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leur esprit paroît par tout. Cela in’incommode:je n'aime pas ceux qui m'avertilsent si fort de ma bêtise ; ils ne peuvent me communiquer leur esprit, qu'en ai-je donc affaire ? Voilà le sentiment naturel de la malignité humaine. S'il a tant de bien qu'il dine deux fois , disent les

paulvres superbes dans leurs proverbes : s'il a tant d'esprit , qu'il s'en lerve comme il pourra, dit l'orgueil humain. Il est vrai que c'est-là le sentiment de l'orgueil; mais il est de la charité & de l'humilité de ne le pas incominoder.

XIIL Regle des Ajustemens. C'estune illusion ordinaire aux gens du monde de croire que des ajustemens, des curiosités, des dépenses leur font permises , lorsque leur condition le leur permet; c'est-à-dire , qu'elles ne font point dire au monde qu'elles s'élevent au-dessus de leur condition. Cette regle est trompeuse & fausse, & elle justifieroit une infinité de vaines dépenses.

Il ne faut donc pas regarder ce que la condition permet , mais ce qu'elle coinmande: car le commandement & l'obligation de la condition peut quelquefois fervir d'excuse, inais non la funple peranisfion.

Lorsqu'une chose est vainę & fuperflue en elle-n ême , qu'elle est née du déreglement des hommes, & qu'elle est telle

que si nous pouvions réformer le monde, nous serions obligés de la bannir. Il ne fuffit pas pour en user licitement , qu'elle ne soit pas au-dessus de notre condition, mais il faur de plus que notre condition nousy oblige.

Cest par cette regle que l'on doit décider la plupart des questions que l'on peut faire sur les habits des femmes; car comme tous ces habits sont vains d'euxmêmes, nés de la vanité , & que si toutes les femmes étoient chrétiennes, comme elles devroient l'être, elles seroient obligées de s'habiller autrement : il est neceflaire qu'une femme qui ne veut pas se tromper , descende jusqu'au dernier degré de rabaissement que la condition peut lui permettre , & qu'elle rejette tous les orneinens que

sa condition souffre qu'elle rejette sans trop fcandaliser le monde.

M'est-il permis d'acheter ce diamant? Le monde será-t'il scandalisé si vous ne l'avez pas , & donnerez-vous quelque occasion de pêcher en ne l'ayant pas:Non certainement : vous ne devez donc pas l'avoir en conscience. Voilà la regle. Mais ma condition me le permet: Oui; mais elle vous permet aulli de vous en passer.

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Or dans cette rencontre vous étant également libre, selon les regles du monde, de l'avoir, ou de vous en paller, la raison generale qui oblige de renoncer à toutes Les choses vaines & fuperflues, comme celle-là, subliste à votre égard,& par con{equent vous oblige à vous en priver.

Puisque vons demeurez d'accord que cette chofe eft vaine & inutile, & que le monde vous permet de vous en passer, qui vous peut obliger de faire une dépense fi considerable pour l'avoir, que la cupidité?

XI V.

Trois fortes d'esprits. Il y a des esprits qui n'ont que de la surface fans font, il y en a qui ont du fond fans surface, & il y en a enfin qni ont & surface & fon i tout ensemble. Les premiers tro.npent le monde & set: mpent eux-mêmes, étant pris & se prenant pour ce qu'ils ne sont pas. Le monde se trompe dans les seconds, en ne les prenant pas pour ce qu'ils sont, mais ils ne se troinpent pas eux-mênes. Il n'y a que les derniers qui ne trompent ui les autres ni eux-mêmes.

Tome VI.

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XV. Quand on peut juger que l'on a raison dans les diferens que l'on a avec des personnes

très-habiles,

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Il n'y a rien de plus pénible dans la enie & de plus humiliant tout ensemble que lorsque l'on se trouve divisé de sencimens avec des personnes, dont on estime d'ailleurs l'esprit, la science & la pie

, en sorte qu'ils croyent évidemment faux ce qu'on croit évidemmencveritable

Quand cette diversité n'arrive qu'entre des personnes qni ne cherchent point Dieu, on a moins de sujet de s'en mettre en peine. On voit dans les interêts & les cupidités des hommes channels la calife de leurs erreurs; mais quand on ne voit point cette source, non seulement on est troublé par cette contrarieté de fentimens, mais on entre même en défiance de ce que l'on croyoit voir avec plus de certitude.

Car quel moyen de n'être point ébranlé par cette raison? Je croi chercher Dielli, ces personnes le croyent aussi; je ne connois dans mon cæur aucun interêt qui m'ait fait entrer dans ce sentiment , je n'ai pas droit de foupçonner außli d'interêt des persones que je connois

plus vertueuses que moi: cependant ils desapprouvent ce que j'approuve, ils méprisent ce que j'estime, ils croyent faux ce que je croi veritable.

S'il ne s'agissoit que de préferer leurs jugemens arix miens, & leur esprit au mien , pent-être que le respect que j'ai pour eux me feroit conclure que c'eft moi qui me trompe ; mais je vois que des personnes dont j'estime aussi beaucoup l'esprit , la lumiere & la pieté, ont toutes les mêmes pensées que moi, & que je ne puis me condanner sans les con danner ausfi. Leur autorité ne peut donc pas

l'emporter sur la lumiere jointe à une autre autorité qui balance la leur. Je ne puis même douter de la verité de mon sentiment, quand j'en envisage les raisons. Mais quand en me separant de la vûe de ces raisons particulieres , je ne regarde que cette contrarieté d'opinions entre des personnes que j'estime, il m'est impoflible aussi de n'entrer pas en quelque crainte de me tromper. 1

Car enfin nous tenons tous le inême langage: qui m'assurera donc que ce n'est point moi qui me trompe,& non pas eux!

Mais après avoit bien confideré toutes choses avec autant de desinteressement quej'ai pu, il m'a semble que j'avois des

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