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trouvée dans celui de Benjamin. Ils déchirérent alors leurs habits ; & ayant

CHA P. rechargé leurs bêtes, ils retournerent XXXII, à la ville , & allérent se jetter aux pieds de Joseph , qui leur dit : Qu'est-ce donc que vous avez fait ? Ignorez-vous qu'il n'y a personne qui connoiffe auffi bien que moi les choses cachées ? Juda prenant la parole, lui dit : Que répondrons-nous à mon Seigneur ; & que pouvons-nous dire pour notre justification? Dieu s'est souvenu des péchez de vos ferviteurs. Nous sommes rous efclaves de mon Seigneur, nous & celui a qui on a trouvé la couppe. Dieu me garde , répondit Joseph , d'agir de la forte. Celui entre les mains de qui ma couppe a été trouvée , fera mon esclave : pour vous aurres , retournez en paix vers votre pére.

Alors Juda s'approchant de lui, dit : Mon Seigneur , permettez , je vous prie, à votre serviteur de vous dire un moc ; & ne vous mettez point en com lére contre votre esclave : car vous jur gez souverainement aussi bien que Pha

. Taon. Mon Seigneur a demandé d'abord à ses serviteurs: Avez-vous encore votre pére , & quelque autre frére ? Et nous avons répondu à mon Seigneur: Nous avons un pére fort âgé, & un

jeune frére qui est né dans sa vieilleffe. CHAP. Son frére qui étoit de la méme méie, XXXII. est mort : il est resté seul, & fon pére

l'aime tendrement. Vous dites alors à vos serviteurs: Amenez-le-moi ; je ferai bien aise de le voir. Er nous dîmes à mon Seigneur : Le jeune homme ne peut quitter fon pére : car s'il s'éloigne de lui, son pére mourra. Et vous dites à vos serviteurs : Si votre jeune frére ne vient avec vous, vous ne paroîtrez plus devant moi. Quand nous fîmes retournez vers notre pére votre serviteur, nous lui rapportâmes ce que mon Seigneur nous avoit dit. [ Quelque temps après ] notre pére nous dit: Retournez en Egypte, & achetez-nous des vivres. Nous lui répondîmes : Nous irons , G notre jeune frére vient avec nous: fans cela nous n'irons point , parce que nous ne pouvons paroître devant celui qui commande en Egypte, que notre jeune frére ne soit avec nous. Et notre pére votre serviteur nous dit : Vous fçavez que Rachel : mon épouse m'a donné deux fils. L'un étant sorti d’auprès de moi, j'ai crû qu'une bête l'avoit dévoré; & je ne l'ai pas revî depuis ce temps-là. Si vous emmenez encore ce lui-ci , & qu'il lui arrive quelque acci. dent, vous accablcrez, ina vieillelse

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d'une affliction qui la conduira au tom-
beau. Maintenant donc , fi je retourne CHAP.
vers mon pére votre serviteur, &

XXXII.

que ce jeune homme n'y soit pas ; comme sa vie dépend absolument de celle de son fils , dès qu'il ne le verra point avec nous , il mourra; & vos serviteurs accableront sa vieillesse d'une douleur qui le mettra au tombeau. C'est moi qui ai répondu de ce jeune homme à mon péie, en disant , Si je ne vous le raméne , je consents d'être coupable à vos

yeux tous les jours de ma vie. Que ce - soit donc moi , je vous prie, qui de

meure esclave de mon Seigneur à la place du jeune homme"; & qu'il s'en rerourne avec ses fréres. Car comment retournerois-je fans lui, pour être témoin de l'extrême affliction qui accablera mon pére?

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ECLAIRCISSEMENTS ET REFLEXIONS.

