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haita d'avoir un col de grue pour goûter à longs traits le plaisir de la table; mais cette opinion n'a point de fondement dans l'histoire ; le fait même est absurde, aufli. bien que

les raisons sur lesquelles on l'appuye.

Supposé que Philoxéne ait fait un pareil fouhait, peut-être étoit-ce dans la vûe de mieux chanter, comme le prétend Pic de la Mirande, & non pas pour savourer mieux le plaisir de la bonne chere. Ariftote dit l'écrivain que je viens de citer, accuse & dans ses éthiques & dans fes problemes Philoxéne de sensualité, parce qu'il souhaita d'avoir le col d'une grue, & je l'ai autrefois condamné sur la foi d'Aristote, mais depuis j'ai découvert que celui-ci en avoit été repris par divers auteurs ; car Philoxéne für un excellent musicien, & s'il souhaita. le col d'une grue, c'étoit non par fenfualité, mais parce qu'il s'imagina qu'il en chanteroit mieux. Plusieurs auteurs ont parlé d'un musicien de ce nom, comme Plutarque dans fon traité contre l'usure, & Aristote lui-même au 8 de ses politiques, fait mention d'un Philoxéne musicien, qui pour se livrer au goût des phrygiens abandonna les dithyrambes doriques.

D'ailleurs, que l'histoire foit véritable ou fabuleuse, l'intention qu'Aristote prête à Philoxéne n'étoit pas raisonnable, &

vient que

peut-être ne se proposoit-il aucune des deux fins dont nous avons parlé. Si l'on examine bien l'organe du goût, on verra que la longueur du col n'y contribue en rien; car le goût résidant principalement dans la langue, quel avantage reviendroit-il d'avoir le col long? l'cesophage, & les organes de l'estomach qui y sont placés n'ont point de nerfs qui soient destinés

pour

le goût. Ils n'en reçoivent que de la sixiéme paire , au lieu que ceux du goût viennent de la troisiéme & de la quatriéme, & se partagent ensuite dans la langue. De là

les

grues, les herons, les cygnes n'ont pour la délicatesse du goût aucun avantage sur les faucons, les vautours, 8 les autres oiseaux qui ont le col court.

Et la nature en formant le col, n'a point eû égard au goût, mais plus tôt aux parties qu'il renferme , & à la maniere de prendre les alimens. Les animaux qui ont les jambes longues ont aussi d'ordinaire le col long, afin qu'ils puissent manger commodément en tenant leur bec à terre. Ainsi les chevaux, les chameaux, les dromadaires & tous les animaux qui sont grands ont le col long, excepté l'éléphant à qui la nature pour y suppléer à donné une trompe , sans quoi il ne pourroit prendre sa nourriture à terre. C'est pour la même fin

que

les hérons , les cicognes ont de longs cols.

les grues,

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L'homme même dont la forme est droite a le col long ou court à proportion des autres parties. Ceux qui ont le visage rond, ou la poitrine & les épaules larges ont rarement le col long, car la longueur du vifage est double de celle du col, & l'espace entre l'extrêmité du col & le nombril en égale le tour. La maniere done la plû part des animaux sont obligés de chercher leur vie a encore déterminé la nature à leur donner de longs cols. Ainsi plusieurs dont les jambes ne sont pas fort longues, ne laillent

pas

d'avoir de grands cols, parcequ'ils cherchent leur nourriture sous les caux, comme les cygnes, les oyes, &c.Mais les faucons & les autres oiseaux de proye ont le col court, parce que ce qui est long, eft foible en même temps, & qu'une figure ramassée étoit plus propre à leur destina cion. Enfin les cols des animaux varient suivant leur gosier, & leur esophage. Ceux qui n'ont ni gosier, ni respiration n'ont ausli presque point de col, comme la plupart des poissons, ou n'en'ont point du tout, comme les pectinaux de toutes espéces, les soles, les rayes, les plies, & tous ceux qui ont des écailles, comme toutes les fortes, d'écré.. villes &c.

Ceci supposé, le souhait de Philoxéne paroîtra peu raisonnable. Il auroit mieux fait de souhaiter d'être transformé en singer

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: car felon l'idée commune, cet animal a le s goût plus fin que tous les autres, ou bien

en quelqu'un de ces oiseaux qui vivent de graines, car ces oiseaux ont le sentiment li vif, qu'un coup de bec leur suffit

pour : distinguer les corps durs, au lieu que les

hommes ne le font qu'en mâchant; ou en un animal ruminant, pour goûter deux fois la même chose ; ou plus tôt en éléphant, ou en cheval, car ces animaux mangent beaucoup. Cette derniere métamorphose auroir mieux conveniu au Philoxéne dont Plus tarque releve la gourmandise.

Pour ce qui regarde la seconde intention que l'ont prête à Philoxéne , il paroît que les grues , & tous les oiseaux à long col, loin d'avoir le chant plus doux que les autres, l'ont au contraire infiniment moins agréable. Et les oiseaux estimés

pour

le chant comme les rossignols, les serins &c. ont le col court, & le gosier étroit. En effet, quoique le gosier & la langue soient l'inttrument de la voix , & que leur mouvement forme ces agréables modulations, il seroit pourtant difficile de déterminer quelle fora me doivent avoir ces organes pour la

per fe&tion du chant ; & le rollignol qui l'em

: porte par là sur tous les autres oiseaux , paroit avoir quelque désavantage dans la langue. Loin de se terminer en pointe, comme celle des autres, elle paroît comme

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3

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O capporte du lac Asphaltite nommé

que

coupée. Et c'est peut-être ce qui a donné lieu à la fable de Philomele dont la langue fut coupée par Terée. CHAPITRE XV.

Du lac Asphaltite. N encore lac de Sodome, ou mer morte les

corps pesans nagent sur les eaux à causede leur épaisseur saline & bitumineuse; mais les relations varient tellement surlefait & sur la cause, qu'il est difficile de choisir en cette matiere. Pour ce qui regarde le fait, Pline assure que les briques y surnagent. Munster débite un conte que peut-être il a tiré du poeme de Tertullien, c'est qu'une chandele allumée y furnage, & qu'elle s'enfonce lorsqu'elle est éteinte. Mandevil va plus loin, il prétend que le fer y surnage, mais que les plumes vont au fond. D'autres plus moderés, comme Josephe assurent seu

les
corps

vivans ne s'y end foncent qu'avec peine.

La plûpart, comme Galien, Pline, Solin, Strabon qui semble avoir pris le lac Serbonis pour celui-ci, se fondent sur la tradition. Peu d'auteurs en parlent sur leur propre experience; le grand nombre se contente de celle de Vefpafien qui ordonna que

l'on Yjettât quelques prisonniers garotés, lely

lement que

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