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des gens très riches , & qui achetoient cherement cette dignité : il voulut être lui-même fon Prêtre, & pour cet effet il s'ag.“ grégea à ce corps. Il y fit entrer aussi son che.“

C'est ainfi qu'il se joüoit des Dieux , & qu'il abusoit de la soumillion de ses sujets : mais il faut convenir que cette foule a de flateurs qui a Sueton. l'obsedoient continuellement ne contribua ibid.

pas moins, que b le Philtre qu'on lui avoit donné, b id.ibid. à lui gârer l'esprit. Ils lui persuadoient qu'il avoit cap. so. furpallé la grandeur de tous les Princes & de tous les Monarques & l'aidant à s'oublier luimême , ils lui insinuoient qu'il n'étoit pas un fimple homme, comme ceux à qui il commandoit , mais un Dieu.

Caligula n'étoit pas moins débauché qu'im. pie , & il poussa ses désordres fi loin, qu'il donnoit sans aucun ménagement dans cette espece d'amour que la nature où les Loix ont rendu fi abominable. La corruption de ce Prince parut de bonne heure, c il portoit encore la robe d'enfant, c id. ibid. lorsqu'il fut furpris en inceste avec d l'une de ses cap. 24. fæurs. Il en avoit trois : il les suborna toutes;

d Elle se mais Drusillle e fut toujours la favorite ; il vecut rommoit

Julie publiquement avec elle comme avec sa femme lé

Drufille. gitime ; & après qu'elle fut morte , f il se por- eid. ibid. ta aux plus impies éxtravagances pour honno- f id. ibid. rer sa mémoire. Ses funérailles se firent avec la Dion lib. derniere magnificence : il fit faire des Décrets 19. ad en son honneur , semblables à ceux qu'on avoit

791.

ann.

I On croit que ce fut Céfonie qui lui avoit donné ce breuvage, afin de s'en faire aimer : mais qu'ayant été trop violent , il lui troubla l'esprit , & fut cause de cette fureur qui lui fit commettre tant de cruautez. Caius l'avoit aimée avant que de l'époufer. Voyez Suetone in Caligula cap. so. Juvenal. Sargr. 6. v. 612. Jofeph. lib. 19. cap. 2.

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faits pour Livie femme d'Auguste ; il y eut ou. tre cela un Décret public, qui déclara que Drusille étoit au nombre des Immortels. On la réprésenta en Statuë d'or dans le Sénat ; on lui éleva une autre Statuë dans le Forum , toute semblable à celle de Venus, sous les mêmes honneurs que l'on rendoir à cette Déesse. On lui consacra un Temple tout particulier ; on ordonna que les hommes & les femmes lui conlacreroient des Ştatues, que les femmes jureroient par fon nom quand elles attesteroient quelque chose, & que

son jour natal seroit destiné à des jeux semblaa Cest-à-bles à ceux de Cybele. Elle fut appelléela a Panthea

& on lui rendit les honneurs divins dans Divine. toutes les villes. Livius Geminus Sénateur Rom

main fut assez lâche pour jurer en plein Sénat , & pour protester par toutes sortes d'imprécations contre lui-même & ses enfans qu'il l'avoit vuë monter au Ciel, & converser avec les Dieux; & il prit à témoin entr'autres Divinitez celle de Drusille. Cette faterie lui valut une grosse fomme d'argent.

Les Romains ne furent jamais si embarrassés qu'en ce tems- là ; ils ne sçavoient quelle contenance tenir. S'ils paroissoient tristes accusoit de méconnoître fa Divinité ; s'ils paroissoient gais , on les accusoir de ne pas regreter sa mort. Caligula faisoit valoir la nature humaine de la sæur contre ceux qui ne pleuroient pas, & sa nacure divine contre ceux qui s'affli.

geoient. Pendant le deuil public qu'il lui destiSuetone na , ce fut un crime b que de rire, que d'enibid.

trer au bain , que de manger en famille. Un pauvre homme qui avoit vendu de l'eau chaude , c fut mis à

mort comme coupable d'irréibid. ligion, Enfin depuis la mort de cette Princesse,

Caligula dans les choses mêmes de la derniere dal id. ibido importance, d ne juroit jamais au Sénat , ni à

l'Armée, que par la Divinité de DruGlle,

on les

e Dion

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la

lib. 19.

non

ibid. cap.

C Dion

Je ne rapporteray point ici toutes les autres extravagances de ce Prince, comme a les hon

a Dion neurs qu'il fit rendre à son cheval nommé In- lib. 59. citatus, jusqu'à vouloir le faire Consul; 6 le Pont Suetone qu'il fit construire sur la mer depuis · Bayes jul

inCaligus

сар. qu'à Pouzzole, pour montrer que cet Element

۲۲: lui obéissoit ainsi que la Terre ; la passion qu'il b Dion cut pour la Lune jusqu'à la prier, lorsqu'elle étoit ibid. pleine , d'interrompre la course pour venir cou

Foseph. cher avec lui ; les victoires imaginaires pour

lef

Antiq. quelles c il se faisoic féliciter, & mille autres cap. 1. actions' aussi ridicules. Je ne m'étendrai pas

Suetone plus sur les cruautez qui furent sans nombre & fans bornes. Il a pris foin d'éxprimer lui-même ? ?

