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BELFORT.

Mais fais donc éclater ton fecret mariage.
LE MARQUIS.

Ah! voilà le parti que choifiroit mon cœur ;
Mais il craint, en parlant, d'expofer fon bonheur.
Je vois de tous côtez une affreufe tempête.
De ma Femme, d'abord, la Famille m'arrête.
Ce noeud va lui paroître un outrage mortel:
Elle me poursuivra peut-être en criminel.
BEL FOR Ț.

Je fuis le plus coupable; & fur moi tout l'orage....
LE MARQUIS.

"

Cette crainte pour toi me retient davantage.
Emilie elle-même intimide mes fens.

Je la redoute, Ami, plus que tous fes Parens,
Si je fais cet aveu, je crains avec justice,
Je craïns qu'il ne l'offenfe & qu'elle ne rougiffe
De me voir Poffeffeur d'un bien que j'ai furpris.
Son indignation en deviendra le prix,
Elle va me haïr.

BELEOR T.

On excuse une audace.

Qué l'amour a caufée, & que l'hymen efface.
D'Orville, à cet égard diffipe ton effroi.

Si fon cœur doit haïr quelqu'un, ce sera moi.
Choifi
pour fon Epoux, j'ai cedé fa perfonne,

Voilà ce que jamais le Sexe ne pardonne.
Il vaut mieux près de lui manquer de probité,
Outrager la vertu, qu'offenfer fa fierté.

fa

LE MARQUIS.

Il faut donc me réfoudré à rompre le filence.
Mais par délicateffe encore je balance;
Et je voudrois, avant de la tirer d'erreur
Je voudrois par dégrés m'affurer de fon cœur.
Je crains qu'elle ne t'aime.

BELFOR T.

Pour lui plaire en effet.

On eft affez aimable

LE MARQUIS.

Ma crainte est raisonnable.
BEL FOR T.

Ah! d'un plus jufte foin tu te dois occuper,
Et ton premier devoir eft de la détromper.
Plus tu laiffes ta Femme en cette erreur blâmable,

Et plus, à fon égard, ton cœur fe rend coupable.

LE MARQUIS.

Il eft vrai. Faifons-lui cet aveu de moitié.

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Va, tu me fais pitié.

L'amour fera plus fort, aidé de l'amitié:

Car je n'aurai jamais, moi feul, cette affurance.

BELFOR T.

:

LE MARQUIS.

Je tremble, plus j'y penfe.

BEL FOR T.

Quel cœur pufillanime! Et quel Mari poltron!
LE MARQUIS.

Il n'en fut jamais un dans ma pofition.

7

!!. U

Tu dois, toi qui le fçais, excufer mes allarmes.
D'Emilie, il est vrai, je poffede les charmes ;
Je jouis, comme Epoux, du plus heureux fuccès:
Mais, Milord, comme Amant, je n'ay fait nul progrès;
Et j'ignore comment on prendra mon hommage.
J'en fuis, pour ainfi dire, à mon apprentiffage.
Tes raisons cependant l'emportent fur ma peur ;
Et je vais, de ce pas, lui découvrir mon cœur.
J'entends du bruit. C'eft-elle. Ah!ma frayeur redouble.
Ne m'abandonne pas ; foutien-moi dans mon trouble.
BELFORT.

Bon, Perfonne ne vient, tu te mocques de moy.
Je fuis embaraffé dans le fonds plus que toy.
J'aime en fecret auffi.

LE MARQUIS.

Comment ? ton cœur foupire? BELFOR T.

Non: il brûle gayment, quoi qu'il n'ofe le dire.

LE MARQUIS.

Quel eft l'objet caché ?....

BELFORT.

La Parente...

LE MARQUIS.

BELFORT.

Ne devines-tu pas ?

LE MARQUIS.
Eft-ce d'Emilie ?
BELFORT.

Ouy.

Tu me protégeras, puifqu'elle eft ta Coufine.
Constance est enjouée; & j'ai l'humeur badine.
Nos deux cœurs font unis déja par la gayeté.
Mais parle, fi tu veux que je fois écouté.
Découvrir ton état, c'eft me fervir moi-même.
J'attens qu'il foit connu pour avouer que j'aime.
LE MARQUIS.

De qui?

à part.

Sa fituation eft neuve, & me fait rire.

Cette raison fuffit pour m'enhardir. Vá-t'en.
Ma Femme, pour le coup, paroît... Demeure, atten...
Je tremble à fon aspect.

BELBOR T.

Adieu, je me retire.

ན.,ན་

SCENE

III.

EMILIE, BELFORT, LE MARQUIS. EMILIE à Belfort.

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D'Orville, en attendant, veut vous entretenir.

Il fort en riant.

SCENE I V.

LE MARQUIS, EMILIE

EM ILI Ę.

A Lui plaire, j'ai beau mettre mon soin suprême,

Il m'évite toujours, & ricane de même.

Je suis apparemment ridicule à fes yeux ?

De quatre jours d'hymen, c'eft l'effet merveilleux
LE MARQUIS,

Madame, pouvez-vous concevoir cette idée ?
Je dois, pour mon Ami....

EMILIE.

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