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LE LYON,

ET SES COURTISANS..

FABLE VI...

L

E Roi des animaux méditant des projets,
Inconnus à fa Cour, à fes favoris même,
Fit affembler un jour, dans fon Confeil suprême,
Ses plus honorables sujets.

Pourquoi ? je vous le donne à deviner en quatre,...
En cent, en mille, ami Lecteur.
M'y voici, Monfieur le conteur.
Par un coup décifif il s'agiffoit d'abattre
Quelque ennemi fecret, d'autant plus dangereux.
Ce n'eft pas là le mot que l'Enigme renferme :
Mais, courage, allons, tenez ferme :
Peut être une autrefois ferez-vous plus heureux ?
M'y voilà donc au lieu de pourfuivre la guerre,
Quoique victorieux, le Lyon defiroit
Par une paix qui l'honoroit,
Affurer fon repos & celui de la terre.
Pas un mot de cela; j'en fuis fâché pour vous.
Mais qu'y faire? Eft-ce affez? Non pas; écoutons-

nous :

Jay pour le coup, je crois, la chofe devinée.
Eh bien... il s'agiffoit d'un mariage... Bon!
Le Lyon mon héros étoit un Roi barbon; /

Et veuf, il redoutoit un fecond Hyménée.
Jettez votre bonnet par deffus les Moulins.
Le voici, cher Lecteur, ce projet d'importance,
Projet qui déplut fort aux efprits patelins.
Je le crois. Le Lyon dans cette circonstance
Vouloit qu'en plein conseil on lui dit fes défauts..
La chose à déviner n'étoit pas fort aisée,
Et jadis cette Enigme, aux Thébains proposée,
Eut pu faire donner dipe dans le faux :
Car rarement un Roi, quoique de l'impofture,,
Il foit ennemi décidé,

Tente-t-il pareille avanture.

Encore celui-ci fut-il mal fecondé.

Chacun envisagea dans un jour favorablem

Tous les défauts qu'en lui le Lyon croyoit voir...

Je fuis, dit-il, cruel, colere, inéxorable :

Aħ, Sire, dites, jufte ; & c'est votre devoir.
Une justice inaltérable

Sur tout ce qui la bleffe eft prompte à s'émou-...

voir.

Je suis fier : la fierté fied bien aux grandes ames.
Pour les moindres écarts je jette feux & flâmes :
Vous fçavez maintenir le fouverain pouvoir.
Ma figure eft terrible, & même il n'en eft gueres
Que l'on craigne, dit-on, autant d'appercevoir : ..
Eh laiffons la figure à des hommes vulgaires!
Croyez, Sire, qu'un Potentat

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Eft aimable, fçavant, & fage par état..

Chaque défaut reçut une excufe autentique,
Et pas un Courtifan ne dit la vérité :

Tant eft grand le danger du pouvoir defpotique !*
Le Renard ment par politique,
Le Mouton , par timidité.

*

Que vous êtes à plaindre, ô Souverains du monde!
De flatteurs empeftés la foule vous inonde:
Dans cet art dangereux vos Sujets font nourris.
Baniffez les, bien-tôt il en renaîtra d'autres !
Je vous connois des favoris;

Vos amis où font-ils.? qu'ils foient auffi les no

tres!

LETTRE

D'UN PHILOSOPHE,

A M. Chapelas, Curé de S. Jacque de la Boucherie, