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ce,& de l'huiniliation; à la bonne heure que nous nous réduisions à un état ,, auquel il auroit plû à Dieu de nous préparer. Sil nous ravit lui-même les biens temporels, à la bonne heure que nous acceptions avec joie l'Arrêt de fa volonté, puisque nous pouvons avoir une juste confiance qu'il nous donnera laz force de souffrir l'état où il nous aura mis.

Mais que sans avoir aucun témoignage de cente grace & de cet amour de las pauvreté & de l'humiliation;& fans avoir aucune preuve de la volonté de Dieu ,, nous nous mettions de nous-mêmes en. un état exposé à toutes ces tentations, il me semble

que

c'est une très-grande rémerité, & que le moins que nous puis[ions faire , quand nous sommes tombés dans ces fortes de fautes, est d'en demander pardon à Dieu, de reconnoître que nous avons eu trop de confiance en nos propres forces , & de le prier qu'il empê che par sa grace les mauvais effets de non tre témerité.

XIX.

Crainte de la Mort. If n'y a rien de plus inutile que les efforts que font les Philosophes payens,» & ceux qui raisonnent en Payens , com-me Montagne, pour delivrer les hommes de la crainte de la mort

Cette crainte qu'ils considerent comme un des plus grans maux de la vie est ce qui travaille le moins la plupart des hommes. Qui'on jette les yeux sur les pauvres qui font les trois quarts du monde ,on n'en trouvera point qui pensent à la mort avec grand eftroj.

La plupart des riches même font trèspeu frappes de cette crainte, & comme its regardent toujours la mort comme éloignée, ils la regardent aussi avec allez de froideur.

Ensuite les maladies qui les surprennent portent avec elles les remedes de cette crainte , par l'affoiblislement de l'ef

qu'elles causent , qui dispose mieux à recevoir la mort sans frayeur , que tolltes les raisons d'Epictete & de Seneque.

Ce n'est pas même un bien que de procurer anx hommes le mépris de la mort, il est dangereux d'en bannir la crainte de l'esprit du commun des hommes, parceque l'amour du bien est trop foible pour les retenir dans l'ordre.

Tant s'en fant que l'on doive considerer la crainte de la mort dans le commun du monde comme un défaut

que

l'on doive déracioer, on doit au-contraire copsiderer l'indifference avec laquelle ils la regardent comine un de lenrs plus grans maux, qu'il faut sâcher de détruire

prit

par une craimte salutaire de la mort. Car c'est une chose effroyable de voir des hommes condannés à la mort , & prêts -d'entrer par la niort dans un état éternel, l'envisager avec si peu d'effroi , former des defleins fi vaftes, jouir fi tranquilement de leurs plaisirs criminels, & travailler avec tant d'empreslement à acquerir des biens dont ils jouiront fi peu.

XX
Punitions dr peche necessaires après-

le peché. Toutes les punitions du peché sont tellément utiles aux hommes,qu'ils ne pourroient fubsister sans ces punitions davis*: cet état de corruption. ·

Que feroit-ce du monde , fi les hommes étoient immortels : & jusqu'à quel point porteroient-ils leur insolence & leut tyrannie ? Si la mort étoit agreable, ils se feroient tous mourir. Si les mala-dies n'éroient doulourenses,ils se feroient tous-malades. Si les vices n'étoient point fuivis d'incommoditėsils s'y plongeroient fans mesure. S'ils ne s'incommodoient point en mangeant , ils mangeroient toujours. Si l'homme étoit impaffible , il ne craindroit rien. Il fant donc qu'il melire, qu'il menre avec douleur, que les maladies le tourmentent, que les vices foienis

punis , qu'il soit sujet à souffrir la douleurs qu'il ait sujet de craindre la douleur & la mort.

Il est donc vrai de dire que les hommes sont fidéreglés, qu'ils sont incapables de subfifter dans l'état où Dien les a formés,& que ça été non seulement par un effet de sa justice, mais aufli de fa misericorde qu'il les a assujettis à toutes les miseres qu'ils ressentent.

XXI. Origine des Céremonies. Si les hommes étoient parfaitement Failonnables , il eût suffi de faire connoître qu'un tel est Magistrat , afin de lui faire rendre obéissance ; mais parcequ'ils font grossiers & attachés à leurs sens, il a éré utile de donner à ces Magistrats certains orneinens exterieurs qui les distinguassent , & d'ordonner qu'on leur fit certains gestes, & pour ainsi dire , certaines grimaces , qu'on appelle ceremonies. Cette invention a réulli selon le del fein de ceux qui l'ont trouvée.

Mais ces ceremonies ont incontinent changé de nature dans l'esprit du peuple; car au-lien qu'on ne doit au Magistrat qu'nın respect purement exterieur & une reconnoillance qu'il est Magiftrat, c'està-dire , chargé de faire executer les loix,

ce qui peut subliser avec l'idée qu'il est un méchant, un malheureux,un homme digne de mépris ; le peuple & tous les esprits charnels mesurant tout par leur orgueil,trouvent que c'est une grande chce & un grand bonheur que de donner ainsi des ordres, d'être obéi, & de recevoir des honneurs exterieurs:ainli il commence à conliderer les- Magistrats comme grans , élevés , heureux ;& ces Magistrats connoissant ces jugemens que l'on porte d'eux, commencent aullià s'en estimer. davantage, & à se plaire dans leur condition.

XXII.
Difficile à juger de ce qui est ou possible

ou imposible. Il semble que l'ignorance où les hommes sont de la puissance de la nature, leur ôte tout droit de définir ce qui est possible ou impossible, puisque pour le faire, il fapt savoir toute l'étendue des causes & tous les ressorts qui composent les machines des corps.

Combien y a-t'il de choses qui nous eussent paru iinpossibles , si l'experience ne nous avoit fait voir qu'elles sont poffibles ?

Qui eût dit qu'avec un peu de poudre on teroit sauter des Montagnes.? -qu'en

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