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forts pour prouver que la terre étoit bien peuplée & habitée au loin avant le deluge. Nous n'employerons, au reste, que les preuves qui sont manifestement contenues dans les livres saints, comme la longue vie des hommes qui vivoient avant le deluge, & le tems qui s'est écoulé depuis la création jusqu'au deluge.

Nous demandons d'abord qu'on nous accorde que bien que Moysene nomme qu'un petit nombre de personnes , nous devons présumer qu'il y en avoit un plus grand , & que quand il ne nomme que dix personnes dans la genéalogie de Seth, nous ne devons pas nous imaginer qu'il n'ait point eu en effet d'autres descendans. Les livres saints ne s'attachent bien précisément qu'à la race d'où les juifs, & par eux le Messie devoient fortir. Ils commencent cette genéalogie par Noé, & la conduisent jusqu'à J.C. Or il eft clair que cette race contenoir un bien plus grand nombre de personnes que celles qui sont nommées ; car il est dit d'eux tous qu'ils engendrérent des fils & des filles. Et quoiqu'on lise qu'ils étoient déja avancés en âge quand ils engendroient , les personnes nommées les plus jeunes d'entr'eux ayant alors plus de 65 ans, cela ne prouve point qu'ils n'eussent pas eu des enfans auparavant

,
cela
prouve

seulement qu'ils n'en avoient point d'autres de qui

les juifs dufsent descendre. Car avant qu'il foie dit qu'Adam engendra Seth à l'âge de 130 ans, Moyse avoit déja dit que Caïn avoit connu sa femme, laquelle apparemment étoit fille d'Adam , & qu'il en avoit eu un fils. Ainsi nous pouvons raisonnablement conclurre qu'il y avoit déja un certain nombre d'hommes sur la terre, lorsque Caïn tua son frere Abel; & l'on ne doit point aggraver fon crime par la raison qu'ils n'étoient encore que quatre, comme on le fait communément , & de ce que

dit Adam à l'occasion de la naissance de Seth, Dieu m'a suscité une autre lignée à la place d'Abel, on ne doit pas en conclure que depuis la mort d'Abel il n'avoit point eu d'enfans; cela fignifie seulement qu'ils n'étoient pas destinés à être la race sainte d'ou sortiroit le Sauveur du monde, l'antitype d'Abel.

La premiere preuve sur laquelle nous établissons notre opinion que la terre étoit bien peuplée avant le deluge, c'eft la longue vie des premiers hommes , laquelle s'étendoit depuis six jufqu'à sept ou huit & même neuf cens ans. Et pour concevoir combien cette longue vie devoit contribuer à la propagation des hommes , il ne faut que refléchir sur les deux causes ordinaires & principales de la multiplication de toutes les especes; l'une, que plusieurs

animaux foient produits à la fois, ou, ce qui revient au même, que leur production foit frequente dans une vie courte ; l'autre une longue vie , qui leur donne occasion de multiplier par eux-mêmes leur espece , & de la voir multiplier encore par ceux qui sortent d'eux.

Nous rangerons dans la premiere classe tous les animaux qui se reproduisent par des æufs, comme les oiseaux & les poirsons ; ceux qui se reproduisent par des vers, comme les mouches, les sauterelles &c, ceux encore qui se reproduisent par leurs semblables, comme les lapins, les chiens, les cochons &c. On voit un exemple remarquable de la multiplication de ceux-ci dans ce troupeau de Galilée dont l'évangile fait mention ; & par rapport aux lapins, Athenée nous apprend qu'une seule paire, laissée dans une desCyclades nommée aujourd'hui Stampalia, en produisit un fi grand nombre, que les habitans furent obligés de confulter l'oracle de Delphes pour apprendre un moyen de les détruire.

D'autres sont dédommagés de cette feo condité

par la longueur de leur vie. Pour se convaincre de cette verité, on n'a qu'à jetter les yeux sur ce qui arrive aux animaux bisulques, comme les chameaux & les bœufs. On tue de ceux-ci plus d'un million chaque année en Angleterre. Il est 154 Esai sur les erreurs dit de Job qu'il en possedoit plus deux mille attelages, & fix mille chameaux. Il eft dit aussi des enfans d'Israel, que

lorf qu'ils paslerent dans la terre de Chanaan ils prirent sur les madianites 70000 bæufs; & l'histoire profane nous apprend qu'il y avoit cent mille chameaux dans l'armée de Semiramis.

Pour ce qui regarde les animaux dont les pieds ne sont pas fendus, comme les chevaux, les ânes, les mulets, on trouve encore qu'ils multiplient prodigieusement. Ainfi nous lisons que Job avoit un millier d'ânesses , & que les madianites en perdirent 61000. Diodore assure que Ninus mena contre les bactriens 280000 chevaux ; que Semiramis qui lui succeda mit en campagne sooooo chevaux, & 1000 chariots. Ět li les mules n'engendrent pas, elles augmentent par elles-mêmes confi. derablement leur espece ; car ces animaux vivent beaucoup plus que les chevaux & que les ânes qui les ont produits , comme on peut le remarquer presque partout, leur nombre étant toujours plus grand que celui des chevaux,

Er de tous les animaux dont les pieds font partagés en plusieurs doigts ou griffes, il n'y a que l'homme & l'éléphant qui ne produisent communément qu'un de leur espece à la fois, & qui pourtant ne laissent

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pas de se multiplier beaucoup. L'éléphant,
Telon Aristote, porte son fruit deux ans,
& selon Edouard Lopés il ne conçoit de
nouveau que long-tems aprés ; mais leur
vie s'étend jusqu'à cent ans, & quelque
fois deux cent. Il y en a peu en Europe
l'Amerique n'en a point ; mais il y en a
un nombre prodigieux dans l'Asie & dans
l'Afrique, suivant la relation de Garcias
ab hortó medecin du viceroi de Goa, qui
assure que le roi de Siam en pflt un jour
dans une seule chasse quatre mille. Le mê-
me auteur qui croit qu'en d'autres pays ils
font plus communs que les bæufs en Eu-
rope, ignoroit jusqu'à quel point ces ani-
maux abondent dans les regions septen.
trionales. Et quand cette relation seroit
suspecte , pourrons-nous douter que les élé-
phans soient en grand nombre, si d'une
part nous considerons que chaque éléphant
n'a que deux dents qui ne se renouvellent
point, & de l'autre la prodigieuse quan-
tiré
que

l'on nous en apporte.
Les hommes sont dans ce même cas;
mais avec ce désavantage qu'ils n'engen-

par rapport aux autres animaux : les hommes cependant se sont mul. tipliés aurant ou plus que les autres e peces, par ce qu'à la difference des animaux qui ont des faisons marquées pour la géneration, ceux-ci ne cessent point d'engendrer,

tard

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drent que

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