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qui précéde, foit avec celle qui fuit: en forte qu'on prononce ces mots-ci, fayance, théyere, moyen, doyen, &c. comme fi ces mots étoient écrits de cette façon fa-iance, thé-iere, moè-ien, doè ien, &c. où l'on voit qu'un feul i fuffit de quelque façon qu'on écrive ces

mots,

De la voyelle o.

La voyelle o fuivie d'une n, n'a point en françois le fon qui lui eft propre; comme dans le latin fons, pons, &c. elle devient nazale dans, long, rond, &c.; & par le fon qu'on y donne, elle prend une nuance de la voyelle ou. Les Languedociens dont l'idiome ne comporte pas la délicateffe de ces demi-fons, donnent à cet ou affoibli du françois le fon plein & entier de l'ou italien & prononcent en conféquence les mots fond, monftre, onde componition & semblables; comme found, mounftre, ounde, compoundtion, &c. ce qui est une prononciation vicieufe.

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Des perfonnes ont été choquées de voir deux o de fuite dans notre orthographe de certains mots, tels que môourë, nôou, &c. Nous pourrions leur dire d'abord, que le Languedocien étant un langage à part ou à foi & totalement différent du françois; il n'eft pas étonnant qu'il ait fon orthographe particuliere & différente de la françoife on ne querelle point celle-ci, quoique bien plus extraordinaire : ce qui paroît d'ailleurs étrange eft une fuite naturelle du plan que nous nous fommes fait, de peindre notre prononciation fans l'altérer; comme on le fait en françois par l'orthographe établie.

Or il eft certain que lorfque dans une fyllabe languedocienne la voyelle u eft précédée d'une des quatre autres, nous y donnons la valeur de l'u italien; c'eftà-dire, de la voyelle compofée ou ; comme dans nâou, nêou, víou, catiou, lêou, miôou, pôou, &c. & l'orthographe que nous fuivons en cela eft fi bien fondée ou rend fi exactement notre prononciation; que fi au lieu de la voyelle ou nous ne mettions que l'u' fimple en écrivant, nau, neu, viu, catiu, leu, miou, pou, &c. nous défigurerions ces termes, au point qu'on ne fauroit ce qu'ils fignifient, ou bien nous leur donnerions tout un autre sens,

C'est ce qu'on verra clairement dans le premier exem...“. ple des termes déjà rapportés; favoir, môourë & nôou, dont le dernier fait au pluriel nôous; qu'on retranche de chacun de ces mots l'o qui faifoit partie de l'u italien, felon fa prononciation ou, & qu'on écrive, mourë, nou & nous; ils fignifioient d'après notre orthographe; le premier, moudre; le fecond, neuf; le troisieme fon pluriel, neufs au lieu que par le retranchement de l'o mourë fignifiera, mufeau. Nou, fera notre particule négative, & nous, fera un nœud.

Mais, dira-t-on, il fuffiroit d'avertir de la valeur de ru dans ces fortes de cas; comme on l'a fait pour les confonnes ch, jh, gh; nous en conviendrions, s'il n'y avoit cette différence, que nous ne pouvions marquer la valeur de ces confonnes que par un caractere particulier & arbitraire qui leur eft étranger: au lieu qu'il étoit plus fimple d'écrire tout au long l'u italien par ou; ce qui eft bien plus court & point fujet à équivoque. D'ailleurs, on a beau faire avec le Lecteur des conventions qui lui font nouvelles, il les oubliera fi rien ne les lui rappelle à mesure qu'il lit.

S.

TROISIEME

Sur les Diphthongues & les Triphthongues.

UN

NE diphthongue eft un affemblage de deux ou trois voyelles qu'on prononce en une feule fyllabe & qui expriment un fon double; ce qui n'arrive pas toujours en françois où ce qui eft diphthongue pour les yeux, ne l'eft pas toujours pour l'oreille. Tel est, par ex. le mot eau, qu'on prononce comme un o long.

