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après ce que rapportent Tite-Live , Denis d'Halicarnasse, de Janus, d'Evandre & d'Enée, après la frequente mention qu'Homere fait de la Sicile , & l'ancienne info cription trouvée à Palerme, que Thomas Fazelli a expliquée dans son histoire de Sicile, & qu'un syrien a traduite en ces rermes : Non eft alius Deus præter unum Deum; non eft alius potens prater eundem quem colimus Deum : hujus turris præfectus est Sopha , filius Eliphat filii Esau, fratris facob filii Ifaac , filii Abraham : & iurri quideni ipfi nomen est baych, sed turri huic proxima nomen eft pharat.

L'histoire de Gebyon, les voyages d'Hercule, ses fameuses colomnes, un passage de Strabon qui dit que les Iberiens se vantoient d'avoir il y avoit plus de six mille ans la connoissance des arts & des loix, tout cela prouve l'ancienneté des peuples qui s'établirent en Espagne. Les sçavans conjecturent que la Mauritanie & la côte d'Afrique furent de bonne heure habitées par les pheniciens, & d'abord après que les israelites eurent conquis la terre de Chanaan. Outre que les deux langues carthaginoise & phenicienne sont allés conformes, Procope raconte au second livre de la guerre des vandales, que dans une ville de la Mauritanie Tingitane, on lisoit en langue phenicienne certe autre inscription : Nos Maurici sumus qui fugimus à facie Jehof

chua filii Nunis predatoris.

Les îles canaries ou fortunées n'étoient pas inconnues alors; du moins c'est ainsi

; que Strabon interprete la harangue de Protée à Menelas.

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Sed te qua terra postremus terminus exstat, Elysium in campum celestia numina ducunt : Nous pourrions dire la même chose de la France & de l'Allemagne, peut-être aussi de l'Angleterre ; & cela sur des autorités.

; raisonnables. Sans nous arrêter à Geoffroi de Monmouth qui fait fortir les bretons des troyens, sans même tirer avantage de

dit l'écriture que la race de Japher peupla les îles des nations, il est certain que l'origine des peuples d'Angleterre éroit fi obscure au tems de Jule Célar , qu'il les regardoit comme aborigenes. On peut de même prouver par bien des témoignages que l'Irlande ne tarda pas à être habitée, quoique nous n'ajoûtions pas une entiere foi aux traditions de Bartholanus le scythe qui y arriva 300 ans après le deluge; ni au rapport du Gyraldi suivant lequel Cæfaria fille de Noé s'y étoit établie encore auparavant. Bochart dérive de la langue phenicienne les noms anciens des regions, parce que les pheniciens s'étoient établis, ou avoient porté leur commerce dans la

ce que

.

;

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plûpart. Si donc comme le prétend ce sçavant homme , Espagne en phenicien signifie le pays des lapins, Lusitanie ou Portugal le pays des amandes

; si l’Angleterre se nommoit autrefois Barsanaca, ou le pays de l'érain fi Hibernia ou l'Irlande n'étoit autre chose que le païs le plus éloigné ; & si les pheniciens donnerent enfin tous ces noms nous aurons en ce cas de fortes preuves de l'antiquité des peuples qui les portoient.

Nous venons d'établir combien dans l'efpace de treize siécles, les hommes s'étoient déja éloignés de leurs demeures primitives; mais il est certain que la terre étoit encore plus peuplée qu'on ne peut le prouver ; car il est évident par les découvertes de tous les siécles, qu'il y a eu plus de climats habités que les geographes n'en ont comu ou décrit. Herodote & Thucydide ne font aucune mention de Rome, Prolomée ne dit rien de plusieurs parties de l'Europe , de l’Asie, & de l'Afrique. Maintenant, s'il nous est permis de former des conjectures d'après ce que nous trouvons sur d'autres regions, nous n'aurons beloin ni de nous étendre beaucoup plus, ni mênie de demander la moitié des treize siécles. Il suffit de rapporter les expeditions que firent les assyriens

peu

de tems après le deluge. Ninus leva contre les

bactriens

&

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bactriens une armée de 700000 hommes de pied, 200000 de cavalerie, avec 10600 chariots. Semiramis mena contre les indiens 1 300000 hommes de pied, sooooo chevaux , 100000 chariots, sans

compter les chameaux ; & Staurobate roi des Indes fut-au devant avec des forces encore fun perieures. Mais ce qui est à remarquer , est

que l'on n'étoit pas encore à la fin du 4

fiécle depuis le deluge.

On s'imaginera peut-être que les home mes ne se disperserene point avant le des luge, parce qu'ils parloient alors une seule & même langue. Nous avouons que cela put retarder leur dispersion, mais cela pou. voit - il empêcher leur multiplication, dont une fuite nécessaire étoit de détacher continuellement des colonies, comme firent ensuite les pheniciens , les grecs, & les romains,

que nous en avons des exemples de nos jours : Nous observerons encore que les hommes avoient commencé à se disperser avant la confusion des langues ;

ainsi le dit l'écriture qui en marque même la nécessité , & qui exprime en ces termes le prétexte de la construction de Babel : de peur que nous ne soyons dispersés sur la face de la terre.

2o Si quelqu'un s’imagine que a terre s'est plus facilement peuplée après le deluge, parce que le commerce & la naviga. Tome II.

P

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tion ont peuplé les îles ; on le supplie de considerer qu'il n'est pas certain qu'il y eût des îles avant le deluge , & que des auteurs judicieux le nient sur des fondemens plaufibles.

Enfin, si de ce qui est dit dans la Genese qu'environ fix-vingt ans avant le deluge , les hommes commencerent à se multiplier sur la terre, on concluoit que la terre fût mal peuplée avant le deluge ; nous répondrons qu'il n'est question là que de la race de Cain, & que l'on peut seulement conclure que

les hommes commencerent à se multiplier extrêmement , & non pas qu'ils ne le fussent point encore. On trouve soute vent des expressions semblables dans le texte sacré. Ainsi il est dit de Noé qu'il commença à cultiver la terre, ce qui signifie seulement qu'il commença à s'y appliquer

? davantage : & ailleurs il est dit du Sauveur qu'il commença ide-chasser ceux qui vendoient dans le temple ; c'est à dire qu'il le fit actuellement, ou avec zele.

J'ai rapporté sur la question que je m'é tois proposée tout ce qui peut se dire de plus probable & de plus clair. Mais au jugement dernier le dénombrement des hommes la mettra dans un plus grand jour, Ainsi je n'impofe à personne la nécessité d'embrasser mon opinion qu'autant qu'il la croira la plus probable. Je demande

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