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Et charmant dans les bagatelles ;
Souffrez , qu'on presente à vos yeux
L'aventure d'un téméraire,
Qui perd ce qu'il aime le mieux,
Pour s'être vanté de trop plaire.

Si l'Héroïne de la Piece
*** , eût eû votre beauté,
On excuseroit la foiblesse
Qu'il eût de s'être un peu vaņté.
Quel Amant ne seroit tenté
De parler de telle Maîtrelle
Par un excès de vanité,
Ou par un excès de tendresse ?

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Attendez

pas mon Fils; qu'avec un con fevere Je déploïe à vos yeux l'autorité de Mere.

Toûjours prête à me rendre à vos juftes raisons, Je vous donne un conseil, & non pas C'est mon caur qui vous parle ; & mon experience Fait que ce cæur pour vous se trouble par avance.

A

des leçons.

Depuis deux mois au plus vous êtes à la Cour.
Vous ne connoissez pas ce dangereux séjour.
Sur un nouveau venu le Courtisan perfide
Avec malignité jette un regard avide ;
Penetre ses défauts, & dès le premier jour ,
Sans pitié le condamnc, & même sans retour.
Craignez de ces Messieurs la malice profonde.
Le premier pas , mon Fils, que l'on fait dans le monde ,
Est celui dont dépend le reste de nos jours.
Ridicule une fois, on vous le croit toûjours.
L'impresion demeure. En vain croissant en âge,
On change de conduite, on prend un air plus fage. .
On souffre encor long-temps de ce vieux préjugé.
On est suspcct encor, lorsqu'on est corrigé ;
Et j'ai vû quelquefois païer dans la vieillesse
Le tribut des défauts, qu'on eût dans la jeunesse.
Connoissez donc le monde, & songez qu'aujourd'hui
Il faut que vous viviez pour vous, moins

.

que pour lui,

DAMIS.

Je ne sçais où peut tendre un fi long préambule.

EUPHEMIE.
Je vois qu'il vous paroît injuste & ridicule.

Vous méprisez des soins pour vous bien importans ,
Vous m'en croirez un jour : il n'en sera plus temps.
Vous êtes indiscret. Ma trop longue indulgence
Pardonna ce défaut au feu de votre enfance :
Dans un âge plus mûr, il cause ma fraïeur ;
Vous avez des talens, de l'esprit, & du cæur ;
Mais croïez qu'en ce lieu tout rempli d'injustices ,
Il n'est point de vertu , qui racherte les vices,
Qu'on cite nos défauts en coute occasion,
Que le pire de tous est l'indiscretion,
Et qu'à la Cour , mon Fils , l’Art le plus necessaire
N'est

pas de bien parler , mais de sçavoir se taire :
Ce n'est pas en ce lieu , que la societé
Permet ces entretiens remplis de liberté;
Le plus souvent ici l'on parle sans rien dire,
Et les plus ennuïeux sçavent s'y mieux conduire.
Je connois cette Cour. On peut fort la blâmer ;
Mais lors qu'on y demeure il faut s'y conformer.
Pour les Femmes sur tout , plein d'un égard extrême,
Parlez-en rareinent, encor moins de vous-même.
Paroissez ignorer ce qu'on fait , ce qu'on dit,
Cachez vos sentimens, & même vôtre esprit.

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Sur tour de vos secrets loïez toûjous le maître

3 Qui dit celui d'autrui , doit passer pour un traîcre, Qui dit le sien, mon Fils, passe ici pour un sot Qu'avez-vous à répondre à cela ?

DAMIS.

,

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Pas le mots

Je suis de votre avis : je hais le caractere
De quiconque n'a

pas le pouvoir de se taire ;
Ce n'est pas là mon vice; & loin d'être entiché
Du défaut , qui par vous m'est ici reproché,
Je vous avouë enfin, Madame , en confidence
Qu'avec vous trop long-temps j'ai gardé le filenco
Sur un fait , dont pourtant j'aurois dû vous parler ;
Mais souvent dans la vie il faut dissimuler.
Je suis Amant aimé d'une Veuve adorable,
Jeune , charmante, riche, aussi sage qu'aimable,
C'est Hortense. A ce nom , jugez de mon bonheur,
Jugez , s'il étoit sçû, de la vive douleur
De tous nos Courtisans , qui foûpirent pour elle.
Nous leur cachons à tous notre ardeur mutuelle.
L'amour depuis deux jours a serré ce lien,
Depuis deux jours entiers, & vous n'en (çarez rien.

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