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CHAPITRE XV I.
Des reprefentations de S. Christophle.

l'en

A representation de S. Chriftophle L c'eft-à-dire d'un géant qui porte fant Jefus fur fes épaules, & qui un bâton à la main traverfe des eaux, eft connue dans toute l'Europe. Il fert encore d'enfeigne aux maifons, on le voit en plufieurs églifes, & fur tout dans l'églife cathedrale de Paris.

Or fur cela le peuple a imaginé que ce faint a veritablement porté le Sauveur fur fes épaules, & lui a fait paffer une riviere, ou un étang, quoiqu'on ne trouve nulle part aucune preuve de cette tradition. Je dis plus, on ne rencontre dans l'hiftoire aucun homme remarquable de ce nom avant l'empereur Decius qui regna 250 ans après J. C. Celui-ci à la verité fouffrit le martyre la feconde année de l'empire du même Decius, & le calendrier romain en marque la fête au 21 de juillet. Il fe fit remarquer par fa haute ftature, & par la longueur de fon bâton, & voilà fans doute ce qui à fondé la tradition fabuleuse, avec les additions des legendaires.

Une autre chofe y contribué, c'eft que l'on a tourné en verité hiftoriques

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ce que les premiers tableaux ne prefentoient que comme des emblêmes. Acta S. Christophori à multis depravata inveniuntur: quod quidem non aliunde originem fumfiffe certum est, quam quod fymbolicas figuras imperiti ad veritatem fucceffu temporis transtulerint ; itaque illa de fancto Christophoro pingi confueta fymbola potius quam historia alicujus exiftimandum est effe expreffam imaginem, die Baronius dans fes remarques fur le martyrologe romain. C'est-à-dire, les actes de S. Chriftophle ont été corrompus; & cette corruption vient certainement de ce que des ignorans ont pris des figures fimboliques pour des verités réelles; ainfi ce que l'on voit d'ordinaire dans les tableaux de S. Chriftophle doit plus tôt être regardé comme un emblême, ou comme une def cription fymbolique, que comme hiftoire veritable. On ne fçait pas au reste précisément ce que c'étoit que cet emblê me. Pierius a crû que S. Chriftophle étoit le fymbole d'un vrai difciple de J. C. Car quiconque veut le porter fur fes épaules doit s'appuyer fur le bâton de fa conduite, pour ainfi dire, afin que s'il fe repofe luimême il puiffe furmonter les flots de la réfiftance, & que par la vertu de fon bâton femblable à celui de Jacob, il puiffe traverfer les eaux du Jourdain. Ou bien celui qui veut plier fous le joug de J. C. devien

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dra un géant par le concours de fa puiffan çe, & foutenu par fon efprit, loin d'être englouti par les flots du monde, il les vaincra fans résistance. Ajoutez encore les raifons myftiques tirées du tableau dont Vida & Xerifanus font mention.

Et ce qui a fait placer l'image ou la ftatue de ce faint à l'entrée des villes & des églifes, c'est ce qu'on lit dans la legende, qu'a-. vant que de fouffrir le martyre, il demanda à Dieu que par tout où fon corps feroit dépofé, ces lieux fuffent garantis de la pefte, & de toute maladie contagieuse, fuivant ce diftique,

Cbriftopherum videas, poftea tutus eris.

CHAPITRE

X VII.

De la reprefentation de S. George.

LES

Es tableaux qui reprefentent S. Geor ge tuant un dragon, & la fille d'un roi près du faint, font très connus parmi les chrétiens, & fur cette reprefentation on debite ce conte celebre, que par fa victoire il avoit fauvé la vie à la fille d'un roi: ce qui eft encore plus generalement reçu en Angleterre dont il eft le protecteur; & par cette raifon Claverius le range parmi les martyrs qui fe trouvent dans le college anglois à Rome. Mais toute cette histoire eft tirée de la legende d'or

A

de Jacques de Voragine. Sans dire ici que ce livre eft d'une mediocre autorité en An gleterre, j'avancerai que tout le monde n'admet pas cette hiftoire: les uns reçoi vent le faint, & non pas le detail qui le regarde; & les autres rejettent le faint & le detail comme fabuleux.

Je ne nierai point qu'un tel faint ait exifté, & le Docteur Heylin a demontré fon existence dans l'hiftoire qu'il en a compofée. Ce qui en a fait douter, eft la confufion que l'on a rencontrée dans plufieurs hommes qui ont porté ce nom, car l'hi ftoire en reconnoît plufieurs; elle en fait venir deux de la feule Cappadoce, l'um Arrien, & qui fut tué par ceux d'Alexan drie fous l'empire de Julien; & l'autre vaillant capitaine & martyr fous Diocletien. Ce dernier doit être le faint George des tableaux, dont l'hiftoire eft écrite par Metaphrafte, & les miracles par Gregoire de Tours.

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Quant à l'hiftoire que l'on debite communément, quelques incredules la placent au même rang que celle d'Andromede & de Perfée, & conjecturent que l'une eft la copie de l'autre. D'autres plus moderés croyent que c'est une addition fabuleuse à l'hiftoire de S. George, ou que l'on a pris pour une hiftoire réelle, ce qui dans fon origine étoit un fimple emblême. Et cette

derniere explication nous a été donnée par des auteurs qui n'embraffent pas volon tiers les occafions de rabaiffer les faints: car c'eft ainfi que s'exprime après Baronius le Chartreux qui a compofé la vie de S. George: picturam ilam S. Georgii qua effingitur eques armatus, qui hafta cufpide hoftem interficit, juxta quem etiam virgo pofita manus fupplices tendens ejus explorat auxilium, fymboli potius, quam hiftoria alicujus cenfenda expreffa imago.

Or dans l'image de ce faint capitaine, on peut fe figurer un heros chrétien. Le cavalier armé de toutes pieces indique la panoplie, ou l'armure entiere du chrétien ; le dragon combattu c'eft le diable; la fille du roi défendue, c'eft l'églife de Dieu. Et quoique l'hiftoire de S. George foit très fufpecte, la gloire des chevaliers de l'ordre de S. George, ou de la jarretiere n'est pas ternie par là. Leurs titres feront toujours glorieux par leur rapport à Jefus-Christ, & par ce qu'ils les engagent à des actions genereufes. Et fuppofé, ce qui n'eft pas, que le faint n'eût jamais exifté, l'ordre n'en feroit pas plus avili, que celui de la toifon d'or, dont le fymbole eft fabuleux.

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