien de fueurs & de peines Jesus-Christ
acheteroit son épouse , s'unissoit à son zéle &
à son amour. Il metroit sa complaisance à lui
ressembler dans sa qualité de serviteur , comme
il trouvoit sa gloire à figures fa qualité de

1

que nous

[ocr errors]
[ocr errors]

ܪ

poux : & il comprenoit que sept années d'her: CH. XXII. miliation & de servitude n'étoient rien en

comparaison du prodigieux anéantissemeitt d'un Dieu pour l'Eglise , & de la vie obfcure & laborieuse par laquelle il se prépareroit à ses nôces, pour les consommer sur une croix.

[Le soir il fit entrer Lia dans la chambre de Jacob @nc. jufqu'à ces mots , lui fit épouser Rachel. ] Tout ce que

l'Ecriture
rapporte

ici & dans la suite, des procédez de Laban, porte le caractére d'un homme dur , artificieux, sans affection , sans paroles , & qui ne connoît point d'autre loi que l'intérêt. Il ne craint pas d'user de la plus inligne mauvaise foi, sous un prétexte évidemment faux ne pensant qu'à retirer tout l'avantage qu'il pourra de l'amour de Jacob pour Rachel; comptant pour rien la droiture & l'équité, comme des noms spécieux, mais fans fruit ; & leur préférant un gain présent, quoiqu'injuste & honteux. C'est l'image des hommes du siécle ; & il est si aisé de les y reconnoître , qu'on n'a pas

besoin d'en être averti.

Jacob au contraire représente admirablement la prudente simplicité, la douceur & la pacience des enfants de Dieu. Toute la finesse cft de n'en avoir point. Il ne pense rien que de vrai : il ne veut rien que de juste. Il est trompé indignement par Laban dans une chose qui

pour lui de la derniére conséquence; & il s'en plaint : mais avec quel modération ! Rien n'est plus étonnant que la condition de fept autres années de services pour avoir Rachel ; & Jacob devoit être également surpris & mécontent d'une telle proposition. Cependant il l'aécepte & s'y soumet sans peine. S'il se fût conduit

par la seule raison, & par des vûës humaia

est

:

[ocr errors]
[ocr errors]

nes ; il eûr demandé d'abord Rachel , fans devenir esclave pour elle. Ayant été trompé, il CH. XXII. auroit répudié Lia, & demandé justice contre Laban. Voulant bien pardonner l'injure , & conferver la femme qu'on lui avoit supposée, il auroit refusé de se soumettre à une nouvelle servitude , pour une épouse déja achetée par sepe années de services. Et s'il n'avoit pû l'obrenir autrement, il auroit promis à Laban par néces- , - fité, mais se feroit crâ dégagé de la promesse par l'infidélité de son beau-pére. Voilà ce qu'aufoit fait l'homme. Mais c'étoit l'Esprit de Dieu , & non celui de l'homme qui conduisoit Jacob. Il suivoit les volontez de Dieu , à mesure qu'elles se découvroient par l'événement ; devenant serviteur, époux, premiérement de Lia, puis de Rachel , & une seconde fois ferviteur, selon que l'esprit de Dieu qui régnoit dans son cæur , le lui commandoit.

[Jacob ayant pris Rachel pour sa femme , l'aima plus que Lia. ] Lia étoit aimée, mais moins que Rachel ; & cette préférence n'avoit rien d'injuste. Rachel étoit la seule que Jacob avoir eu dessein d'épouser. Lia auroit pâ être tépudiée ; & elle méritoit cet affront, après s'être prêtée à la mauvaise volonté de son pére pour tromper Jacob. Elle ne pouvoit donc le plaindre , fi son mari , qui avoit bien voulu la garder , & qui l'aimoit par devoir , avoit plus d'inclination & de tendresse pour la saur.

[ Le Seigneur voyant que Lia étoit moins aimée, la rendit féconde. ... Rachel au contraire demeuroit stérile. ] Rachel étoit aimable

par

fia beauté : Dieu rendit Lia aimable par sa fécondité. Si Rachel tendrement aimée de son mari, avoit été féconde, & Lia stérile; Jacob auroir peut-être eu pcine à défendre son cæur d'un

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

1

partage trop inégal entre ses deux épouses ; & CH. XXII. elles auroient été en danger , l'une de s'élever

d'orgueil , & l'autre de tomber dans le découragement. Dieu est admirable dans la dispensation de ses dons. Il accorde aux uns ce qu'il refuse aux autres. Mais ce qu'il refuse n'est pas moins l'effet de la bomté, & le sujet de notre reconnoissance , que ce qu'il donne.

[ Est-ce que je suis Dieu?Et n'est-ce pas lui qui vous a refusé la fécondité ? ) Réponse forte : mais sage , qui fait sentir à Rachel sa faute , en lui apprenant qu'elle demande à son mari ce qu'elle ne doit demander qu'à Dieu ; & qu'au lieu de porter envie à la fæur., elle auroit dû s'humilier devan: lui , pour obtenir la fécondité que lui seul peut donner.

[ Rachel pria facob d'épouser Bala sa servan. te.... facob la prit , & il en eut deux fils...

A l'exemple de la fæur, Lia donna pour femme à Rég!e 7. Jacob Zelphs fa servante. ) Il y avoit déja eu

de grands mystéres dans le mariage d'Abra. ham avec la femme libre, & l'esclave, & ensuite avec Cethura. Il y en avoit eu de pareils dans celui d'Ifaac & de Rebecca, premiéreinent ftérile , & ensuite mére de deux jumeaux ,

dom l'un est la figure des Elûs, & l'autre des Rée prouvez. Il étoit nécessaire que Jacob représen tât par son alliance, ce que les premiers tableaux n'avoient pû figurer ; & qu'il achevất de prédire par ce langage muer des actions les caractéres de l'Eglise dans tous les temps.

Les principaux sont la fécondité après la venue de l’Epoux,en ce que depuis ce temps-là elle s'est multipliée à l'infini ; son unité, en ce qu'elle n'a qu’un Epoux ; & son universalité, en ce qu'elle n'exclut personne.

Avant" l'Incarnation du Fils de Dieu , son

[ocr errors]
[ocr errors]
« AnteriorContinuar »