Cet affemblage de voyelles ne contient jamais au-delà de deux fons en françois ni dans la plupart des langues connues de l'Europe elles ne connoiffent point les triphthongues, affez ordinaires dans le Languedocien; comme dans ces mots, miôou; un mulet. leou; je, ou moi. Iuél; œil. Sidou; coi, &c. qui préfentent chacun trois fons bien diftincts prononcés en un feul temps,

qui ne feroient enfemble qu'un feul pied dans un Vers. Nous avons auffi des fyllabes qu'on peut appeler Tẻtraphthongues; puifqu'elles fonnent quatre fois en un feul temps, comme iuei; aujourd'hui, & cadiueiffo; coffe de légume, qui eft un mot triffyllabe, puifque diueis n'en fait qu'une : mais les Tétraphthongues auxquelles nous ne nous arrêtons pas, parce qu'elles font très-rares, ne font pas moins une vraie & unique fyllabe; puifqu'on les prononce en une feule émiffion de voix, qui fait entendre diftinctement le fon de quatre voyelles.

On obfervera à l'égard des Triphthongues des mots précédens, miôou, ikou, fiâou, que le dernier membre qui eft cu, ne formant qu'un fon fimple & permanant, par la feule ouverture de la bouche, n'eft compzée que pour une voyelle fimple; & qu'elle n'eft compofée que pour les yeux, ou par l'orthographe.

Les Diphthongues languedociennes différent des françoifes par la combinaifon de leurs voyelles & par la maniere de les prononcer: deux carecteres tellement propres à nos Diphthongues, qu'on ne les trouve point dans celles des autres langues modernes, formées en partie des débris de la latine & en particulier dans le françois.

Les combinaifons fuivantes ne fe trouvent point dans cette derniere langue; favoir, âcu, dans barâou. ôou, dans môourë. Vié, dans cuier. Ióou, dans biôou. Iâou, dans fiâou. Iêi, dans paliêiro. tou, dans sioula, & sënëpiou, &c. Nous en donnerons une lifte plus étendue à la fin du fuivant paragraphe, à côté de laquelle nous joindrons la prononciation françoise pour en montrer la différence.

La prononciation est toujours réglée en languedocien fur la valeur propre des voyelles dont les Diphthongues & les Triphthongues font compofées : on n'y voit point comme en françois de ces orthographes fauffes & inutiles, qui donnent des peines infinies aux enfans & aux étrangers; & qui mettent bien des fois dans la néceffité d'oublier comme on écrit, pour favoir comme on doit prononcer.

Une Diphthongue françoife prend fouvent le fon d'une fimple voyelle, qui lui eft étranger: en forte que ce qui eft Diphthongue pour les yeux l'eft rarement

pour l'oreille. C'est ainsi que, ca, par ex, a le fon de Pa dans, il mangea. Ai, le fon de l'e dans faire. Ei, oi, le fon de l'e, dans Seigneur, dans foible. Ui, le fon de l'i dans, vuide & fes compofés. Eau, au, eo, le fon de l'o, dans tableau, auteur, geolier, de l'eau. Eu, le fon de l'u dans, gageure, piquûre, j'ai eu, &c. Oe, le fon de l'e dans les noms propres Edipe, Enone 2 Eta. Il arrive de là qu'un Languedocien qui n'est point exercé dans la pratique de ces regles, ou de leur exception, prononcera la plupart de ces mots de la façon fuivante, donnez-moi un verre d'e-o, la tragédie d'O-édipe, j'ai e-u la fiévre, &c. & ne paffera pas pour un beau difeur à beaucoup près.

