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Tous comparerai-je, ô fille de Jerusalem? à qui dirai-que vous resemble. Le débore dement de vos maux est semblable à la mer. Cui comparabo te, aut cui affimilabo tego filia Jerusalem? ...magna eft vclut mare con tritio tua.

Le troisiéme ne vient ni de feu ni de fubtilité d'esprit ,mais d'une certaine agilité qui applique la même image à diverses idées de verité qui font dans l'esprit , & qui trouve ainsi facilement celle à qui: elle convient.

XXIX.
Des plaisirs

. Jugement des Esais de

Montagne. Il y a deux manieres de s'abandonner aux plaisirs. L'une brutale, & l'antrephilosophique ; l'une tonte sensuelle, parcequ'elle n'a point d'autre principe que l'attrait des sens ; l'autre raisonnable, parcequ'elle a pour principe la raison, quoique corrompue & dereglée.

La recherche des plaisirs qui ne vient que des sens,

emporte la raison ; mais elle ne l'étouffe pas, &elle est quelquefois allez éclairée pour voir la bassefle de ces plaisirs en même tems qu'elle s'y“ laifle emporter.

Cette pallion brutale a plusieurs remedes dans la nature même. La satieté

qui accompagne la jouissance , produit souvent le dégoût ; la vanité hutmaine nous en détache par le mépris qui est joint à cette forte de vie ; enfin l'interêt , l'ambition, la Philosophie font quelquefois capables de nous en détourner.

Mais la feconde maniere de s'abart donner airx plaisirs est infiniment plus dangereuse, lorsque c'est la raison même qui nous livre aux sens; & c'est ce qui arrive à certains esprits qui ont assez de lumiere pour reconnoître qu'il n'y a rien de solide en tout ce que les hommes eftiment ; & que les grandes charges“, les grans desseins, la science, la réputation, & toutes les autres choses semblables n'ont qu'un faux éclat, & une veritable misere.

Car lorsque l'on demeure dans cette connoislance , que l'on ne s'en sert pas pour penser serieusemeit à une autre vie , elle nous rejette insensiblement dans la vie sensuelle , parceque nous faisant concevoir dia mépris & du dégoût poitr toutes les occupations laborieuses des hommes, & pour la fagelle même confiderée comme bornée dans l'étendue de de cette vie , elle nous fait regarder les plaisirs comnie ayant quelque chose de: plus réel & de plus-solide.

Cest ce que Dieu a voulu dépeindre dune maniere admirable dans plusieurs endroits du livre de l'Eclesiaste. Le Sage y represente d'abord cette premiere recherche des plaisirs qui vient des fens: J'a dit en moi-même, je prendrai toutes sortes de délices, je jouirai des biens.'Di xi ergo

Chap is corde meo, vadam affluam deliciis, & fruar bonis. C'est ce que

la volupté suggere à l'esprit des jeunes gens.

10. Mais lorsqu'ils ont du jugement & du courage, ils s'en dégoûtent aussitôt, & c'est ce qui est marqué par les paroles qui suivent: Et pidi quod hoc quoque eller vani145 reputavi errorem :E1j'ai reconnu que cela même n'étoit que vanité, je l'ai regarde comme une folie.

C'est ce qui leur fait prendre la réfolution de s'appliquer à quelque chose de phis folide: Cogitavi in corde meo abftrahere v. z. à pino carnem meam , ut animum meum transferrem ad fapientiam: J'ai pensé en moimême de retirer ma chair de ces voluptés pour porier mon esprit à la sagese.

Ceft de ce motif que naissent les grans ouvrages : magnificavi opera mea. : les grans bâtimens, ædificavi domos : l'amas des richelles: coacervavi mihi argentum. 7. 8.

Mais ensuite la raison venant à confiderer le peu de fruit qu'elle tire de toutes ces choses, les peines qui les accomfa

elle ra

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gnent, & que tout cela ne la

peint gee rantir de la inort, lorsqu'elle n'est pas éclairée par une autre lumiere , meine l'homme au lieu même d'où elle l'avoit tiré, & elle lui fait embrasler par raison & par desespoir cette vie brutale dont elle l'avoit éloigné.

Quid enim proderit homini de universo labore fuo & afflictione fpiritûs, quâ sub Sole cruciatur?

Cuneti dies ejus doloribus et arumnis pleni sunt , nec per noctem mente requiefcit: & hoc nonne vanitas ? Nonne melius eft comedere es bibere , & oftendere anima sua bona de laboribus fuis ? Car que retirera l'homme de tout son travail, & de L'affliction d'esprit avec laquelle il se tourmente

sous le Soleil? Tous les jours sont pleins .de doulcur & de misere, wil n'a point de repos

dans son ame , même pendant la nuit. Et n'est-ce pas-une vanité ? Ne vaut-il pas mieux manger o boire , & fáire goûter à son ame du fruit de ses travaux?

On peut dire que ce dernier degré comprend tout le livre & tour l'esprit de Montagne. Cest un homme qui après avoir promené son esprit par toutes les choses du monde, pour juger ce qu'il y a en elles de bien & de mal, a eu assez de lumiere pour en reconnoître la fortise & la vanité

Il a très bien découvert le néant de

la grandeur , & l'inutilité des sciences: mais comme il ne connoissoit guéres d'autre vie que celle-ci, ila conclu qu'il n'y avoit donc rien à faire qu'à tâcher de passer agréablement le petit espace qui nous en est donné.

Ainli comme le Saint-Esprit a jugé fi important de nous faire connoître l'aveuglement de noțre raison, lorsqu'elle est privée de la lumiere de la Foi, qu'il a voulu nous representer ses égaremens dans ¡in livre canonique pour nous faire estimer davantage le bien inestimable qu'il nous a fait de nous donner la connoissance du veritable bonheur de l'homme, de même il semble qu'on puisse tirer quelque utilité du livre de Montagne, puisqu'il represente très - naïvement les mouvemens naturels de l'esprit humain, les differentes agitations, ses démarches pleines de tiédeur , & la fin brutale où il le reduit après avoir bien tourné de tous côtés.

Dans ce miserable état l'ame ne s'attache point auxplaisirs par l'estime qu'elle en fait, mais par le mépris & le dégoût qu'elle a de toutes les autres choses. C'est aine espece de desespoir qui l'y porte, & ce n'est pas tant pour en jour, que pour y noyer ses déplaisirs & ses trilter fes.

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