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ferviront un jour, à l'enrichir; il fuffira qu'ils foient connus pour que l'ufage les y faffe paffer.

A l'égard des termes languedociens qui expriment des chofes propres à ce pays-ci; tels par ex, que Bajhano, Cadis, Pourêto, Përaldou, &c. il étoit inutile de les rendre d'une autre façon, ou de chercher d'autres expreffions les noms fous lefquels ces chofes font connues, quelque étrange qu'ils foient, font de toutes les langues les marchandises qui nous font venues d'Afie ou d'Amérique, ont retenu en France leurs noms Indiens ou Iroquois : la feule chofe qu'on puiffe fur cela fe permettre; c'est tout au plus quelques légers changemens dans la prononciation, pour en adoucir la rudeffe, & la plier aux fons & aux inflexions de la langue françoife.

Nous ne fommes pas toujours attachés à mettre pour fujets de nos articles l'efpece de mots qui n'ont que peu d'analogie avec le françois : nous en avons employé quelquefois de pur françois, uniquement pour avertir qu'ils l'étoient; & quelques-uns qui n'étoient languedociens que par la terminaison, ou par la maniere de les prononcer il fuffifoit que ces derniers nous donnaffent l'occafion de faire remarquer une construction vicieuse de révéler un folécifme, ou quelqu'autre défaut pareil, pour qu'ils duffent entrer dans ce recueil dont le but principal eft, D'AIDER A PARLER CORRECTEMENT LE FRANÇOIS CEUX DE NOS COMPATRIOTES QUI N'ONT PAS FAIT UNE ÉTUDE PARTICULIERE DE CETTE LANGUE (a).

Un des moyens le plus propre pour y arriver, étoit de rendre le Lecteur attentif fur les fautes qu'il commet, en les lui mettant fous les yeux : c'eft pour cela que lorfque nous en relevons quelqu'une; pour rendre le corrigé plus fenfible, nous ajoutons à l'expreffion françoife celle qu'il faut éviter. C'est ainfi, par ex. que fur

(a) Quoique ce Dictionnaire ne foit pas fait, comme on voit, pour apprendre à perfonne le Languedocien; il réunit cependant à fon but principal cet autre avantage, de donner l'intelligence de Ros termes les plus difficiles aux habitans des Provinces françoifes; à ceux entre autres qui venant s'établir chez nous ont quelque intérêt d'apprendre, quoiqu'imparfaitement, une langue populaire, auffi étrangere à la leur, que puiffent l'être celles des États qui confinent nos Provinces.

le mot languedocien Sacrëftâno; en françois, Sacriftine, nous ajoutons; & non, Sacriftaine, que prefque tous les gens de Lettres de ce pays-ci prenoient pour le terme françois avant la premiere édition de ce Dictionnaire.

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Cette formule qui revient fouvent dans cet Ouvrage étoit fans doute une précaution inutile pour certains Lecteurs mais c'étoit un moyen de faire appercevoir de leurs méprifes ceux qui ne fe doutent pas d'en faire de fréquentes dans le difcours. Les Dictionnaires ne les avertiffent point affez. Ils paffent rapidement fans aucun profit les articles qui les touchent perfonnellement.

Pour s'appercevoir de ces méprifes, il ne faut pas recourir à cet Ouvrage.ci comme aux autres Dictionnaires, qu'on fe met à feuilleter, pour s'éclaircir feulement pour un mot. Les perfonnes que nous avons en vue ont bien autre chose qu'à confulter fur un mot: familiarifés dès l'enfance avec un françois mêlé de barbarifmes, de folécifmes, de termes impropres & de prononciations les plus vicieufes, s'autorifant même de l'exemple des gens. lettrés du pays, à qui ces fautes font familieres & des livres mêmes, qui pour être imprimés, n'en font pas toujours plus exempts; peuvent-ils avoir des doutes fur celles dont leur langage fourmille? Ceux qui font en état de les redreffer en rient tout bas, fans ofer les avertir : il faut être bien ami de quelqu'un pour lui donner de pareils avis, fans en être prié; encore y a-t-il des ménagemens à garder pour ne pas bleffer l'amour propre.

