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MONSIEUR B...

DE LA MAGIE.

PREMIERE LETTRE.

M

J'ai reçû la Lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Vous me marquez que depuis L'entretien que nous eûmes chez

A

ONSIEUR,

Monfieur R... à l'occafion de la découverte que Jacques Haimar devoit faire des meurtriers, des eaux, & des bornes des terres; la curiofité vous avoit porté à l'étude de la Magie.

Vous me demandez ce que je penfe de cet Art, des Pactes que les Magiciens font avec les Démons, des moïens dont ils fe fervent pour évoquer ces intelligences, des Livres qui en traitent, & notamment des Clavicules de Solomon, & du Grimoire du Pape Honorius, dont vos curieux font tant de cas, & que Vous cherchez avec tant d'empreffement.

Je n'ai point, Monfieur, d'autre réponse à vous faire, que celle que je vous ai faite dans les converfations particulieres que nous avons euës autrefois fur la Cabale & fur les Sciences qu'on

appelle fecretes. Je vous ai fait connoître le ridicule de cette forte de Magie qui fait aujour d'hui tant de bruit dans le monde; la vanité de certains prétendus Pactes & Conjurations magiques, l'imposture des Magiciens, l'im pertinence de leurs Livres, la fuppofition des Clavicules qu'on attribuë à Salomon Roi d'Ifraël, & du Grimoire dont on fait Auteur le Pape Honorius: Je vous ai fait voir que dans ce que difent & ce que font les Partisans de cet Art diabolique, il n'y a fouvent qu'illufion, fourbe, fuperftition, impieté, idolâtrie.

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Je vais vous en retracer l'idée, & pour ne point faire de confufion, je vais commencer par la Magie des Anciens afin que vous connoiffiez combien elle étoit differente de celle d'aujourd'hui, & que vous ne con

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fondiez pas les Mages qui en fais foient profeffion avec les Magi

ciens.

J'aurai l'honneur de vous dire, Monfieur, que la Magie étoit en grande veneration chez les Anciens; qu'ils la regardoient com me la premiere & la plus noble des fciences; comme la fcience de Dieu, & de la nature des Loix divines, & des Loix humaines; qu'ils lui donnoient le nom de Sageffe, & qu'ils honoroient du nom de Sages, ou de Mages ceux qui la profeffoient.

La Magie ne s'enseignoit point publiquement, comme l'on fait aujourd'hui dans les Ecoles, les Arts & les Siences; on n'admettoit à cette étude, que des perfonnes diftinguées par leur mé rite, qui fe rendoient dignes d'être initiées aux mysteres de la Religion, & dans les fecrets de la Philofophie.

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Les Mages étoient regardez comme des hommes extraordinaires, refpectables par leur vertu, par leur doctrine, par leurs actions, & par les prodiges qu'ils faifoient; ils paffoient pour des gens infpirez & animez de l'efprit de Dieu, gens pour lesquels la nature n'avoit rien de caché.

La Magie a pris naiffance chez les Chaldéens, felon quelques Auteurs, & felon d'autres chez les Perfes. L'on en attribuë l'invention à Zoroastre, foit qu'il l'ait inventée effectivement, ou qu'il en ait été le Restaurateur, ou qu'il ait été le premier à en écrire.'

Cette fcience a paffé des Chaldéens, ou des Perfes chez les Egyptiens; des Egyptiens chez les Hebreux, & chez les Grecs; & des Grecs chez les autres Nations. Chaque Peuple a eu fes Mages, Les Prophetes, qui fe font diftin-

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