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» couple de boeufs sous le joug, juncti » boves ; on joignoit un cheval briw dé, une frame & une épée : rien pouvoit-il mieux caractériser des

peuples laboureurs, qui partageoient » leur vie entre la charuë & les ar» mes ? Les preuves que

l'Auteur moderne tire de l'histoire & des moeurs des Germains , ne prouvent pas plus qu'ils fûssent les Germains laboureurs de la Perse, que les yeux , les bras, les mains, & les autres présens qu'ils avoient reçus de la nature; ce sont comme des selles à tous chevaux, sur quoi on n'oseroit se décider. Il n'y a point de nation dans l'univers, qui ne présente de pareilles ressemblances.

Mais l'Auteur moderne est-il bien affûré que les Germains, de l'histoire & des moeurs desquels il tire des preuves pour établir la conformité qui le frappe , sont ces Germains laboureurs , qui, de la Perse d'abord, & ensuite du marais Méotide,avoient passé dans la Germanie ? Si cela est,

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les Ecrivains dont il a tiré ces preus

ont suivi ces Germains dans les Gaules pour écrire leur histoire, & peindre leurs moeurs: car Cesar, & plus expressément Tacite, font foi , que la nation entiere des vrais Germains étoit venu fondre dans les Gaules, & s'y fixer. Mais quelque affûré que soit l'Auteur moderne touchant ce qu'il avance, il est bien plus certain qu'aucun Auteur n'a songé à rendre ce service aux Germains , & qu'au contraire plusieurs se sont empressés de le rendre aux peuples d'au-delà du Rhin, qui, sans être Germains, ont hérité du nom de Germains, quand les vrais Germains ont passé dans les Gaules. On prie l’Auteur moderne d'examiner, fi en effet il ne nous présente point le portrait de faux Germains , auquel tant d'anciens ont travaillé, pour le portrait des vrais Germains, auquel personne n'a encore osé toucher. En attendant l'examen, qu'il trouve bon que nous ne nous arrêtions pas à des preuves , qui ne prouvent quoique ce soit.

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Quant à ce qu'il dit dans ses remarques & additions , page 407 , qu'il n'est pas douteux que les repucyeol ne soient ceux, que d'autres ont appellés Kapucamol, ou que l'on trouve vulgairea ment dans les Auteurs, sous le nom de Carmani : il n'y a d'autre inconvénient, sinon que les Carmani étoient les habitans de la Carmanie ; & que de tout tems la Carmanie a été une Province différente de celle de Perse. Et quand on objecteroit, que depuis Cyrus la Carmanie a été une Province de l'Empire de Perse, ce n'est point dans la Carmanie , mais dans la Perse,qu'Hérodote place les Germains laboureurs, qui sont les ancêtres des Germains , lesquels ont donné leur nom à cette vaste région, qui est au-delà du Rhin, & à la partie des Gaules , qui s'étend depuis la source jusqu'à l'embouchure de ce fleuve.

CHAPITRE X I. Regles qu'il faut suivre en cher

chant les antiquités des peuples

& des nations. Préjugé mal fondé, l'on est généralement contre l'Histoire des Gaules doo des Gaulois. Avantages immenses qu'on retireroit d'une si belle Histoire. Plan à peu près

qu'il faudroit suivre en la faifant.

Oilà mes remarques sur quelques

endroits du premier volume des Mémoires pour servir à l’Histoire des Gaules da de la France. Je me suis retranché aux articles qui concernent les Gaules', & aux points seulement à l'éclaircissement desquels l'Auteur n'emploïe que des conjectures; & des conje&ures encore entiérement étrangeres au sujet qu'il entreprend de traiter. Aufli avoue

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rai-je ingénuëment , que je n'ai ga. gné autre chose à le suivre par tous les chemins de traverse, où il m'a jetté, qu'un épuisement général, sans avoir fait un pas au-delà du terme , d'où il m'avoit fait partir. Aufli eftce tout le succès à quoi doivent s'attendre les Ecrivains , qui, pour

éclaircir nos antiquités , ont recours à des étymologies Hébraïques, au lieu de consulter immédiatement les sources; c'est escalader Alexandrie, pour se rendre maître de Paris. Comme si la lumiere que la plûpart de ces étymologies présentent, n'étoit pas comme ces feux nocturnes , qui ne manquent pas de faire égarer le voïageur ; ou comme ces figures qu'on croit voir dans les nuës, & qui n'ont d'autre consistance que le coup d'oeil.

Mais, dira-ton, faut-il laisser nos antiquités dans les ténébres dont elles sont enveloppées ? Oui, sans doute, du moins à l'égard de cette partie , qui, comme celle des antiquités de toutes les nations , eft condamnée à

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