Imágenes de páginas
PDF
EPUB

des plus grands vainqueurs : le Général est le premier soldat ; M. de Mirabeau a nommé le Roi de Prusse le Roi des soldats : Romains, dit Sextius, entendezvous les menaces que Poftumius fait à ses soldats, comme si c'étoient des efclaves.

Hist. Rom. tom. II, pag. 325.

Bien loin que ce rang fût abjeet & un état de servitude chez les Romains, le simple soldat pouvoit , en passant fuccefsivement

par

différens degrés, arriver jufqu'au Consulat ; il avoit, en entrant dans la carriere des armes , l'agréable perspeca tive d'envisager dans le lointain les premieres charges de l'Etat & de l'Armée, comme autant de récompenses auxquelles il pouvoit aspirer.

Cette considération, cet espoir , ce soin de mettre la vertu & le mérite en honneur, de leur laisser toujours ouverte la voie la plus naturelle , furent le véritable caractere de la république Romaine ,

و

& le moyen qui contribua le plus efficacement à sa grandeur. C'est par-là qu'elle relevoit le courage

des moindres citoyens, qu'elle les intéressoit à la gloire & au succès des entreprises, & qu'elle en faisoit autant de Héros.

Les Tribuns du peuple se plaignant de ce que les Plébeïens se trouvoient depuis quelque tems exclus des charges, disoient avec raison, que ce sont les grands hommes qui font les grands courages , qu’aucun Plébeïen ne se mépriseroit lui-même, s'il cessoit d'être méprisé. « Amis, leur » dit Valere , ce ne sont pas mes paroles » que je vous exhorte à suivre, mais bien » mes actions; ce n'est point aux cabales » usitées parmi les Nobles , mais à ce » bras, que je suis redevable de trois » Consulats & de la gloire où je suis » parvenu. Il a été un tems où l'on pou» voit dire : Quelle merveille ! vous étiez » Patricien , & defcendu des libérateurs » de la patrie , & le Consulat est entré » dans votre famille la même année que » cette ville a commencé à avoir des » Confuls. Maintenant le Consulat nous » est ouvert à tous également, aux Plé» beïens, comme aux Patriciens. Il n'est » plus le fruit de la naissance , mais du » mérite. Vous devez , soldats , porter » vos vûes jusqu'aux premieres dignités

Hift. Rom. tom. III, pag. 66.

».

En effet la profession militaire , & toutes les familles qui fournissoient des guerriers , fans aucune distinction entr'elles, ( malgré l'inimitié & les fréquentes querelles de Sylla & de Marius), étoient en aussi grand honneur chez les Romains que dans l'Egypte , où immédiatement après les familles sacerdotales, celles qu'on eftimoit les plus considérables, étoient les familles destinées aux armes.

La République ne permettoit aux personnes libres que deux professions, la guerre & l'agriculture ; elle ne sépara jamais ces deux emplois, mais les joignit constamment ensemble. Les premiers Romains étoient tous laboureurs ,. & les laboureurs étoient tous soldats. Le labour , qui faisoit leur occupation ordinaire, les préparoit merveilleusement aux exercices militaires. Nulles 'fatigues , dit Seneque , ne rebutent des mains qui pafsent de la charrue aux armes : Nullum laborem recusant manus quæ ad arma ab aratro transferuntur.

Senec. Epist. 51.

« Messieurs, disoit un ancien Centurion » au peuple , je m'appelle Sp. Ligustinus. » Je suis de la Tribu Crustumine, du pays » des Sabins. Mon pere m'a laissé un ar

pent de terre & une petite cabane où

je suis né & vù j'ai été élevé, & j'y » habite actuellement. Dès que je fus en » âge de me marier , il me donna pour » femme la fille de son frere ; elle ne m'a » apporté pour dot que la liberté , la » chasteté, & une fécondité suffisante pour » les plus grandes maisons. Nous avons » six fils ; & deux filles , mariées toutes

و

» deux. De mes six fils , quatre ont pris » la robe virile, & deux portent encore » la robe de l'enfance. J'ai commencé à » porter les armes sous le Consulat de » P. Sulpicius & de C. Aurelius. J'ai » servi deux ans en qualité de simple sol. » dat dans l'armée qui fut employée en » Macédoine contre le Roi Philippe. La » troisieme année, T. Quintius Flami» nius, pour me récompenser de mon » courage, me fit Capitaine de Centurie » dans le dernier manipule des Haftaires. » Je fervis ensuite comme volontaire en

Espagne sous le Consul M. Porcius Ca» ton ; & ce Général , fi jufte estimateur » du mérite , me jugea digne d'être mis » à la tête du premier manipule des Hal»taires. Je redevins encore une fois soldat » volontaire dans l'armée qu'on envoya » contre Antiochus & les Etoliens, & ce » fut en cette guerre que Manius Acilius » me fit premier Centurion du premier

manipule des Princes. J'ai fait encore » depuis plusieurs campagnes , & dans un

« AnteriorContinuar »