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Sil'on vouloit excuser l’yvresse par le vo- . millement qui la suit d'ordinaire, nous répondrions que les égyptiens étoient sou. lagés deux fois le mois par des vomissemens naturels , & que la providence nous a fourni dans une infinité de remedes, des moyens innocens d'exciter en nous le ineme effer, s'il est utile à notre santé.

19° C'est une opinion assés répandue que le demon a coutume de se manifester avec des pieds fourchus ; quelque ridicule que paroisse d'abord cette opinion, elle peut être vraie en quelque chose. En effet il a souvent paru sous la forme d'un bouc, animal dont les pieds sont fourchus ; il avoit emprunté cette forme lors qu'il apparut à faint Antoine dans le desert ; & les premiers chretiens regardoient les apparitions des faunes & des fatyres comme des apparitions de Satan. Quelques versions de la Bible semblent confirmer cette idée , & lors qu'au levitique 17. il est deffendu de rien offrir aux démons, le texte original employe le mot seghuirim , c'est-à-dire boucs

, parce que le diable se montroit communément sous cette forme, suivant l'explication des rabins & de Tremellius. Et si l'on doit en croire les magiciennes, il a paru dans ces derniers tems sous la même forme, & Bodin en produit plusieurs exemples; ainfi c'est avec raison, luivant Pie

herissés, parce que

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rius , que le bouc est regardé comme l'ema blême de Satan. Ce pouvoit encore être l'emblême du peché, comme dans le sacrifice annuel des juifs ; ou celui des méchans & des damnés, conformément à ce texte sacré, où il est dit que J. C. separera les boucs d'avec les brebis, c'est-à-dire les enfans de Dieu, d'avec les enfans du Demon,

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CHAPITRE XXI I I. De quelques autres opinions , ou pratiques

douteuses. E conçois que par les marques des on

on peut conjecturer quelque chose de la difference des temperamens, & des humeurs dominantes ; mais les présages que l'on en tire me paroissent inconcevables. Cardan assure dans son traité de van rietate rerum qu'il avoit prévû par ces mar. ques tout ce qui lui étoit arrivé de singulier ; mais nous n'avons pû en trouver d'autres exemples. Nous n'ajoutons pas foi davantage à ce qu'enseigne la chiromance, que les taches au haut des ongles signifient les choses passées, les taches du milieu marquent les choses presentes , & que les taches inferieures présagent les évenemens futurs : que les taches blanches sont des marques de bonheur, les taches bleues des marques de malheur ; que celles du pouce

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annoncent des honneurs, celles de l'index des richesses, & ainsi des autres suivant le rapport de chaque doigt avec les planetes dont il tire son nom, comme l'enseigne Tricassus dans son traité de inspectione rerum, mais que Picciolus a très-bien refuté. Nous n'examinerons point ce que l'on dem bite au sujet des lignes qui se remarquent dans nos mains, & par lesquelles on prétend prédire les évenemens heureux ou malheureux. Si elles étoient des signes de l'avenir, elles devroient l'être aulli dans les autres animaux, mais particulierement dans les singes & dans les taupes en qui nous avons observé la ligne de vie, celle du foye &c.

20 On a crű autrefois que si on abandonnoit les enfans à l'instruction de la nature, ils parleroient d'eux-mêmes la langue primitive, celle que parlerent les premiers hommes. Les chrétiens ont adopté cette idée, & y ont ajouté qu'alors ils parleroient la langue hebraïque, comme étant, selon eux, celle d'Adam. Il seroit à souhaiter qu'ils eussent touché le but ;

i outre la facilité qu'il y auroit à apprendre une langue aussi-urile, on pourroir plus facilement déterminer le vrai sens des li. vres que nous avons en certe même langue. Car les sçavans ne conviennent pas absolument

que

l'hebreu qui reste soit le

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même que l'on parloit avant la confusion des langues , & qu'il se soit conservé chés les hébreux par Abraham & fa pofterité ; ou si ce n'est point plus tôt la langue de Phenicie, & de Chanaan, qu'ils y avoient apprise pendant qu'ils y demeuroient. J'ayoue que la premiere idée me semble préferable, & que je panche vers l'opinion de ceux qui croyent qu'à la confusion des langues il ne s'en forma point une nouvelle pour chaque famille, mais que de la

langue originale qui se conserva toujours ✓ il fortit plusieurs dialectes qui devinrent

particuliers. Or ceux qui avoient conservé l'ancienne pouvoient aisément entendre toutes les autres. C'est pour cela qu'Abra- . hain forti de la famille d'Heber put con. verser avec les chaldéens , les philistins, les égyptiens, ceux de Mésopotamie, & de la Palestine, en ramenant les differens dialectes à la langue originale.

3° On craint de tuer les hirondelles, quoiqu'elles soient incommodes , ou da moins inutiles; on se persuade qu'il en résulteroit quelque malheur. Or il est vraifeniblable

que

c'est encore un reste de superftition payenne. Elien nous apprend que les hirondelles étoient consacrées aux dieux penates, & que par cette raison on s'abftenoit de les tuer. On les honoroit encore comme les heraurs du printems ; & les rho.

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diens, au rapport d'Athenée, avoient une espece de cantique par lequel ils celébroient le retour des hirondelles.

4° Il se peut que les chandelles ne donnent qu'une lumiere bleuâtre, lorsqu'il y a quelque apparition d'esprits , s'il arrive en même tems que l'air soit rempli d'esprits sulphureux; ce qui est fréquent dans les mines où les exhalaisons ont le pouvoir d'éteindre les lampes. Cela pourroit encore arriver lorsque les esprits fe manifestent sous la forme de ces exhalaisons. Mais qui pourroit croire ce qu'on dit des lumignons quand il s'en détache quelque partie qui brille plus que le reste, qu'ils annoncent lavenue de quelqu'un ? Ce phénomene au contraire n'indique autre chose qu'un air humide & pluvieux qui empêche les parties lumineuses de se répandre, & les fait retomber sur le lumignon

5° Le coral n'est bon qu'à affermir les dents des adultes ; cependant on s'en sert pour faire sortir celles des enfans ; & c'eft dans cette vue qu'on leur en donne des cole liers. Pour moi je suis tenté de croire que cet usage a son origine dans la superstition & que l'on se fervoit autrefois du coral comme d'un amulette ou preservatif contre les fortileges; car c'est ainsi que Pline en a parlé : aruspices religiosum coralli geftamien Amoliendis periculis arbitrantur ; ( surculi irom

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