[ Mettez ma couppe dans le sac du plus jeune doc. jusqu'à ces mots , Alors Juda s'approchunt de lui. j Cet endroit de la vie de Joseph peut faire quelque peine à ceux qui aiment la fincérité, & qui ont horreur du mensonge. On voic bien quel est fon dessein ; & ce dessein n'a rien que de louable. Il veut s'assurer par

des

preuves certaines , fi ses fréres aiment sincérement Beojamin. Mais est-il permis , dira-t-on, pour

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arriver à une bonne fin , d'employer des moyens CHAP. tels que le mensonge & la calomnie? Et peutXXXI 1. on excuser l'affectation de mettre la couppe dans

le sac de son frére, avec dessein de l'accuser de l'avoir dérobée, & de faire croire qu'il vouloic en punition le retenir pour esclave

Il seroit assurément fâcheux que Joseph , qui nous a paru jusqu'ici un modele de vertu , pût être justement accusé de mensonge & de calomnie. Car il s'enfuiyroit de là, ou que le menfonge & les fausses imputations seroient permiles, ou que la vertu de ce grand homme n'étoit

pas
aufii

pure & aussi parfaite que nous l'avons crû. Mais rien ne nous oblige de penser ni l'un ni l'autre , parce qu'en effet il n'y a ici, non plus que dans la premiére entrevûe ,

ni calomnie, ni mensonge. Queft, rurla

Les mensonges, dit S. Augustin sur l'endroit Gen. Liv. 1. même dont il s'agit , sont des faussetez avancées

. quest. 145. sérieusement ; G lorsqu'on dit en riart i es par

maniére de jeu , des choses qui ne sont pas vraies, de telles paroles ne sont pas regardées comme des mensonges. Voilà le principe de celui de tous les Péres de l'Eglise qui a combattu le mensonge avec le plus de force.

Cc principe eft fondé fur l'idée même da mensonge, qui enferme essentiellement de la mauvaise foi. Mentir, c'est parler contre la pensée dans le dessein de tromper celui à qui l'on parle. Or il n'y a point de mauvaise foi dans ce qui se dit en riant. Celui qui parle ainfi, ne veut tromper personne. Il montre la vérité dans le moment même , foir

par

ses gestes ; soit

par

le con de sa voix ; ou cout au moins il a dessein de la montrer , après l'avoir tenu quelque temps cachée. De tels jeux one donc pour objet & pour fin la vérité, & par

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conséquent ne sont pas des mensonges.

Or il est évident que toute la conduite de CH A P. Joseph envers ses fréres , depuis la premiére xxxII. fois qu'ils furent admis à son audience , jufqu'au moment qu'il se fit connoître à eux étoit une espéce de jeu, comme l'appelle saint Augustin, mais un jeu conduit par des vûes très-lages, & pour une fin très-sérieuse. Il leur parle comme à des étrangers , quoiqu'il les connoiffe: il les maltraite , quoiqu'il les aime : il les accuse, quoique persuadé de leur innocence : il prend plaisir à les jetter dans l'incertitude & la perplexité, par un mélange étudié de sévérité & de douceur, de bienfairs & de mauvais traitements, qu'ils ne peuvent expliquer : enfin

par

la
couppe

trouvée dans le fac
de Benjamin, & par la résolution ou il paroît
être de le punir , is leur cause le plus grand em-
barras, & le plus cuisant chagrin qu'on puisse
imaginer. Mais le dénouement étoit proche :
-un mot, je suis joseph , alloit tout éclaircir ; &
ce jeu, après avoir produit successivement dans
leurs cæurs les sentiments les plus vifs de
crainte , de surprise, de consolation , d'espé-
rance, d'affli&ion, devoit finir par la décou-
verte inespérée d'un frére auquel ils ne pen-
foient plus , & par les témoignages de la plus
tendre amitié, qu'ils alloient recevoir de lui.

Lors donc qu'il les tenoit dans cet état affli. geant, qu'il a fait durer aussi long-temps qu'il a, voulu , il n. prétendoit pas , dit S. Augustin , les rendre malheureux , puisqu'il leur préparoit une

Queft. 148. fa grande joie dans l'ifue de toute cette affaire : mais tout ce qu'il faisoit en retardant cette joie , avoit pour but de la rendre plus complette. Tout ce qui s'est passé entre lui & ses fréres avant la manifestation , ne faisoit avec cette manifesta

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