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Pierre, il eut le tems de voir l'encier aca complissement de la prophétie de Daniel, & même, au sentiment de quelques-uns, de composer son apocalypse.

Mais outre l'erreur que nous venons de réfuter, il s'en elt encore établi d'autres en differens tems. Il y en a qui ont soutenu que les disciples contemporains de S. Jean avoient crû qu'il ne mourroit point, & qu'ils s'étoient fondés

pour

le croire, sur l'affection que Jesus portoit à ce disciple. Or ils purent bien le persuader qu'en effer il feroic dispensé de mourir, ou que son divin maître lui permettroit de vivre jusqu'à son retour glorieux , parce qu'il avoir été seul témoin de la mort , & de son ignominie.

Il s'étoit encore établi dans ces premiers tems une autre opinion, c'est que J. C. ne tarderoit

pas à revenir ; on s'étoit imaginé fur plusieurs expressions de J.C. prises à la lettre, que son dernier avenement suivroit de près sa paflion ; & nous trouvons cette opinion censurée par S. Paul. Or il n'étoit pas difficile aux disciples de conclure de cette idée, que S. Jean vivroit jusqu'à ce même tems.

Enfin la longue vie de cet apôtre a pů contribuer à faire croire qu'il ne mourroit point. Car il survêquit à tous les apôtres, il ne mourut que dans sa 94 année, c'est

me il

& que

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à-dire , 68. après le Sauveur, la seconde année de l'empire de Trajan. Or comme il avoit vécu jusqu'à ce tems, on s'imagi. na qu'il vivroit jusqu'à l'avenement de son maître.

Dans les siécles suivans, deux choses surtout purent contribuer à l'établissement de cette opinion. C'est en premier lieu , qu'il échappa au martyre, au lieu que tous les autres le souffrirent. Domitien, selon quelques historiens , le fit jetter dans de l'huile bouillante , mais il en sortit com

у éroit entré. Or les siécles suivans, convaincus qu'il n'avoit point souffert le martyre

la persécution la plus cruelle n'avoit pû lui ôter la vie, on a pû se confirmer dans l'idée qu'il ne mourroit point, & que celui que le feu n'avoit pû détruire, vivroit éternellement.

C'est en second lieu que dans le texte latin, il y a fic, au lieu de fi eum volo manere, qui est dans le grec. Or ce changement peut faire d'une proposition conditionelle une proposition absolue.

Mais ce qui a davantage accredité cette opinion dans les fiécles pofterieurs, c'est qu'on n'a point trouvé les os de S. Jean dans le tombeau qui les avoit renfermés. Er delà les uns ont soupçonné qu'il n'étoit point mort ; les autres qu'il étoit ressuscité ; d'autres encore, qu'il étoit descendu vivant au tombeau, & qu'il en étoit sorti secretement. Mais toutes ces opinions, suivant la remarque de Baronius , n'ont aucun fondement. Cet écrivain cite le pape Celestin, qui dans une lettre au concile d'Ephese, déclare que les reliques de cet Apôtre y étoient en grande veneration. Un passage de S. Chrysostôme qui dit que Jean guérissoit les malades après la mort, comme s'il eût été vivant, réfute encore cette même opinion ; & je remarque qu'Estius examinant la question dont il s'agit , conclut en ces termes : Quod corpus ejus nufquair reperiatur, hoc non dicerent , li veterum scripta diligenter perlustrassent.

Au reste, que ceux des premiers siécles du christianisme ayent pû concevoir des hommes immortels après la chute d’Adam, ou que dans ces derniers tems on aic pů se persuader qu'il y auroit des hommes dont la vie égaleroit celles des patriarches avant le déluge ; c'est une chose prodigieu. se à la verité, mais qui pourtant n'est pas incroyable. Les hommes sont plus d'une fois tombés dans cette erreur. S. Irenée & Tertullien nous apprennent qu'un certain Menandre samaritain fit accroire à ses dif ciples que la mort n'auroit aucun pouvoir sur eux, & que ceux qui recevroient son baptême , recevroient en même tems l'immortalité : doctrine à la verité bizarre & insensée ; mais quoiqu'il y ait eu des hom

mes

mes qui pour être crus immortels comme ils le disoient, sont morts en des lieux écartés, & que d'autres se soient imaginés qu'ils étoient morts dans le tems qu'ils étoient pleins de vie, il est certain qu'il y en a peu, ou même qu'il n'y en a point qui ayent pensé qu'il leur fât impossible de mourir. Ces hommes superbes qui se sont fait appeller dieux, n'ont jamais été assés aveuglés pour se fatter d'une immortalité réelLe, & les plus orgueilleux ont été convaincus de la vanité de ces titres faftueux, pac l'experience qu'ils faisoient chaque jour de leur déperissement. L'homme peut bien s'étourdir pour un tems , mais il ne tarde pas

à se fouvenir de la nature. Car les immo perfe&tions que nous ne pouvons dissimu. ler, ou celles que nous remarquons dans les autres, nous font à chaque instant

appercevoir de notre corruptibilité , & nous prêchent continuellement que nous devons retourner dans la terre d'où nous sommes Lortis.

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CHAPITRE X I.

Ι

De quelques autres. opinions. L y a bien d'autres erreurs populaires ; mais nous abandontions les unes à la dis! Cullion des théologiens, & nous ne parle tons pas des autres, parce qu'elles ne még Tome II.

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IM

ritent

pas

d'être réfutées. Lorsque David cut fait le dénombrement de ses sujets , fut. il puni, comme l'on croit, uniquement à cause de la vanité de son cœur, ou comme le prétend Jofephe & quelques autres , parce qu'il négligea encore de payer le tribut que le Seigneur avoit imposé sur chaque tête : c'est ce que nous ne déciderons point, Nous avouerons pourtant, que la loi contenue dans l'exode, menace formellement les israelites de la peste, s'ils manquent à payer ce tribur, Si l'on compare les fommes qu'ils avoient levées auparavant à l'occasion des dénombremens, on verra à quoi pouvoir aller ce tribut , sous le regne de David, où les israelites étoient dans leur érat le plus florissant. Dans le premier dénombrement que fit Moyfe, le tribut se monta à cent talens , & 1775 ficles, Chaque homme paya une beka , qui faisoit un demi ficle , selon le poids du sanctuaire, Cette somme fut levée sur tous les israelites depuis l'âge de 20 ans, & ils se trouverent au nombre de 6035 50 hommes. C'est sur ce tribur que se regla Vefpafien, com. me nous l'apprend Josephe, lorsqu'il allyjettit chaque juif à envoyer deux drachmes au capitole : ce qui faisant un quart d'once d'argent, revenoit au beka , ou demi sicle du fan&uaire, & faisoit environ 30 sols tournois, Car, la drachmc atriquę valoit

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