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formes à nos sentimens ; c'est donc en vain que les chrétiens se glorifient d'avoir im. posé silence aux oracles , puisqu'ils encensent leurs autels

Il n'appartient pas à notre sujet de nous étendre davantage sur cet article ; d'autres l'on fait avec succès; mais nous ne pouvons omettre ici

que l'histoire la plus détaillée qui nous ait été conservée touchant les oracles, est celle que nous lisons dans Herodote. Crélus pour les éprouver en envoya consulter plusieurs qui étoient éloi. gnés les uns des autres, il prit si bien les mesures

que

ses couriers arriverent en mê: me tems dans ces lieux differens, & firent tous la même demande, sçavoir à quoi s'occupoit alors Crésus. Le seul oracle de Delphes rencontra juste, & répondit qu'il étoit occupé à faire cuire un agneau & une tortue dans un vaisseau de cuivre, dont le couvercle étoit de même métail. Le stile en est pompeux dans le grec, un peu moins dans le lacin: Æquoris est spatium, numerus mihi notus arenki

Mutum percipis, fantis nihil audio vocem.

Venit ad hos Sensus nidor testudinis acris
Que fimul agniná coquitur cum carne lebete,

Ære infra ftrato, ftratum cui infuper as eff. Je connois l'étendue des mers ; le nombre

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des grains de sable m'est connu. J'entens les muets. Avant que l'on ait parlé, jesçai ce que l'on me demande. La fumée d'une tortue que l'on fait maintenant cuire avec un agneau dans un chaudron de cuivre couvert de même métail, est venue jusqu'à moi.

Cette réponse acquit à l'oracle avec une haute réputation des richesses immenses, & Crélus dans la suite regarda comme un dieu celui qui l'avoit rendue. Quelque tems après il paya cher fon erreur ; car ayant

; consulté le même oracle sur l'évenement de la guerre qu'il entreprenoit contre Cyrus, la réponse ambigue qu'il en reçut, le précipita à sa ruine. Et quiconque fe confie

à Satan doit s'attendre à une sem. blable tromperie; car il profite habilement de la foiblesle des hommes, & dans sa longue experience il trouve les moyens de les attirer dans le piege. C'est donc une extravagance, un crime contre Dieu, d'efperer quelque bien de cet auteur de tout mal; car il commence par dévorer fes favoris, & plus on approche de Moloch', plus tot ont est consume. Ses faveurs en un mor sont de fausses faveurs. Le bien qu'il fait en apparence est un mal réel ; & s'il nouséléve ce n'est que pour rendre notre chute plus terrible.

C

CHAPITRE XIII.

De la mort d'Aristote. 'Est une opinion géneralement reçue,

& que Procope, S. Gregoire de Nam zianze, S. Justin martyr, & quelques autres ont confirmée, qu'Aristote au desespoir do ne pouvoir comprendre la raison du flus & reflux de l'Euripe s'y précipita en s'é criant : Siquidem ego non capio te, tu capies me, Or comme il y en a qui s'imaginent qu'Eu: ripe est le nom d'un fleuve, & que d'autres avouent qu'ils ignorent sa situation, nous avertirons d'abord que ce mot en géneral fignifie tout détroit, golphe, ou bras de mer enfermé entre deux terres, suivant la définition de Julius Pollux. Ainsi les auteurs font mention de l'Euripe de l'Hellefpont, de l'Euripe pyrrhée, & de l'Euripe euboique ou chalcidique dont il s'agit ici. Celui-ci est un golphe qui sépare l'Atrique d'avec l'île d'Ěubée, & que l'on nomme aujour d'hui golphe de Negrepont, du nom de l'ile & de la capitale que

les

guerres d'An: tiochus, & le liége de Mahomet II qui la prit sur les venitiens ont rendue célebre.

Qu'Aristote se soit précipité dans ce golphe, & à l'occasion que nous avons dite, comnie on le croit généralement, c'est ce qui mérite d'être examiné, & qui souffre

bien des contraditions, Diogene Laerce qui a écrit la vie de ce philosophe n'en fait aucune mention ; il rapporte au contraire

; deux autres traditions sur le genre de fa mort ; l'une qu'étant accusé d'impieté à l'occasion d'un hymne qu'il avoit compost pour Hermias, & qui se trouve dans Laerce & au'ıs livre d’Athenée, il se retira dans l'Eubée, & qu'il s'y empoisonna ; l'autre attestée

par Appollodore, qu'il mourut à Chalcis d'une foibleffe d'estomach dans sa grande climacterique, c'est à dire dans la 63 année de son âge ; Censorin & Suidas ont suivi cette derniere tradition. Et si l'on pouvoit s'assurer de ce que dit Rabbi Ben Joseph, il seroit more dans le sein du judaisme, & l'opinion reçue feroit encore moins probable.

D'ailleurs, sans cet argument négatif, la raison seule nous obligeroit à suivre.un parti contraire. Car comment attribuer à notre philosophe un semblable desespoir, lui qui convient fisouvent de son ignorance, & qui dans les choses difficiles croyoit que les conjectures suffisoient ? & qu'elle apparence qu'il se soit desesperé à ce sujet, lui qui se contentoit des moindres vrai. femblances , & soutenoit par exemple que le soleil est la cause des differentes couleurs que l'on remarque dans les oiseaux, & que

& l'érection est un effet de la déliberation des

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testicules ? lui qui réperoit sans cesse le και οτι, le ποτερον, Ρεσως, ίεπι το πολυ &c ? H et a présumer qu'une conjecture un peu supportable l'auroit tranquillisé, & qu'il n'eût pas porté l'opiniâtreté jusqu'à vouloir être compris dans ce qu'il ne pouvoit comprendre. Il est même impossible de prouver qu'il se soit attaché à démêler ce qui res garde l’Euripe, ou à chercher les causes du Aux & reflux en general. Car il n'en fait aucune mention dans fes écrits, bien qu'il en ait eu occasion dans ses méréores où il dispute des propriétés de la mer, & dans ses problêmes qui conciennent 4 1 questions rouchant la mer. On cite à la vérité sous son nom un ouvrage, où l'on traite des pro. priétés des élémens ; mais les critiques Toutiennent tous qu'il n'est point d'Aristote. Peur-être est-ce le même que celui d'ou Plutarque a tiré cette histoire.

Enfin le fondement même de cette his. toire est incertain ; car il est doureux que l'Euripe souffre le flux & le reflux jusqu'à sepr fois par jour. Je sçai que Pomponius Mela , Pline, & Solin l'assurent positive ment ; mais niThucydide qui parle fouvent de ce bras de mer, 'ni Pausanias qui nous a laissé une fi exacte description de la Grece, n'en disent rien. Eschine se contente d'y faire allusion dans sonCtesiphon , & Strabon n'en parle que d'une maniere douteuse,

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