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- l'appellent à leur secours , & le mettent dans CH.XXIV. leurs intérêts par la priére : & fi la prudence

ne leur offre aucun autre moyen , ils s'en tiennent là, & accendent en paix que Dieu agisse. Mais si elle leur fuggére des expédients légitimes & permis, ils les ménagent avec soin , persuadez

que c'est Dieu même qui les leur présente , & qui leur commande d'en faire usage. Ils ont confiance qu'il benira ce qui est dans son ordre; & ils croi.oient le center , s'ils négligcoient ce secours , pour en attendre un autre qu'il n'a pas promis, parce qu'il n'est pas nécessaire.

Jacob fe conduir selon ces régles; Il n'oublie rien de ce qui peut adoucir l'esprit de son frére. Il le prévient par des honnêtetez: il lui envoie de grands présents , distribuez dans un ordre

" très-propre a le toucher : il laborde & lui parle de la manière la plus respectueuse- & la plus soumise. Mais il n'attend le succès que de celui qui seul peut changer le caur d'Efai: it agit & donne ordre à tout , comme fi rour dépendoit des mesures qu'il prend : & il prie avec les plus vives in tances, parce qu'il sçait que tout dépend de Dieu seul, & que rien n'est efficace que la parole:

(il para le gué de faboc.) Jaboc étoit un torrent, c'est-à-dire une petite riviére , qui tomboit dans le Jourdain..

[ Comme il étoit demeuré soul.] Soiten deça, foit au delà du torrent. C'étoit sans doute pour prier de nouveau' avec plus de liberté & de fer. veur , le consoler lui-mêine en excitant fa foi , & attirer sur des perfonnes foibles & tremblantes la protcction de Dieu."

[ii parut un homme qui lutte contre lui jufgaan grand jour. ] La lucec écoit une espéce de

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combat , ou deux athlétes se prenoient au corps, & tâchoient de se renverser l'un l'autre par Ch.XXIV. rerre. La victoire étoit à celui qui, par force ou par adresse, venoit à bout de terrasser fon adversaire. Cer homme qui lutta contre Jacob, étoit un Ange, selon le prophéte Osée; Of: 12.3 4. & cet Ange représentoit Dicu même, comme la suite le fait voir.

1. Il est visible d'abord que cette lutte étoit un symbole mystérieux, par lequel Dieu vouloit faire entendre à Jacob quelque chose qui avoit rapport à la situation présente. Ce faint homme étoit prêt de soutenir un combat contre Esaü. Ses honnêtetez, ses présents , & les humbles soumiffions qu'il étoit résolu de lui faire, écoient autant d'attaques qu'il livroit à ce caur féroce & ulcéré. Mais quoiqu'il espé. rât la victoire du secours de Dieu, parce qu'il étoit ferme dans la foi; il ne kissoit pas , comme on l'a vî , de craindre le danger ; parce qu'il étoiç homme. Dieu donc voulant disliper toutes ses craintes , & calmer ses inquiétudes, l'engager , dit l'Ecriture, dans un rude combat, Sag. 10, 12, afin qu'il demeurat victorieux, do qu'il (çút que tout céde à la puissance de la Sage se. Il se trouva tout d'un

coup
faili
par

un fort athléte revécu du nom & de la majesté de Dieu , qui l'exerça par une longue & pressance lutte : mais en même temps Dieu lui donna assez de forces pour ne pas fuccomber dans un combat fi inégal; afin qu'il apprît qu'il ne devoit pas craindre les hommes , lui qui avoit bien pû. combattre avec avantage contre Dieu-même.

(Cet homme voyant qu'il ne pouvoit pas le Surmonter , lui touche la cuiffe. Il relâcha quel qu'un des muscles qui servent aux mouvements de cette partie ; ou ...comme le texte Hebrer le

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dit assez clairement , il lui démit la cuisse para CH.XXIV, le relâchement du nerf qui tient l’os rond de

la cuisse emboité dans la concavité de la hanche. L'Ange le bleffa ainfi , ou pour l'assurer que ce qui s'étoit passé entre eux étoit un combat véritable, & non imaginaire ; ou pour lui faire comprendre avec quelle facilité il l'auroir vaincu, s'il avoit usé envers lui de la force puisqu'en lui' couchane fimplement un nerf il l'avoir rendu boiteux : ce qui devoit persuader à Jacob

que c'étoit Dieu seul qui- l'avoit fou. tenu , & l'avoit fait vaincre.

