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quoique la vulgate dife: l'or vient du feptentrion, je ne croi pas que l'on foit tenté, parce qu'il fe fera trouvé quelques mines au nord du pays de Job, d'en chercher dans les climats froids & feptentrionaux, puifque les meridionaux en fourniffent affés.

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Pour ce qui regarde les mahometans dont la fecte eft un mélange de plufieurs religions, il paroît qu'ils ont imité les juifs en ce point; car ils fe tournent toujours dans leurs prieres du côté de la Mecque où leur prophete nâquit, & du côté de Medine où eft fon tombeau. Ils y vont en pelerinage, & c'eft de là qu'ils attendent fon retour fur la terre. De là vient qu'ils fe tournent de ce côté qui eft oriental pour les mahometans de la barbarie & de l'Egypte, & plufieurs états du grand Seigneur, ils n'obfervent pourtant pas cette pratique par aucune forte de préference pour le levant, puifque les turcs qui habitent d'autres climats fe tournent felon la difference de leur fituation vers tout autre point.

En 4° lieu on ne doit inferer aucune preéminence du foleil levant, de ce que dans l'arrangement du camp d'Ifrael, Dieu ordonna que la tribu de Juda campât à l'o rient. Cet ordre defigne feulement la place d'honneur, c'est à dire l'avant garde qui dans la marche des juifs regardoit néces

fairement l'orient. Le texte original ne dit rien davantage; & les traductions les plus litterales y répondent : Tremellius traduit de la forte, castra habentium ab anteriore parte orientem verfus, vexillum efto caftrorum Jude. Et par là on peut réfoudre toutes les difficultés que l'on feroit à ce fujet.

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En se lieu, il eft bien vrai que les fciences, que les arts, que la politeffe qui les accompagne toujours font nés dans l'orient, mais ce n'eft point à l'orient qu'il faut en attribuer la caufe. C'eft que les premiers hommes habiterent ces regions qui font orientales par rapport à l'Europe. Car l'arche de Noé fe repofa fur les monts d'Ararat, c'eft à dire fur une partie du mont Taurus entre les Indes & la Tartarie, comme le dit le chevalier Walter Raleigh dans fon excellente hiftoire univerfelle. Ceux qui éleverent la tour de Babel s'éloignerent de cette region orientale, & communiquerent de proche en proche, les fciences, les arts, & la politeffe. Les progrès en furent rapides; excepté que nos climats ne reçurent que fort tard ces mêmes avantages. Malgré la fcience des anciens bardes & druides, quiconque lira le traité des mœurs des germains compofé par Ta cite, verra que les allemands étoient bien fauvages il y a deux mille ans. On peut remarquer la même chofe par rapport

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l'Angleterre dans la vie d'Agricola du même Tacite, & furtout dans Strabon qui à la honte de nos ancêtres & au déplaifir de ceux qui fe glorifient d'une longue fuite d'ayeux, affure que telle étoit la fimplicité des bretons, que bien qu'ils euffent abondance de lait, ils n'avoient pas encore appris à faire du fromage.

Enfin le préjugé en faveur des regions orientales n'eft pas mieux établi fur ce que les cofmographes partagent le globe terref tre en orient & en occident. Car cette divifion ne fort pas de la nature de la chose même; elle eft de convenance, & on l'a imaginée, parce qu'elle eft la plus propre pour établir la longitude des lieux. Ainsi les anciens cofmographes ont choifi les îles fortunées ou les canaries pour y placer leur premier meridien par le partage de la fphere en partie orientale & occidentale, parce qu'ils croyoient que ces îles étoient les plus occidentales. Mais les modernes ont pris pour leur premier meridien les îles Açores, ou de S. Michel, & cela fur l'opinion que la bouffole varie la bouffole varie peu dans ces iles; cependant dans ce même meridien, en s'éloignant vers le nord ou vers le fud, on s'apperçoit que la bouffole varie confiderablement, outre qu'il y a d'autres endroits où elle ne varie point, comme Alphonfe & Rodriguez de Lago l'affirment du

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des aiguilles en Afrique; Maurolycus des côtes de la Morée en Europe, & Gilbert du milieu des grandes terres dans la plus grande partie du globe.

CHAPITRE VII I.
Du Nil.

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Ly a plufieurs opinions reçues par rapport au Nil, lefquelles meritent nos réflé xions. On croit communément que ce fleuve fe décharge dans la Mediterranée par fept embouchures; mais les anciens ne deposent point unanimement de ce fait, & les voyageurs modernes femblent prouver le contraire.

Certains auteurs de l'antiquité qui devoient être plus inftruits fur cet article, n'en font aucune mention. Homere par exemple n'a point limité le nombre de fes branches; Eratofthene n'en parle point dans fa defcription de l'Egypte. Ariftote s'exprime d'une maniere fi confufe au premier livre de fes meteores, que l'on ne peut rien déterminer par les chofes qu'il en dit : l'Egypte que nous regardons comme le pays du plus ancien peuple de la terre, ne fut d'abord autre chofe, dit cet auteur, que des terres enlevées à la mer par des digues qui arrêterent les boues que le Nil entraînoit. Ariftote eft dans le même fentiment par rapport aux

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palus

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Palus Mæotides; il dit que de fon tems les débordemens du Tanais leur avoient beaucoup ôté de leur pronfondeur, & qu'il ne doutoit pas qu'un jour ils ne deviffent terre ferme. Sa conjecture n'eft pas encore verifiée; mais cela même eft arrivé à une branche de l'Euphrate, l'une des quatre qui arrofoient le jardin d'Eden. Elle portoit autrefois, fes eaux dans la mer Perfique, & maintenant elle fe perd dans les marais de Chaldée, car telle eft la vaste distance qu'elle a laiffé entre la mer Perfique & fon embouchure.

D'autres qui ont écrit exprès fur cette matiere ne font pas d'acord entr'eux. Herodote nomme dans fon euterpe fept bouches du Nil, mais il y en a deux, l'embouchure bolbitine, & l'embouchure bucolique qu'il croit l'ouvrage de l'art, & faites à l'occafion de quelques befoins. Strabon en compte jufqu'à quinze. Il y a, dit-il, plu fieurs villes confiderables fur ces canaux ou branches du Nil, celles principalement qui ont donné le nom à fes embouchures, non pas à toutes, car il Y en a onze, & quatre autres encore, mais feulement aux fept principales qui font : Canopicum, Bolbitinum, Selenneticum, Sebenneticum, Pharniticum. Mendefium, Taniticum, & Pelufiacum. Il faut obferver ici qu'une de ces fept eft un canal artificiel nommé par Herodote. PtoTome II.

Q

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