Nous ne voyons pour eux qu'un moyen de fe défabufer & de s'inftruire dans le moins de temps poffible: ce moyen qui demande de la patience & du courage, feroit de parcourir en entier ce Dictionnaire, en ne s'arrêtant qu'aux articles de leur idiôme; ce qui abrégeroit environ les deux tiers du travail, & de faire à mesure un relevé des fautes où l'on fe reconnoîtroit, pour y jeter les yeux de temps à autre.

Nous avons fuivi la même méthode ; c'eft-à-dire, de mettre la faute à côté du corrigé, pour une autre espece de gafconifme moins apparent & qui fe gliffe par cela même plus aifément dans le difcours : nous parlons de ces phrafes dont tous les termes font françois; mais qui péchent par le tour languedocien. Nos articles nous ont fourni de fréquentes occafions d'en rapporter des exemples, & nous avons toujours placé ces phrafes pré

tendues

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tendues françoises à côté de celles que la langue françoise peut avouer.

Il y a enfin beaucoup de termes que l'Auteur du Manuel Lexique avoit promis de donner, mais fans tenir fa parole, & dont nous fouhaitions d'enrichir notre Recueil; favoir, les termes d'art d'un ufage fréquent dans la conversation, & qui font ignorés du commun des lecteurs; de ceux même chez qui le françois eft la langue vulgaire; on a recours pour s'énoncer, lorfqu'il en eft question, à des périphrafes, ou à des mots vagues, tels que, chofe, machine, drogue, &c. qui malgré les gestes dont on les accompagne n'expriment qu'à peine ce qu'on veut dire & ne fervent qu'à marquer l'embarras de celui qui les emploie.

Lorfque nous avons manqué de mots languedociens, qui euffent pu nous fervir de texte pour placer ces termes; nous les avons amenés, autant qu'il a été poffible à la fuite d'autres articles auxquels ils étoient étrangers, fans trop nous affujettir à le faire toujours d'une façon naturelle: cette attention nous eût jeté dans des détours qui auroient inutilement groffi cet Ouvrage : il a fallu facrifier cette forte d'agrément à l'envie que nous avions d'abréger.

C'est dans cette vue que nous avons fouvent omis ce qu'on peut trouver dans les Dictionnaires faits fur un plan à devoir tout embraffer. Nous nous fommes contentés quelquefois de mettre un exemple, au lieu d'une définition. Et nous n'avons pris fouvent d'un mot languedocien qui fait le fujet d'un article, 'que la moins connue de fes fignifications; obfervant d'omettre celles qui étant triviales, n'entroient pas par cela même dans la tâche que nous nous étions impofée. Cette obfervation bien entendue préviendra bien des difficultés qu'on pourroit nous faire, fi l'on jugeoit de ce Dictionnaire par ceux qui font entre les mains de tout le monde.

Nous ne nous flattons pas cependant de nous mettre entiérement à l'abri, & nous prévoyons que certains lecteurs d'un goût difficile ne trouveront peut-être pas toujours dans les termes françois l'énergie qu'ils croient entrevoir dans le Languedocien qu'ils expliquent : mais nous les prions de faire attention, qu'une exacte correspondance entre deux langues très-étrangeres l'une à l'auTome I. b

tre, n'eft pas toujours praticable qu'il fe peut faire d'ailleurs, qu'étant moins verfés dans le françois que dans leur langue maternelle, ils foient plus touchés des délicateffes & du tour de celle-ci, ou que par un intérêt patriotique, ou une forte de jaloufie de langage, ils cherchent à mettre de l'énergie & des beautés dans les termes les plus fimples & les plus communs.

