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| victoires qu'il avoit remportées sur les

goths, sur les vandales, sur les perses, eut Ies yeux crevés

par

l'ordre de l'empereur Justinien à qui il avoit rendu des services si éclatans, & qu'il fut réduit à demander

l'aumône en ces termes : Date obolum Belin : Jario. C'est du moins ce que l'on débite dans

les conversations, & qui se trouve dans les
ouvrages de Crinitus, de Volaterranus, &
de plusieurs auteurs graves.
Mais, ce qui soit dit pour

la consolation de ceux qui honorent la vertu, on ne lit cette histoire tragique ni dans les auteurs contemporains de Belisaire, ni dans les auteurs anciens. Suidas n'en dit rien ; Cedrenus & Zonare , auteurs d'une exactitude reconnue ne parlent uniquement que de la confiscation de fes biens. Paul diacre, loin de parler de cette extrême mendicité, assure que ses biens lui furent rendus avec les honneurs dont il avoit joui. Agathias son contemporain,dir seulement qu'il eut beau. coup

à souffrir de l'envie; mais peut-on conclurre de cette expression qu'il ait été jamais réduit à la misere dont on fait une si touchante peinture ? Procope ennemi déclaré de Justinien & de Belisaire, & qui a écrit un libelle contre eux garde un profond silence sur cet article. André Alciat ce fameux jurisconsulte & François de Cordoue ont refuté cette fable, ausli-bien que Nicolas Alemannus dans ses notes suf les anecdoctes de Procope. Il est à présumer que cette fable doit son origine à une méprise qui a fait attribuer à Belisaire les mal. heurs qui étoient arrivés à un autre. Telle fue la destinée de Jean Cappadocien qui vivoit au même tems que Belisaire , & qui possedoit la faveur de Justinien. Il fut ensuite exilé en Egypte, & réduit à mendier sur les grands chemins,

2° On desapprouvera peut-être que nous refusions de regarder avec les anciens chaque dixiéme onde comme plus grosse & plus dangereuse que les autres; Ovide s'ex prime ainsi sur cet article: Qui venit hic fluctus, fluctus supereminet omnes i

Pofterior nono eft , undecimoque prior, Mais ce fait est absolument faux, comme je m'en suis convaincu moi-même, en l'observant avec attention. Et l'on se flatteroit en vain de trouver dans les mouvemens particuliers de la mer, cette régularité que l'on remarque dans ses reciprocations gé nerales, parce qu'elles ont des causes conftantes, L'agitation des flots est un mouvement violent que les vents, les côtes, les bancs de sable, & tous les corps qui interviennent varient à chaque instant. On pourroit de même esperer de la régularité

dans les vents ; il y en a bien à la verité qui sont réglés dans les moussons, d'autres qui sont annuels, d'autres encore qui sera vent à marquer les points du ciel; mais s'ensuit-il

que
les

corps qu'ils agitent retiennent des mouvemens réglés ? & les pilotes pourroient-ils s'y arrêter ?

Je dis le même de l'ovum decumanum, du de chaque dixiéme cuf que Festus assure être plus gros que les autres. Decumana ova dicuntur, quia opum decimum majus nascitur, Nous souhaiterions que ce fait fût veritable; mais il n'est pas mieux appuyé que l'autre; & je croi que peudegens soumis comme les disciples de Pythagore admettront ces idées qui n'ont d'autre fondement que cectains nombres. Car ces idées sont certai. nement numeriques ; elles ont rapport au nombre 10, suivant la démonstration de Sylvius. Le nombre 1o étant le plus grand des nombres simples, on a par cette raison affecté de donner une sorte de preéminence à chaque dixiéme chose. Et parce qu'on a donné au figuré le nom de decumanus à tout ce qui étoit excellent , on a été jusqu'à en revêtir au sens litteral beaucoup d'autres choses ; & de là on a transporté au nombre 10 tout ce qui à cause de fon excellence particuliere avoit été nonimé decumanus Les grecs pour signifier un flor de la

premiere groffeur fe servoient du mot Tpixuperca

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qui est une enchaînure de trois ondes en une seule : d'où vient le proverbe spixupera, xaxe , qu'Erasme traduit par malorum fluctus decumanus. Et quoique les termes foient dif. ferens de ceux des latins, ils ne laissent pas de rendre la même idée.

3 ° Plutarque rapporte sur la foi de Ctesias que Parisaris voulant se défaire de Statira, elle avoit empoisonné son couteau d'un côté, & qu'ayant coupé une volaille elle en donna la partie empoisonnée à Statira, & mangea impunément l'autre. Ce poison devoit être bien subtil, & nous avons le bonheur de ne le pas connoître. Mais peutêtre que si nous le connoissions, nous aurions quelqu'idée de celui que l'on presenta à Alexandre, & qui à cause de son extrême froideur ne pouvoit êere conservé que

dans la corne d'un âne. Si pourtant l'on avoit attribué cet effer à une qualité occulte, on auroit pû s’en contenter; mais puisqu'on l'impute à une qualité aussi connue que le froid , nous prendrons le parti de douter, nous qui sçavons que les plus froides eaux, celles mêmes du Stix peuvent être contenues dans le verre , sans le pénétrer ; & pour le dire ici en passant, le verre étoit déja connu au tems d'Aristote , puisqu'il dit que c'est le chef-dæuvre de l'art.

On dit bien que les glaces de Venise ne resistent pas au poison ; mais nous n'en

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avons point encore trouvé de cette espece. Il n'y auroit point en ce cas de meilleur préservatifs

pour les grands ; & quoique I'on ait là même de cette porcelaine dont se servent les empereurs de la Chine , je croi qu'elle leur seroit d'un foible secours, fi quelqu'un avoit entrepris de les empoisonner. J'avoue que Dieu a créé à chaque chose son contraire, & qu’un poison est détruit par un autre poison ; cependant la malédiction divine a eu son effet, & l'in

dustrie humaine a découvert plus de poisons i que d'antidotes , jusque-là qu'il y a des poi

sons si violens qu'ils n'en admettent point.
Nous prétendons encore avoir trouvé plu-
sieurs antidotes contre chaque poison, nais
la plûpart de ces antidotes font inefficaces
au besoin. Il n'est point de vase qui résiste
au moly, s'il n'a la vertu de la coupe de Circé;
& un vase de la terre de Lemnos poutra
contenir un poison mortel. Sans un miracle
de Jean on compteroit inutilement sur l'an-
tidote de Paul; & nous ne croyons pas que
le regime de Mithridate réussît à beaucoup
d'autres.
4

On débite un autre conte touchant un roi indien. On dit qu'il envoya à Alexandre de belles femmes qui avoient été nourries d'aconit & d'autres poisons dans l'esperance qu'Alexandre perdroit la vie dans leurs embrassemens. Pour moi je

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