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ceci ne fe fait pas fi facilement dans l'encre commune, parce que la gomme arabique que l'on y ajoute empêche la séparation de fes parties. Au contraire le vitriol rougi au feu, & fa lefcive dans l'eau chaude font de bonne encre, parce qu'ils contiennent le fel fixe. Mais ce qui refte de la terre infipide loin de produire aucune noirceur, fert à faire un rouge commun. Et quoi que l'efprit de vitriol jetté fur une décoction de noix de galle ne produife point de noirceur, fi pourtant on le fixe de quelque maniere, & que l'on en refaffe du vitriol, il produira la noirceur comme auparavant.

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Si nous examinons encore de plus près par quelle qualité, ou quel principe le fel de vitriol communique cette couleur, nous trouverons que cela vient d'un principe métallique, & furtout du rapport qu'il a' avec le fer. Car la couperofe bleue qui a plus de rapport au cuivre ne noircit que foiblement le verd de gris du cuivre ne noircit point du tout. Mais la limaille de fer infufée dans le vinaigre avec la décoction de noix de galle fait de bonne encre fans couperofe. On réuffira de même avec l'infufion de l'aiman à caufe de fa relation avec le fer. Et quoi que cette qualité ou vertu de noircir fe faffe plus remarquer dans le fer, nous ne la refufons pas abfolument aux autres métaux, dans les folutions

defquels nous appercevons fouvent quelque teinture de noir. C'eft ainfi qu'un citron, qu'un coin, ou une pomme aigre fe noirciffent au moment qu'on les a coupés avec un couteau. La même chose arrive aux artichaux, & au fublimé battu avec du blanc d'œuf. C'est par la même raison que l'eau forte noircit les corps auxquels on l'applique. La feule folution de couperofe noircit facilement le cuir tanné avec l'écorce du chêne. Les eaux minerales ferrées fe noirciffent avec une infufion ou la poudre des noix de galle. L'acier infufé dans quelque liqueur la rend brune, & pris interieurenient par des perfonnes d'un temperamment qui y ait rapport, il noircit leurs excremens. C'eft auffi par la même raifon que le mercure doux & les émetiques vitrioliques font fortir des matieres noirâtres. Mais il n'eft pas également certain fi cette vertu de la couperofe vient des parties ferrées, ou fi elle le rencontre dans le fer à caufe des parties vitrioliques qui

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font attachées ; ou fi les teintures noires tirées des corps métalliques ne procedent pas plus tôt des parties vitrioliques contenues dans leur fouffre, puifque le fouffre commun même renferme beaucoup de vitriol. Mais quelque parti que l'on embraffe, il eft indubitable que le fer & le vitriol font les deux principales caufes de

la noirceur.

11 fe rencontre naturellement dans quelques animaux vivans une difpofition femblable. Ainfi cette humeur noire qu'Ariftote appelle boλcs & que l'on rend communément par encre, peut fe trouver dans un certain poiffon. Il en eft de même de certains fruits comme des grofeilles & des cerifes noires : ce qui leur donne la vertu de rafraîchir, de fortifier l'eftomach, & les rend, felon quelques-uns, d'excellens fpecifiques contre l'épilepfie. Cette qualité d'encre fe trouve quelquefois dans notre fang, lorfqu'il s'y rencontre des acides, que les uns nomment acetum, & les autres vitriolum, en même tems qu'il y a d'autres parties difpofées à recevoir une impreffion de noirceur. Et feroit-il impoffible que la couleur des négres ait eû une femblable origine?

Ce que nous difons qu'il y a dans les corps vivans des parties vitrioliques & même du vitriol, ne doit furprendre perfonne. Car dans tout ce qui eft terreftre il y a un fel acide & ftiptique répandu, & ce fel étant reçu dans les plantes par la vegetation, s'adoucit, & devient plus agréable au goût. Cela même eft un vitriol vegetable qui donne à plufieurs plantes & à leur fruit un acide agréable: tels font les grenades, les citrons, les cerifes ; & qui donne à d'autres une rudesse ou une

aufterité crue, comme aux prunelles, aux neffles, aux coins. Et fi l'on ne veut contredire l'experience, il faut avouer que le vitriol n'eft pas feul caufe de la noirceur, & que les fels des corps naturels y contribuent beaucoup auffi. C'eft ce que l'on peut apprendre des teinturiers qui tehausfent ou qui affoibliffent leurs couleurs avec des fels. Les décoctions des fimples qui portent leur couleur font infipides & foibles, tant que l'on n'y mêle point d'alum ou d'autres fels. C'eft ce qui fe remarque encore mieux dans les operations chymiques. Le cinnabre devient rouge par l'exhalaifon acide du fouffre, & fans cela il feroit d'un blanc de neige. L'efprit de fel jetté fur du papier bleu fait un beau rouge. Le tartre ou le vitriol fur une infufion de violettes produit un beau cramoifi. Et c'eft une chofe admirable que de voir les differentes couleurs que produit l'efprit de nitre, furtout lorfqu'il eft contenu dans un verre, & qu'il en pénétre les côtés. Ce font des verds de toute efpece, & tels qu'une cause semblable en produit dans les plantes.

C'eft fuivant toutes les apparences de ces mêmes irradiations ou projections falines que naît cette merveilleufe diverfité de couleurs dans les animaux, comme dans les plumes de paon &c. couleurs qui varient encore felon qu'elles font diver

fement expofées à la lumiere. C'eft ainfi que le nitre, le fel armoniac & l'efprit des mineraux produifent une infinité de belles couleurs ; & que l'eau forte mise dans un verre étroit par le haut, & verd répand fur fes bords un bleu foncé.

Nous finirons ici nos conjectures fur une matiere auffi difficile. Si nous n'avons pas faifi le vrai, nous avons du moins rencontré la vraisemblance; & peut-être avons-nous jetté fur notre route des fleurs qui ont leur prix.

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L n'eft pas furprenant que nous ignorions l'origine des éthiopiens, ou des noirs naturels, puifque nous fommes auffi peu inftruits fur le chapitre des bohemiens, ou de ces noirs artificiels qui font répandus en plufieurs endroits de l'Europe, de l'Afie, & de l'Afrique.

Ils viennent d'Egypte felon l'opinion commune, & prétendent eux-mêmes qu'ils en font fortis, comme le découvrit Munster par le paffeport qu'ils obtinrent de l'empereur Sigifmond. Ils y expofent qu'ils fortirent d'abord de la petite Egypte, & qu'en punition de ce qu'ils avoient abandonné le chriftianifme, on en condamna quelque-uns

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