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E qu’un corps fpherique de quelque gran

deur qu'on le suppose, puisse éclairer tout entier un autre corps spherique ; l'optique nous apprend qu'il n'en peut éclairer qu'un peu plus de la moitié.

Mais la sagesse du Créateur éclate sur tout dans cette ligne qu'il a marquée au soleil pour

ses revolutions, & qu'il a menagée avec tant d'intelligence que cet astre suffit à éclairer successivement toutes les parties de la terre ; nous nommons cette ligne l'écliptique. Or il n'y avoit pas d'autre maniere de produire le même effet. Supposons d'abord que le soleil marche sur une ligne droite, & plaçons cette ligne sur l'équateur, ou fur quelqu'un des cercles qui lui sont paralleles ( car si nous la placions ou dans les meridens , ou dans les colures, outre que le mouvement de l'orient à l'occident seroit renversé, c'est qu'il en resulteroit les mêmes inconve, niens) le soleil dans cet hypothese ne fe montreroit qu'à l'un des deux poles, c'està-dire au pole qui en seroit le moins éloigné; & lá il feroit un jour perpetuel, tandis

que le pole opposé seroit abandonné à une éternelle nuit. L'un seroit brûlé par des chaleurs sans fin, l'autre sentiroit les rigueurs d'un froid perpetuel, Et ce défaut d'alternative empêcheroit la production de toutes choses, ou les décruiroit, Suppofone

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en second lieu que le soleil parcoure l'é. quateur, en ce cas ceux qui ont le pole pour zenith, n'auroient ni lumiere ni obscurité parfaite, car il entrecouperoit leur horizon, ou plutôt il causeroit une nuit érernelle. Car bien qu'il entrecoupât cet horizon pár rapport à l'horizon rationel qui partage le globe en deux hemispheres, il ne seroit point visible par rapport à chaque horison particulier. En effet si l'on peut ajouter foi à ce qu'assurent des témoins oculaires, qu'à cause de la convexité de la terre , l'oeil de l'homme situé fur l'é. quateur ne peur découvrir les poles, il (uit de là que placé aux poles il ne pourroit appercevoir le soleil sur l'équateur. Ainsi toutes les regions situées près des poles éprouveroient une sterilité perperuelle, car le soleil ne luiroit sur elle quh'orizontalement, ou du moins dans un degré d'élevation qui seroit inucile. D'ailleurs le soleil feroit bien le jour & la nuit pout ceux qui habiteroient sous l'équateur, mais il ne varieroit point leurs saisons. Comme il ne s'éloigneroit jamais d'eux, ils auroient un été perpetuel, & la cerre ne produiroit rien pour eux ni pour leurs antipodes. Ainsi ces terres ne seroient point habitables, comme la plûpart des anciens se l'étoient persuadé.

Enfin, si le soleil avoit parcouru l'é.

non pas

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quateur, de quelque maniere qu'on fe l’imagine , il auroit bien fait les jours, mais

les années ;: car il n'auroit point eu ce double mouvement que nous lui arı tribuons, l'un de l'orient à l'occident qui fait les jours ; l'autre de l'occident à l'orient qui sert à mesurer les années. En effet suivant la veritable aftronomie les poles de l'équateur sont les mêmes que ceux du premier mobile. Or il eft impolfible que ces deux mouvemens dont les termes sont opposés se faffent en même tems sur un même cercle & dont les poles seroient les mêmes. Mais toutes ces difficultés s'évanouissent, si nous donnons 'au soleil un mouvement oblique dans son cours annuel, & que nous supposions qu'il parcourt les poles du zodiaque qui sont éloignés de 23 degrés & demi des poles de la terre. D'où il relulte

que

fon mouvement devoit être oblique, & ne pouvoit se faire sur un cercle parallele à l'équateur, ou sur l'équateur même.

Indiquons maintenant les inconveniens qui seroient arrivés, si le soleil s'étoit détourné de la ligne oblique où la sagesse du Créateur la placé. Si cette obliquité en

premier lieu avoit été nioindre; li par exemple au lieu d'être de 23 degrés & demi, elle n'avoit été que de douze ou de treize degrés, la vicissitude des saisons, fi necef faire pour la production de toutes chofes eût été trop courte , les faisons se feroient suivies de trop près ; & pour certains climats, ç'eût été presque comme s'il avoit parcouru l'équateur. D'un autre côté fi l'obliquité avoit été plus grande , de 40 degrés par exemple, plusieurs parties de la terre n'auroient pu soutenir la disproportion que le grand éloignement du soleil auroit mise dans les faisons. Ici l'été auroit eu des chaleurs insupportables , & l'hiver des froids excessifs ; là l'été auroit manqué de chaleur , pendant qu'en d'autres climats il eût été brûlant. C'est ce qui seroit arrivé aux régions situées sous le tropique du cancer, comme une partie de l'Espagne, l'Allemagne située dix degrés au de là, & partie de l'Angleterre, qui auroient eu des écés semblables à ceux de la Mauritanie ; car ils auroient eu quelquefois les soleil dans leur zenith ; mais ils auroient aussi éprouvé des hivers pareils à ceux des peuples qui habitent au delà du pole arctique, car alors le soleil eût été éloigné d'eux de plus de 80 degrés. De plus, certaines régions auroient eu des écés fort temperés, & des hivers extrêmement - rigoureux. Tels auroient été ceux qui habitent vers le deux ou troisiéme degré du pole arctique, parce que le soleil étant éloigné d'eux de plus de cent degrés ne se le

roit point montré sur leur horison ; car de quelque maniere que l'on place un corps spherique, il ne pourra découvrir aucune étoile dans un plus grand éloignement que de 90 degrés, qui est la distance de chaque zenith à son horison. Si donc l'obliquité de ce cercle avoit été moindre, à peine eut-on distingué les saisons, & si elle avoit été plus grande, le contraire seroit arrivé.

Pour ce qui regarde la situation du soleil dans cette ligne oblique, il est certain que s'il avoit été placé dans un autre orbe, il y auroit des inconveniens à peu près semblables. S'il avoit été placé dans l'orbe de la lune, l'année n'auroit été que d'un mois, car dans cet espace de tems il auroit parcouru toutes les parties de l'é cliptique ; d'où il seroit arrivé que les faisons se confondant dans un espace si borné, il n'y auroit point eu de production. D'ailleurs cette proximité du soleil eût été in• Supportable à tous les habitans du globe terrestre. Car s'il est vrai, comme plusieurs astronomes l'assurent, que le sentiment de la chaleur dépend des differens points de l'orbe du soleil, & que dans son apogée, c'està-dire au signe du cancer sa chaleur est moindre que lorsqu'il est dans son perigée c'est-àdire au signe du capricorne, il est évident

que

si le soleil étoit placé dans un orbe inferieur, on ne pourroit en soutenir Tome II,

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