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belle même sincérement reconnue & oblige enfin Dieu de s'avouer vaincu , & de le benir. CH.XXIV.

Que peut craindre après cela de la part des hommes , celui qui a remporté la victoire contre Dieu même ? & quelle puissance peut abbattre un juste, que la bénédi&tion de Dieu rend invincible ?

III. Si nous faisons réflexion que Jacob est l'image, non seulement des Elûns, mais encore de Jesus-Christ leur chef; nous découvrirons dars la lutte de ce Patriarche contre Dieu ,

im mystére tout autrement profond que celui qu'on vient de montrer puisque nous y verrons le mystére adorable de Jesus-Christ priant & s’immolant pour ses épouses, ses enfants, ses troupeaux , les serviteurs ; c'est-à-dire, en un mot,

, pour son Eglise.

Jesus-Christ après avoir paffé le torrent, étant Regle.g. feul & à l'écart dans le jardin des Oliviers , lutte í dans le secret & sans témoins contre la rigueur

de la justice divine. Là, profondément abbaiffé devant son Pére, il trouve en lui une sévérité en apparence inexorable ; une sainteté qui forme une séparation immense entre lui & l'ombre même du péché. Les instances les plus prelsantes ne peuvent détourner le calice. La vérité de Dieu & de ses menaces, exige que le pécheur soit puni , & le. Juste même par excellence , s'il est sa

tion. Mais ce Juste accepte avec un amour infini tout ce que la sainteté & la juftice de son Pére cxige de lui. Il s'offre aux plus indignes ignominies, aux plus cruelles douleurs , & à la mort la plus honteuse. Il est frappé de Dieu ; & terrassé par la main appesantie sur lui; & c'est en tombant par terre, & paroissant vaincu , qu'il devient victorieux de son adversaire. Sa

.

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mort delarme la justice. divine : le Pére avogs CH.XXIV. qu'il est vaincu par l'humilité & la charité de

fon Fils. A la pointe de l'aurore il lui donnera, en le ressuscitant, la bénédiction qu'il a deman

dée sur la croix avec des priéres & des suppliHeb. 5.7. cations accompagnées de grands cris & de lar

mes. Mais cette bénédiction ne sera pas pour lui seul. Il l'a demandée pour tous ceux que Dieu lui a donnez ; & elle est le fruit de sa viCoire. Le Pére céleste, qui est la source de toute bénédiction , & de toute miséricorde , benira le chef & les membres, le premier-né & fes fréres , le pasteur & le troupeau , l'époux &

l'épouse , le pére de famille & les enfants. Regle 7.

Ainsi Jesus-Christ a rempli d'une maniére admirable la fignification des deux noms, facob & Irael , par la double victoire qu'il a remportée contre le Démon & contre Dieu.

A l'égard du démon , Jesus-Christ a été 74cob, c'est-à-dire, supplaniateur. Il a vaincu ce redourable ennemi, & le monde dont il est le

l'artifice & la rule. Il lui a caché ce qu'il étoit , en s'enveloppant sous les voiles de son infirmité apparente. Il l'a renversé en s'abbaissant jusqu'à la terre , & en paroissant lui céder la victoire , & s'abbattre à les pieds.

Mais à l'égard de son Pére, il agiffoit à visage découvert ; & il étoit ljrael, c'est-à-dire fort contre Dieu : & c'étoit même parce qu'il en étoit bien connu , qu'il étoit fi puissant , & qu'il prévaloit contre Dieu. Car le moyen de ne pas tout accorder à un Fils égal en toutes choses, qui s'anéantit devant son Pére, en prenant

la forme de serviteur , & en s'humiliant par une obéissance volontaire jusqu'à la mort de la croix ? Il étoit juste & glorieux à Dieu de cée der à une telle violence , & d'abandonner ses

roi, par

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droits

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droits & ses intérêts à un Fils fi digne de l'ado.
rer , & fi zélé pour sa gloire.

CH.XXV.
Rien n'est plus vrai , ni plus exact dans Je-
sus-Christ , que ces paroles de l'Ange , Si vous Régle 7.
avez été fort contre Dieu , combien plus le serez-
vous contre les hommes ? Parce qu'il a été puise
sant contre Dicu, & qu'il a surmonté fa colére
en s'humiliant infiniment devant lui, il cft de-
venu le maître de tous ses ennemis, qui lui ser-
viront de marchepied, & qui trembleront de-
vant lui au jour de la manifestation & de fa
gloire.