37. son naturel barbare, par ce souhait qu'il fit un ibid. jour : Je voudrois , dit il, que le peuple Romain Suetone n'eut qu'une tête , c'étoit afin d'avoir le plaisir de le faire périr d'un même coup. Je passe sous Cap 4!

. silence coutes ces choses, & j'arrête mes réfé- Tacite de xions sur cette balle servitude , & sur cette hon- Germ. teuse adulation qui regnoit alors parmi les Ro- cap. 37. mains,

N'étoient-ils pas, ces lâches Romains , ausli coupables , &, li je l'ose dire , aussi fous que leur Prince, puisqu'ils l'applaudisfoient dans les éxtravagances, qu'ils élevoient ses actions jusqu'au Ciel , qu'ils le combloient de louanges & de veux, qu'ils juroient par la fortune , & qu'ils étoient encore plus disposés à le servir & å l'adorer , qu'il ne l'étoit lui même à demander leur soumission & leur culte ? Ce n'étoit plus ces vieux

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ibid.

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1. Ce Pont avoit environ cinq quarts de lieuës de longueur. Suetone dit que Caius le fit construire depuis Bayes jusques à Pouzzole. Ce sont deux villes de la Campanie séparées par un bras de mer de trente Stades. Dion au lieu de Bayes , dit Baules : c'étoit une maison Royale bâtie sur la même côte. Joseph dit Misene : cette ville étoit dans le même quartier,

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a Dion. de

de cette

ibid.

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Romains li jaloux de la liberté , & incapables de louffrir aucune domination

c'étoit un peuple endurci à la chaîne , qui fe prêtoit lui ineme à la tirannie , & qui sembloit le plaire dans son esclavage , par la soumillion aux volontez du Tiran. Vitellius Gouverneur de Syrie fournit une granpreuve

baffesle dame, a Il s'étoit acquis beaucoup de réputation dans son Gouvera nement : ses envieux le rendent suspect à Caligula, qui lui enjoint de venir inceffamment a Rome pour se justifier. Vitellius averti par ses amis que

la mort étoit résoluë , n'en obéit pas moins. Après s'être revêtu d'un habit de deuil

il demande audiance , & l'obtient. 6 Il paroît b Suetone devant Caius avec les cérémonies dont les Roin Vitell. mains uloient envers leurs Dieux, c'est-à-dire

la tête voilée , en faisant divers tours, & se jettant enfin à ses pieds. Dans certe posture il pleure amérement, il adore l'Empereur, il l'appelle fon Dieu , & promet de lui offrir des sacrifices s'il a la bonté de lui faire grace. Caius se rend à ces bassesses , il ne sent plus que de la compassion & de l'amitié pour un hoinme qui lui étoit auparavant si odieux ; il ne se contente pas de lai pardonner, il en fait son confident, Ce Romain, un des premiers Officiers de l'Empire , aime mieux perdre la réputation, & palser dans la posterité pour un infâmc flateur , que

de perdre la vie. Dion. c On rapporte de ce Gouverneur une réponse ibid.

fort spirituelle , mais impie, qu'il fit à une demande impertinente de Caius. N'est-il pas vrai, lui demandoit un jour cet Empereur, que vous m'avez vû couché avec la Lune : Vitellius embarrassé par cette question, lui répondit : Il n'appartient qu'à vous autres Dieux de vous entretenir de ces myfteres,

Tous ces excès de baffelle étoient autorisés

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par l'éxemple du Sénat. Ce Corps autrefois é célébre & fi recommandable par fon équité & par sa droiture , qui témoignoit tant de zele pour le bien public, & qui avoit cant d'aversion pour la tirannie, ce corps étoit entierement dévoué à la passion du, Prince ; ces Peres de la République étoient les premiers à nourrir son orgüeil , & à satisfaire à la vanité. C'étoit à qui rencheriroit davantage sur la faterie. Ils la pousserent jusqu'à placer dans le Capitole la Chaire de Caius , ils adorerent ensuite cette Chaire, & lui présenterent réligieusement quelques pieces de monnoye, Ils oferent même donner à cet Em. pereur le titre de Prince très-Débonnaire,

Caligula n'en devenoit que plus vain , plus impie, plus éxtravagant, & plus cruel, a Pom- a Vogere peius Pennus qui étoit un Sénateur fort âgé, & M. de qui avoit pallé par les plus grandes dignitez, Tillemans étant venu le remercier de ce qu'il lui avoit don dans la né la vie , si c'est la donner que de ne la pas Caius. örer , il lui donna son pied gauche à baiser.. Ce Prince né pour humilier la fierté Romaine, ou, comme dit 6 Seneque , pour changer les b De Bom meurs d'une ville libre en l’Esclavage des Per- ,nef. lib. ses , ne crut pas que ce fût assez de voir an 2. cape homme de cette qualité profterné devant lui en présence des personnes les plus illustres ; il voulut trouver une maniere encore plus honteuse. d'insulter à la Liberté , & de fouler aux pieds la République.

Ć Une fille lui écane née , il fit mettre la fi- c Josephia gure dans le Capitole sur les genoux de la Sca. antiquit

. tuë de Jupiter, comme si elle lui eût été aulli proche qu'à lui ; & il eut l'insolence de dire qu'il laisoit juger lequel des deux peres étoit le plus grand.

Un illustre Chevalier Romain lui étant d Senes. venu demander la grace de son fils qu'il avoit fait mettre en prison, d parce qu'il 3.3

I 2.

195

lib. cap. I.

de ira lib.

2. capo

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