En cherchant au reste à écarter les reproches qu'on pourroit nous faire à cet égard, nous fommes bien éloignés de penfer que cet Ouvrage ne péche d'ailleurs par d'autres endroits; & qu'il ne prête beaucoup à une jufte critique: il est tout naturel qu'il y ait non-feulement beaucoup de négligences dans une auffi grande ‚variété d'articles: mais qu'il s'y foit même gliffé des fautes du genre de celles que nous avions pris à tâche de relever; telles que des gafconifmes: mais nous efpérons que s'il nous en eft échappé quelqu'un, on fera d'autant plus difpofé à nous le paffer, fi l'on fait réflexion, qu'il n'y avoit qu'un homme de cette Province long-temps habitué à l'idiôme du pays, qui fut en état d'entreprendre cet Ouvrage : & qu'il eft bien difficile qu'ayant contracté une pareille habitude; on ne s'y laiffe quelquefois entraî ner; ou que le langage françois n'ait dans cette occafion des restes de l'idiôme gafcon & ne fente un peu le terroir tant, dit la Fontaine, le naturel a de force!

Si nous n'avons pas toujours réuffi à nous garantir de ce levain, nous aurons l'avantage d'avoir ouvert une car. riere où les gens de letttes de notre Province pourront s'exercer avec plus de fuccès. Nous y avions exhorté dans notre premiere édition ceux qui s'intéreffent au progrès des lettres dans leur pays : nous les invitions à faire chacun dans le canton qu'ils habitent des recueils dans le goût de celui-ci, & de mettre leurs Compatrio tes à portée de profiter de leur travail; nous ajoutions qu'on pourroit un jour avec de pareils matériaux avoir un ouvrage tout autrement intéreffant que ce premier effai que nous leur préfentions: mais cette invitation a eu l'effet ordinaire de celles qui font générales; elle n'a rien produit.

Nous venons d'expofer ce qui fait l'objet principal de cet Ouvrage; ce qu'il y a de plus n'en eft que l'acceffoire tels font les termes du vieux Languedocien qu'on

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trouve dans d'anciens titres; (4) ou ceux qui ne font en ufage que chez l'habitant des campagnes éloignées des villes. Le vieux langage s'y eft mieux confervé dans fa pureté que dans celles-ci, où il est mêlé de mots françois déguifés, ou corrompus; ce qui influe fur le françois même qu'on y parle, tout auffi altéré que le languedocien du peuple & des honnêtes gens. La fignification des anciens termes de l'idiôme propre au pays s'y perd de jour en jour, avec le terme lui-même, par le non-ufage: les campagnes fuivront de loin le train des villes. Et il y a toute apparence que les termes qui font aujourd'hui les plus ufités auront dans un ou deux fiecles le même fort, ou tomberont dans l'oubli, fi un Ouvrage tel que celui-ci ne les en fauve : les uns & les autres ferviront peut-être, comme ceux du Dictionnaire Bas-breton, à ceux qui font des recherches fur l'origine des langues & en particulier fur celle de beaucoup de mots françois qui dérivent visiblement de notre idiôme mais ce qui eft bien plus important; ils feront de quelque fecours à ceux qui s'appliquent dans notre Province à déchiffrer & à traduire les anciens titres latins.

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Il n'eft pas rare de trouver dans ces titres des termes d'un latin qui n'en a que l'apparence, étant calqués fur le langage vulgaire des temps qui ont précédé le regne de François I. Les Notaires qui en dreffant un acte de ce temps-là avoient à mettre en latin un terme languedocien fur lequel leur vocabulaire ou leur protocole étoit

(a) Nous dirons à ce propos que nous avons eu occafion de parcourir parmi de vieux titres, deux manufcrits du XII. fiecle; dont l'un eft un rouleau en parchemin intitulé, Las Coftumas de la Villa d'Aleft; l'autre eft une traduction du Nouveau Teftament qu'on croit avoir été à l'usage des Vaudois & qui eft terminée par une espece de liturgie d'un genre tout particulier; cette traduction eft écrite dans un volume en beau vélin ; monumens précieux l'un & l'autre de la langue Romance, ou ancien Languedocien de ce temps, en ufage dans nos Provinces.

Nous avons cru que les curieux de cet ancien langage verroient avec plaisir les différens extraits, ou les fimples phrafes que nous avons rapportées à l'occafion d'un terme qui en faifoit partie, Nous avons rendu le plus fouvent en latin les paffages du Nouveau Teftament, comme étant plus adapté au roman que nos traductions françoifes. C'eft par-là qu'on diftinguera les extraits de cette feconde piece, lorfque les fujets qui y font traités laifferoient fur cela quelque doute.

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