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ftottant une aiguille à une pierre, elle acquerreroit la proprieté de se totirner conjours vers le Pole? que de raisons on allroit trouvées pour montrer que cela étoit impossible?

Qui n'auroit jamais vu l'operation que les Chymnistes appellent précipitation , n'appelleroit-il pas impossible la promelfe que feroit un Chymiste, de séparer en im moment toutes les parties du corail, des perles ou de l'or, répandues dans une quantité d'eau, & liées avec toutes les parties de cet eau? Dé quel agent , diroitil, se pourroit-on servir, & le moyen de trouver assez de couteaux pour séparer ce nombre infini de parties confuses? Mais nonobftant toutes ces belles raifons une gonte d'une certaine matiere en fe

Qui fait de même s'il n'y a point quelque liqueur dans la nature capable de faire précipiter routes les hu-neurs étrangeres qui chargent le corps? La nature peut bien form er un foye, une ratte, un pornon dans le ventre des meres,de je ne fai quelle mariere , pourquoi ne poutrat'elle pas avec une autre matiere reformer ce qu'il y a de gâté dans ce foye, dans cette ratte, dans ce poumon?

Il n'y a point, dit-on, d'agent dans la nature capable de produire cet effet:

ra l'effet.

mais dans toutes les causes uniques on croyoit de même qu'il n'y en eût point avant qu'on les eûttrouvéeso

XXIII On eft moins en danger de se tromper en ju-

geant en mal qu'en bien. L'on peut dire avec verité que quoique nous devions avoir plus d'inclination à louer le bien quà blåiner le mal, il y a.. souvent néanmoins plus de verité & d'alfurance à blâmer le mal dans les méchans qu'à approuver le bien dans ceux que nous croyons vertueux. La lumiere commune du Christianisme fuffit pour nous faire juger avec assurance que quelque action et mauvaise ; mais il n'y a qu'une lumiere extraordinaire qui puisse nous alsûrer que quelque action est bonne.

XX IV. Difficile de louer de faire la vie d'un

Saint. J'avoue que dans le sentiment d'obfcurité où Dieu a voulu que la vertu de ses Saints fût dans cette vie, j'ai peine à me répandre avec effusion à louer qui que ce soit ; & qu'il me semble quelquefois que c'est un hommage que l'on doit à Dieu de lui laiffer le jugement des Vertus qu'il a données à ses ferviteurs, &

de reconnoître qu'il en a caché la mesure dans les abîines de fa sagesse ; & que nous n'en pouvons presque parler quavec témerité.

Cette vûe me fait paroître une étrange difficulté à écrire la vie d'un Saint, principalement si on se donne la liberté de former un jugement de ses actions, étant très difficile qu'on ne s'y trompe,&

qu'on ne suive son propre esprit, au lieu de fuivre celui de Dieu, en rehaussant par des paroles ce qui est peut-être très-peu de chose à ses yeux, & en n'en remarquant pas plusieurs autres qui ont été les principes de leur sainteté.

Une autre forte d'erreur est que l'on est porté à canoniser toutes les actions des personnes qui sont en réputation de pieté , quoiqu'il arrive souvent que Dieu les laille agir par leur propre elprit, ce qui les engage en beaucoup de défauts d'imprudence & de precipitation.

XXV.
Les mots ne signifient pas la même chose to

diverses bouches.
Les mots ne fignifient pas les mêmes
choses dans la bouche de tous ceux qui
les prononcent, tant ils conçoivent les

choses diversement. Nous disons tous les Pfira 1. jours. Heureux est l'homme qui n'est post

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dle au conseil des méchans. BEATU'S vir qui non abiit in consilio impiorum : Heureux Pl. 1987ceux qui sout sans tache dans leur voie : BEATI immaculati in via:& en prononçant ces mors nons sommes frappés d'uite certaine idée de bonheur qui ne nous émeut point, tant elle est confuse. Mais dans la bouche de celui qui a prononcé ces paroles, c'est une idée de ce qui lui enlevoit le cæur: il voyoit en cela un amas de félicités qui ravisloient son esprit

. Ce bonheurqui n'est pour nous qu'un point, est

pour lui & poiir tous ceux qui ont le *mêine sentiment,une montagne demelizrée. L'Hebreu est plus expressif: Beatita mes viri ! O bonheurs infinis!

XXVI
Le bonheur n'est sensible que par la délivrance

du mal.
Le bonheur ne nous est guéres sensi-
ble en cette vie que par la délivrance
du mal. Nous n'avons pas de biens réels
& positifs. Heureux celui qui voit le jour,
dit un aveugle ! mais un homme qui voic
clair , ne le dit plus. Heureux celui qui
est sain, disent les malades : quand ils
font sains, ils ne sentent plus le bonheur
de la santé.

XXVII. L'amour approche les objets. Il n'y a que la charité qui nous puiffe faire entendre l'Ecriture , parcequ'il n'y a qu'elle qui puisse nous donner les mouvemens exprimés par l'Ecriture, sans lesquels on n'y voit rien que de confus d'obscur & de mort. C'est l'ainour qui anime nos pensées & qui les approche de nous. Un Palais vu de loin est comme nue malle confuse, mais en s'en approchant on distingue les objets , on voit des colonnes, des ordres d'Architecture. Quand nous voyons les chofes fans amour, on ne les voit que de loin.

XXVIII.

Trois fortes d'esprits. Il y a des gens propres à trouver des verités, d'autres qui sont propres à trou. ver des images aux verités, comme des comparaisons : d'autres qui sont propres à trouver des verités aux images. Ce font trois caracteres differens d'esprits.

Le premier vient de la lumiere & de la subtilité de l'esprit.

Le second vient d'un feu d'esprit , qni concevant les choses vivement, trouve

par cette vivacité même des comparaisons Thren.2.

pour les exprimer. A qui, dit Jeremie,

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