[ 1l se profterna jusqu'à fept fois ecc.) Jacob avoit été établi le Seigneur d'Esaü ; & il parle Gen. to & agit comme son ferviteur. Mais c'étoit

par ses humiliations mêmes qu'il devenoit le Seigneur de fon frére, ou du moins qu'il s'en aisuroit le privilége ; parce qu'il étoit vrai dès lors que le moyen de devenir le premier de tous, étoit de consentir d'être le dernier de tous en cette vie. C'est le partage des Elûs représentez Mat. 20.26. par Jacob. Jesus-Christ leur chef leur en a donné l'exemple , puisqu'il n'a voulu parvenir à sa gloire que par les humiliations d'un serviteur.

Il est très-remarquable que Jacob dans toutes les offres, les soumissions , & les priéres qu'il fait à Esaü , ne dit rien de foible sur la bénédiction paternelle , qui étoit le sujet de leur différend. C'est un bien qu'il regarde comme inaliénable ; & il est prêt à tout perdre , pllltôt que d'y renoncer. Mais il lui dit bien clai. rement par la conduire, qu'il ne prétend point faire valoir ses priviléges dans la vie présente , & que fa grandeur, comme celle de JesusChrist, n'est pas de ce monde. Il appelle Esaü son Seigneur : il ne l'aborde qu'avec des refpects en apparence exceslifs.: il lui parle avec

Tome I.

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la vertu,

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ou

Thumilité d'un serviteur : tout son bien est ä Caxxiv.

li , s'il veut le prendre; & il borne tous ses deairs à mériter la protection & sa faveur. Tel est le désintéressement des Saints. Ils ne pensent point à troubler le monde dans la recherche des biens terrestres. Ils ne sont avares & ambirieux que pour le ciel. Ils déclarent qu'ils ne veulent point d'autres richesses

quc d'autres plaisirs que de parler à Dieu , & de l'écouter ; d'autre grandeur que de lui être foumis ; que toutes leurs vûes & leurs projets regardent une autre vie ; & qu'enfin ils sont prêts à tout céder , & à tout perdre pourvû qu'on leur laisse la possession de Dieu.

(Efai courut au-devant de lui, l'embrasa doc. ] Son cæur ne pur tenir contre les fou. missions fi respectueuses d'un frére. Les fentiments de la nature se réveillérent ;

i pour parler d'une maniére plus digne de la religion , celui qui tient en la main les cæurs de tous les hommes , & qui les incline où il lui plaît selon les desseins de la Providence , fit tout d'un coup passer celui d'Esaü de la colére à la douccur , & de la haine la plus furieuse à l'amitié la plus tendre. Quiconque met en Dieu sa force, ne peut être vaincu ; & le juste qui n'oppose aux desseins des méchants que la douceur , je défint éreffement, l'humilité, aura toujours l'avantage ; soit que Dieu change les sentii

. ments de leur cæur à son égard ; soit qu'il leur ôre les moyens de lui nuire. Quand même ii permettroit qu'il fût opprimé & écrasé, il lui fera remporter sur eux une victoire complecte far la charité & la patience.

(Marchons, je vous accompagnerai. ] Tout ce qui eft dit ici d'Esaü , joint à ce qui a été Lapporté de Laban, cache un grand mystére,

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Gen. to, 4

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que nous nous contenterons d'indiquer légérement, laiffant aux lecteurs le soin d'en ap- CH.XXIV. profondir & d'en appliquer toutes les circonItances.

- Les deux plus redoutables ennemis de l'Eglise & de Jesus-Christ ont été les Juifs rebelles à l'Evangile , & la puissance séculiére armée pour soutenir l'idolatrie , & exterminer les chrétiens. Les deux ennemis de Jacob & de fa famille font Laban & Esati. L'un est l'image des Juifs premiérement persécuteurs , & ensuite réconciliez par un traité, dont le témoignage élevé sur les montagnes ne peut être ignoré, mais qui regarde plus les siécles futurs , que ni Laban, ni la famille présente. L'autre, c'est-àdire Esaü , est clairement l'image de la puissance féculiére , premiéremenr irritée , & ne respirant que le sang ; devenue ensuite favorable, offrant sa protection & fa compagnie , & mettant l'Eglise & ses pasteurs en sureté par l'assurance de les bonnes intentions, & par une mutuelle intelligence. Jacob qui représente les Pasteurs de l'Eglise , profite de la surcté & du repos que lui donne l'heureux changement d'Efaii : mais il se garde bien d'accepter sa compagnie. L'amour qu'il a pour

fon
troupeau

le tient : il craint de tout perdre, s'il veut mesurer sa marche sur celle de cet homme puissant , & de fa nombreuse suite. Il apprend ainsi à tous les Pasteurs à ne mêler jamais le falte & les maniéres impéricuses de la puissance séculiére, avec l'autorité spirituelle qu'ils ont reçûe.

[ Si je les fatigue en les poussant....tous mes troupeaux périront. ] Réponse digne d'un pasteur plein de tendresse pour ses brebis , qui se rend attentif à leurs besoins ; qui les ménage avec beaucoup de douceur & de patience, qui s'ac

re

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