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le sont pas.

raisons particulieres & séparées même de l'examen du fond, qui devoient me faire croire raisonnablement que c'est eux qui {e trompent & non pas moi.

La premiere est que dans la connoisfance que j'ai de leur esprit, je distingue allez ce qu'ils doivent approuver , & ce qu'ils doivent rejetter,& entre les raisons, celles qui font claires, de celles qui ne

Je ne voi pas qu'ils ayent le même discernement. Ils proposent des choses que je trouve extraordinairement déraifonnables, comme des verités inconteltables, & qu'il ne faille que marquer fans preuve pour en persuader le monde. Je conclus de la que s'ils ne se trompent pas dans le fond , ils se trompent certainement dans la connoissance de la proporsion de leurs raisons avec l'esprit des autres, puisqu'ils peuvent croire que ce qui nous paroît sidéraisonnable, nous paroitra raisonnable.

On n'écrit pas dans la vûe de la seule verité, mais aussi dans la vûe de la per {uasion des autres , & l'on ne doit rien écrire que l'on

croye devoir être pris pour faux par des personnes judicieuses. Monsieur N.... n'a donc pas cru que ces remarques düssent être prises pour friyoles & contraires au bon sens; U

elles ont été prises comme telles ; il s'est done trompé : & une erreur grossiere dans la maniere reid fort probable une erreur dans le fond.

2. Nous n'avons rien vi dans les remarques de Monsieur N....que ce que Fonsavoit déja , & l'on peut dire que Pon n'y a rien appris. Or ilest certain qu'il ne sait pas toutes les pensées qu'on a eues fir ses remarques; car sans donnte il y aizfoit répondu & réme lié, & partant on a fujet de croire que l'on voit plus qu'il n'en voit sur ce sujet.

3. Ces Mellievirs nevoyent pas que si Jenr sentiment étoit public, rien ne seroit plus capable de leur faire tort & de les décrier auprès des personnes de pieté ; cependant on en parle avec ses amis comme d'une chole indifferente,& ces amis en parlent avec d'autre personnes qui ne sont pastropamis; ils ne voyent donc pas cet effroyable inconvenient, ils n'ont donc pas fur

ce point toutes les lumieres qu'il seroit à désirer.

to L'attorité qui n'appuie dans mon sentiment me femble infiniment plus considerable

que celle qui pourroit me porter à celui des autres. Il est presque seul de fon opinion : toute l'Eglise lui est contraire , & principalement tous les Saints des derniers tems. Or quoique je se prétende en aucune forte comparer mon jugement avec le sien, il m'est néanmoins impossible de ne pas préferer celui de toutes les autres personnes de pieté au fien, lorsqu'en examinant la raison je les trouve tous opposés à son sentiment.

Je ne sai donc pas encore li je me stompe ou non, mais je sai qu'en cette difpofition & en cet état des choses je dois croire qu'il se trompe, parceque j'ai l'esprit fait de telle forte qu'il est impolfible qu'il ne conclue lorsqu'il se voit apo puyé d'une autorité certainement plus grande, & d'une raison qui lui paroît plus considerable

que

la verité est de ce cô. là.

XVI.
On a besoin de verité & de condescenso

dance. Nous avons tous besoin d'être trompés, & qu'on ne nous dise pas nos défauts, & nous avons aussi besoin qu'on nous les dise. Ne vouloir point de condescendance, c'eft ne connoître pas qu'on est foible. Ne vouloir point qu’on nous dife la verité, c'est vouloir demeurer dans. la foiblesse. Il faut donc que la verité foit temperée de condescendance.

XVI.
Pechés cachés par diverses raisons.
Dieu cache les pechés aux hommes, &

par justice lorsqu'il veut les aveugler ; & par mifericorde pour ne pas les accabler.

Les Directeurs les cachent aux autres -parignorance,quand ils neles connoiflent pas, par complaisance, lorsqu'ils ont peur de déplaire ; par condescendance , lorfqu'ils craignent de déconrager,

Et l'homme fe les cache à lui-même par orgueil, parcequ'il ne veut pas les connoître;& par prudence, lorsque la vûe qu'il en a n’elt point allez

proportionnée à la foiblelle:ce qui l'oblige quelquefois d'en détoumer l'esprit, de peurde tomber dans l'abattement,

XVIII. Ne pas disposer legerement de son bien. C'est une spiritualité qui me paroit" tiès-mal reglée de disposer legerement & fans grande consideration d'une partie de fon bien, lorsque l'on n'a que le neceffaire. Quand il s'agit dn fuperfis c'est toujours un grand défaut de discretion

que de l'empolyer par caprice. On peut acheter le ciel par l'usage reglé de fon bien ; c'est donc en abuser que

de l'employer à fatisfaire les mouvemens impétueux de sa fantaisie.

Mais quand il s'agit d'un bien neces faire , il me semble qu'il faut encore y

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prendre garde de plus près. Ces biens ne nous font pas donnés pour exercer notre charité, comme les biens fuperflus , mais pour soutenir notre foiblelle. Cest un bâton sur lequel nous nous appuyons,& dont nous nous seryons pour nous mettre dans un érat proportionné à nos befoins comme les aveugles se servent de leur bâton pour câter où ils mettront leurs pas.

Si donc nous nous en dépouillons inconsiderément, nous faisons comme une personne foible & malade qui jetteroit Ion bâton sans raison & fans necessité, & il n'est pas étrange que cette inconfideration produise de grandes chutes, comme il n'est pas étrange qu’uin-malade qui a jetté Ton bâton , tombe par

terre.

Il y a de très-grandes tentations attachées au manquement de biens temporels. Il faut beaucoup d'humilité pour souffrir la dépendance des autres. On fe picque de generosité. On ne vent point avoir d'obligation aux gens. On croit qu'ils se trouvent importinés. On fe remplit d'imaginations, & peuà peu l'on se désunit par les mêmes raisons qui devroient nous unir plus étroitement,

Si Dien nous avoit donné un grand amour de la pauvreté, de la dépendan

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