[ Laissez moi aller : car l'aurore commence à paroître. ] C'est le temps ou les hommes fortént dans la campagne pour leurs travaux. Dieu ne vouloit pas que ce qui se passoir entre lui & Jacob füt exposé à des yeux profanes,

: [Fe ne vous laisserai poini alber , que vous ne m'ayez beni. ] Ja vb, tout affoibli qu'il étoie dans une partie de son corps nécessaire à la lutte , confervoit toujours son avantage , & pas roissoit le plus fort. Enfin l'Ange s'avouant vaincu , demanda quartier. Mais Jacob qui comprit pár l'effet fubit & extraordinaire d'un fimple attouchement, que cet athléte n'étoin pas un homme , mais un Ange , le serra encore plus étroitement , & lui déclara qu'il ne le laisseroit point aller , qu'il ne l'eûr beni ; & regardant cette bénédiction comme le fruit du com: bat mystérieux qu'il venoit de loxenir , & comme un gage affuré du secours qu'il attendoit de Dieu pour sa famille , .it l'enconjura jusqu'à répandre des larmes

[ Car si vous avez été fort contre Dien( c'est ce que signifie le nom d'Israel ) combien plus te. ferez-vous contre les hommes.) Jacob de+ wandoit à Dieu la procçation coptre Elaü , lors

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qu'il fur engagé dans cette mystérieuse lutte : & l'Ange l'allure qu'après la victoire qu'il vient de remporter contre Dieu même, il n'y a point Cr,XXIV, de puillance humaine qui doive l'intimider. Il aura donc certainement l'avantage sur Esaü.: mais son affoiblissement l'avertit que ce ne sera qu'en paroissant vaincu, en s'humilianr, & en mettant, selon l'expression d'un prophéte , Ja Lanient. bouche dans la poussiére.

Jer. 3.2%, II. Ce premier sens de la lutte de Jacob quoique vrai & falide , ne ontente pas. pleinement; & une action fi visiblement mystérieule nous dit qu'il faut, pour la bien entendre voir autre

chole
que

Jacob & Efai.
Souvenons-nous donc que dans les trois dif-
férentes occasions où nous avons pû ensemble
les deux fréres, ils ont figuré, l'un les Elûs, &
l'autre les Réprouvez. En suivant ce plan, il est
pilé de voir que le Saint-Esprit a peint dans les
différentes circonstances de cette histoire , la
haine des Réprouvez contre les Elûs , les armes
avec lesquelles ceux-ci doivent se deffendre, &
la protection qu'ils doivent attendre de Dieu.

Les méchants sont ennemis des bons,.& la guerre entre eux est continuelle:: on l'a déja remarqué. Mais la maniére de combattre des uns & des autres est fort différente. Les uns sont pleins d'aigreur, de jalousie, & de haine , comme Elaü : les autres, comme Jacob, ne respi. rent que la charité & la douceur. Esaü employe les menaces,

s'il
peut ,

la violence: Jacob ne pense point à se deffendre ; & il aime mieux céder, & fe dérober par la fuite aux efforts de l'injustice , que de devenir lui-même injuste, en cellant d'être patient. Il n'y a rien qu'il ne soit prêt à faire & à fouffrir , pour avoir la paix avec son frére. Hy facrifiera avec joie une par

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8,

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.

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tie de ses biens , trop content de pouvoir con Ch.xxiy, server à ce prix la vraie sagesse qu'il a prise

.
pour son épouse, avec les vertus & les bonnes
Quvres qui en sont les fruits. L'impic met la
confiance dans sa force, dans ses richesses, dans
son crédit , pour opprinner le juste. Celui-ci n'a
point d'autre asyle que Dieu , ni d'autres armes

que la priére. Dans les plus pressants dangers., & dans les plus violentes tentations, c'est à Dieu qu'il s'a-tresse pour être ou délivré, ou fou- .

tenu par sa main toure-puissante. Il se trouve 2. Cor. 7. s. quelquefois, comme S. Paul, assailli par toutes

fortes de maux ; combats au dehors ; frayeurs au

dedans : & l'épreuve eft tellement au-deffus de 2. Cor. 1. 8. fes forces , qu'il en est accablé, comme cer Apô

tre, jusqu'à trouver même la vie ennuyeuse. Mais plus il' sent sa foiblesse, lorsqu'il la compare avec la grandeur du péril ; plus il tâche de puiser dans Dieu la force nécessaire pour ne pas fuccomber. Il gémit; il prie ; il conjure avec instance: il représente à son Dieu à son pére ses craintes, ses inquiétudes , son délaissement, & les efforts que font les hommes pour lui ravir les dons de fa libéralité : il le fait souvenir de fes promesses , & de ses anciennes miséricordes ; & il sollicite la continuation des miséricordes , & l'accomplissement des promesses. Dieu qui veut exercer sa foi , résiste, & semble fe roidir contre les pressantes follicitations. Il lui dit au fond du cæur , comme pour l'affoiblir , & l'obliger de quitter prise , que rien ne lui est dû, & qu'il est indigne d'être écouté. Il en convient , & s'humilie, mais sans perdre courage , & sans cesser de faire instance : & dans cette espéce de combat qu'il a à soutenir contre fon Créateur, il devient fort à proportion qu'il s'abbaisse à ses pieds. Iltire la force de sa foi

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