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sonne qui ne doive avoir honte d'être servi.

C'estune chose honteuse d'être dans un état contraire à celui où Jesus-CHRIST & voulu être ; celui des Maîtres, des riches & des heureux dans le fiecle eft contraire à cet érat , il est donc honteux : Ainsi pour y demeurer comme il faut , il fant qu'il y demeure avec une honte interieure, & comme dans un état d'ignominie.

Ý T.

Rois d'humeur. Éstre Roi proprement, c'est avoir des fijers & n'avoir point d'amis , c'est-àdire avoir des personnes qui suivent 1108 fentimens, & n'en avoir point qui nous disent leurs sentimens avec liberté.

On parvient à cette Royauté en deux manieres , ou en obligeant ses amis d'agir & de parler en sujets, en supprimant leurs sentimens; ou en ne choisillant pour amis que des sujets, c'est-à-dire que des personnes qu’une longue foumission ait accoutumées à n'avoir point de sentimens differens des nôtres.

VII.
Nourriture d'amour-propre die

aux ferviteurs.
Les Maîtres ne doivent pas seulemenz

å leurs serviteurs la nourriture du corps qui a pour fin la subltance du corps , mais ils leur doivent aussi celle de l'ame, qui a pour fin la conservation de la pieté dans ceux qui en ont, & l'établissement de la pieté dans ceux qui n'en ont pas.

Mais outre ces deux nourritures ils leur en doivent encore une troisième , que l'on peut appeller la nourriture de l'amour-propre. Je dis qu'ils leur doivent cette nourriture , parceque la foiblesse de Phomme est telle, qu'il ne peut se passer des consolations humaines & des satisfaétions de fon amour-propre. Les louanges, l'approbation, les téinoignages d'a mitié, les esperances qu'on ne les abandonnera pas, le gain & l'interêt, le repos, le délassement, la joie, sont toutes choses qui contentent l'amour - propre. L'ame s'en voyant dépourvûe, tombe incontinent dans l'ennui & dans le dé couragement.

La raison ne veut pas que l'on ôte aux personnes foibles toutes les confolations humaines & tous les appuis: qui les soutiennent; & comme les serviteurs sont ordinairement du nombre de ces personnes foibles , il est juste de les foulager par ces moyens humains qui entretiennent l'esprit dans une assiette raiSonnable. On y est d'autant plus obligé,

que

leur condition est dure d'elle-ine. me, & très-contraire aux inclinations de la nature , & qu'ayant besoin nous-mêmes de tant d'appuis, il feroit bien injuste que nous les refusallions aux autres.

Il est donc vrai qu'il faut nourrir Pamour propre , mais la fin de cette noura riture n'elt pas de faire fubfilter l'amourpropre, on doit avoir au-contraire pour but de le décruire ; mais d'empêcher que manquant de matiere & d'alimens, il ne renverse l'esprit de ceux qui sont trop foibles pour le soutenir sans cela.

VIII.
Respects exigibles & non exigibles.

Les respects qui sont dûs à notre Charge peuvent s'exiger avec quelque sorte de justice, parcequ'ils sont certains, mais non ceux qui font dûs à notre merite c'est une bafleffe que de croire en avoir; mais c'est une tyrannie d'obliger les autres à croire que nous en avons : il faut le leur montrer & les en persuader ; mais non pas les forcerà le croire malgré qu'ils en ayent.

IX.
Connoître le merite avant que de l'estimer

Vous voulez que je respecte Monsient un tel comme le premier homine de l'E

glise. Comme il n'est pas le premier par la charge, faites-moi voir qu'il est le premier par son mérite. Mais je le juge tel & je le connois pour tel

. Peut-être n'en juigez-vous pas bien; & il est toujours injulte de donner votre jugement pour régle de celui des autres; lorsque je le connoîtrai comme vous , je le respecterai comme vous. Mais c'est, dit-on, votre orgueil qui vous empêche d'en juger comme les autres en jugent. Peut-être aufli

que c'est par orgueil qu'il y en a qui trouvent mauvais qu'on ne juge pas comnie eux, personne ne peut se justier de l'orgueil. C'est une qualité invisible à nos yeux; mais tandis qu'on ne la connoît pas, cette crainte generale n'est pas une raison de changer de sentiment.

Quand M. un tel seroit le premier homme de l'Eglise, je ne suis pas coupable de ne le pas croire, tant que je n'en aurai pas de preuves,& je serois au-contraire coupable de le croire sans preuve, quand-même il seroit tel en effet; car n'en ayant pas de preuve, je le croirois témerairement & sans raison.

Х. Ce n'est pas grande chose que d'avoir ce qu'on appelle communément bon esprit

. On fait trop valoir la qualité que l'op

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appelle communément bon esprit

. L'idée que l'on s'en forme dans le monde n'elt pas dans le fond si grande chose,& ilye inille défants de gens à qui on donne ce nom de bon esprit, équivalens à la bêtise, comme il y a souvent dans les bêtes beaucoup de bonnes qualités équivalentes à ce prétendu bon esprit. Il n'y a que la solidité d'un esprit qui cherche Dieu, qui ne puisse être égalée par aucune qualité humaine

XI.
Supprimner

son esprit. Il faut éviter de faire trop paroître son esprit. Avoir tant d'esprit n'est pas une qualité aimable, elle attire souvent l'envie ou la haine, au lieu de l'affection; & insensiblement nous aimons moins ces personnes qui nous oppriment par leur esprit

. Il faut donc tâcher que la principale qualité qni éclare en nous , soit la borné, & que notre esprit ne serve qua la faire paroître ; car la bonté est une qualité vraiment aimable , parcequ'elle ne choque point la concupiscence, & n'imite point la vanité & la jaloulie.

XII.

Ebullitions d'esprit. Il y a des personnes qui ont des ébulIitions d'esprit, comme il y en a qui ont des ébullitions de sang, c'est-à-dire, que

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