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ches; enforte que la crainte qu'on avoit du peuple victorieux, fit qu'on donna d'abord fon nom à tous les peuples d'au-delà du Rhin, & que ceux-ci bientôt après le pri,, rent d'eux-mêmes. 99

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Ce qui a broüillé jufqu'ici les Critiques & les a empêchés de pénétrer le fens de Tacite ; c'eft qu'ils ont cru, que cet Hiftorien par les peuples d'au-delà du Rhin, qu'il dit avoir paffé ce fleuve les premiers entendoit ceux qui l'avoient passé long-tems avant les Germains: au lieu qu'il n'entend que ceux qui aïant en propre le nom de Germains, ont paffé le Rhin à la fuite d'Arioviste avec un tel fuccès, que les Gaulois redoutant leur valeur, à l'approche d'autres peuples d'au-delà du Rhin qui vinrent fondre depuis chez eux, fans examiner s'ils étoient Germains, ou s'ils ne l'étoient pas, les prirent pour de vrais Germains, & leur en donnerent le nom. D'autre part, ces peuples flattés d'un nom qui leur faifoit honneur, & qui au furplus leur procuroit un fuccès au-delà de leurs espérances,

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efpérances, le prenoient eux-mê

mes.

C'eft la penfée de Tacite tirée au clair. Ainfi l'on voit que cet Hiftorien, abstraction faite de tous passages du Rhin entrepris avant celui des Germains, donne celui de ce peuple pour le premier, parce qu'il fert d'époque au nom de Germains, lequel outre qu'il n'étoit point connu jufques-là, fut dès-lors communiqué indifféremment à tous les peuples d'au-delà du Rhin. D'ailleurs ce paffage eft le point fixe, où le nom de Sueves, emploïé auparavant pour défigner en gros les peuples d'au-delà de ce fleuve, difparoît tout à coup, & celui de Germains prend fa place. A quoi on peut ajoûter une obfervation qui a échappé jusqu'ici à nos Hiftoriens; c'eft que ni dans Tacite, ni dans aucun autre ancien > on ne trouve nul trait de l'hiftoire de la Germanie qui précéde ce tems-là, finon peut-être ce qui eft dit en paffant des mouvemens, que firent les Cimbres quelques quarante

I

ans auparavant pour pénétrer dans les Gaules du côté du Rhin.

S. VI.

Méprifes de prefque tous les Ecrivains d'Allemagne. Vérités qu'ils font obligés de reconnoître.

Voilà bien des vérités affommantes pour les Allemands d'aujourd'hui ; ils fe font bercés jusqu'à préfent d'idées qui flatoient leur vanité: ils en ont même rempli tous leurs livres ; comme, que de tout tems les peuples d'au-delà du Rhin étoient Germains; que les Germains, fous le nom de Celtes, avoient franchiles Alpes, pris Rome, affiégé le Capitole, inondé l'Illyrie, la Pannonie, la Macédoine, la Grèce, la Thrace, & fondé un puiffant empire dans l'Afie mineure; & enfin, qu'eux Allemands étoient les defcendans de ces Germains, dont ils débitoient tant de merveilles. Mais aujourd'hui que le charme eft rompu, à ces fables il

faut fubftituer les vérités fuivantes ; Que le premier nom fous lequel les peuples d'au-delà du Rhin ont été connus, eft celui de Sueves: Que la premiere fortie des Sueves hors de leur païs dont on ait connoiffance, ne va pas au-delà du commencement du feptiéme fiécle de Rome; & que cette fortie, & quelques autres poftérieures, fe font terminées dans les Gaules: Que c'eft feulement depuis l'an 681 de Rome, que les peuples d'au-delà du Rhin ont été appellés Germains: Que c'eft l'irruption faite cette même année par les Germains dans les Gaules, qui a donné lieu à cette dénomination: Que les vrais Germains au-delà du Rhin étoient un peuple étranger: Enfin que les defcendans des vrais Germains font dans les Gaules, partie dans le canton des Sequanois qui avoifinoit le Rhin, & partie entre la Meufe & la Mofelle; c'eft-à-dire que les premiers étoient dans la Germanie fupérieure, & les autres dans la Germanie inférieure.

8.233.

S. VII.

Les vrais Germains aiant tous fondu dans les Gaules, les Auteurs n'ont parlé fous ce nom; que des peuples qui avoient hérité d'un nom, qui ne leur appartenoit pas. Les Germains de Perfe n'étoient, ni ne pouvoient être les Carmani des anciens.

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» Tels étoient les Germains, com» me il résulte des témoignages exprès de Céfar, de Tacite, &c. auxquels on peut ajoûter plufieurs preuves, qui fe tirent ou de leur » histoire, ou de leurs moeurs: par exemple, le motif qui les amena » dans les Gaules, fut la fertilité des » terres, ob fertilitatem loci, dit Ce» far; certainement un tel motif ne » peut convenir qu'à des peuples qui » cultivent la terre, & profitent de

»

fa fécondité: de même leur premier présent de nôces étoit une

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