On remarquera en paffant, qu'il eft rare que la Dipht. eu ait en françois le fon de l'u, comme dans gageure : il est plus ordinaire qu'elle en prenne un moyen entre l'e & l'u, comme dans, feu, peu, &c. Eu devient alors une véritable voyelle compofée, qu'on prononce d'une maniere fourde & confufe, inconnue en languedocien : lorfque nous avons à la prononcer dans les mots françois, il nous eft plus naturel ou plus commode (par la raifon qu'on a vu ci-dessus, au sujet de la voyelle ● ) d'y donner le fon de l'u pur. Ainfi nous prononçons, auteur, peur, cœur, bonheur couleur, beurre, &c. cur, bonur, coulur, pur bure &c. Mais quelquefois auffi la crainte d'une faute nous jette dans une pire, & nous disons au contraire, un teurc. une pleume, du vin peur, &c, au lieu de turc, plume. pur, &c.

comme otur

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Ceux qui ne font habitués, tels que les Parifiens, qu'à la prononciation françoife, fuivant laquelle on change une Diphthongue en une fimple voyelle, portent cette fauffe prononciation dans notre languedocien qui n'en a que de vraies, & qu'ils défigurent d'une façon rifible, lorfqu'ils cherchent à le parler. (a)

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(a) Nous leur paffons cette plaifante bigarrure du ton de leur langue avec le nôtre; parce qu'il leur eft naturel. Mais on ne pardonne point à un Languedocien, qui pour avoir été quelques mois à Paris, s'avife à fon retour de francifer, ou plutôt de baragouiner fa langue maternelle; comme s'il en avoit oublié la prononciation, ou qu'elle lui fût étrangere, ou qu'enfin il y eût à rougic

Les diphthongues fur lefquelles ils fe trompent le plus fouvent & qui font leur défefpoir; lorfqu'ils s'efforcent de les prononcer comme nous, font celles dans lefquelles les voyelles a, é, o, u, font fuivies d'un iz telles que les diphthongues ái, éi, ôi, oúi, des mots, máiffo, fâiffo, pêiro, foirë, botira, dans lefquelles comme nous l'avons déjà dit, nous faifons fonner Pi comme les Italiens dans, guai, lei, poi, & les Grecs dans arneomai, arkein, koiman, où l'i retient le fon qui lui eft propre, fans devenir cependant ï tréma: prononciation qu'on avoit cru anciennement conferver, ou caractériser en françois par l'orthographe, en rendant la voyelle i de ces diphthongues par un y-grec; comme on en voit des reftes dans l'orthographe des noms pro pres, Ceylan, Bey d'Alger, Aymar, Vayfe, Bayle, qu'on écrit encore de cette façon : ce qui eft un témoi gnage de l'ancienne prononciation françoife de ces mots, toute pareille à la nôtre & dans laquelle l'i de ces diphthongues retient le fon qui lui eft propre.

Cette voyelle n'eft au furplus regardée que comme une appendice de celle qui la précéde & dont elle fait partie c'est la premiere qui a le fon principal de la diphthongue; c'eft fur elle qu'on appuie, en coulant rapidement & fourdement fur l'i qui la fuit. Et c'eft pour avertir d'une prononciation aujourd'hui fi étrangere au françois que nous avons toujours furmonté d'un chevron la voyelle qui précéde l'i des diphthongues pareilles à celles des mots précédens, mâiffo, fâiffo, peiro, fôirë, boûira; dans lefquels la prononciation de l'i quoique tranfitoire & fugitive, ne perd pas le fon qui lui eft propre. Voy. les articles, mâizo & rôi.

C'est par une fuite de ce changement arrivé dans la prononciation françoife, qu'on y prononce les mots languedociens déjà cités comme s'ils étoient écrits, meffe, feffe, pere, frere, &c. fans y faire fentir le fon

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d'être de fon pays, d'en parler la langue & de la prononcer.

On feroit tenté, pour remettre ces prétendus Parifiens fur le ton de leur idiôme, de les traiter comme fit Pantagruel, le jeune Limousin, qui venoit, difoit-il, de l'alme & inclite cité de Lutece. Perfonne n'eft la dupe d'une affectation toujours déplacée; & l'on court risque de se donner un ridicule en pure perte,

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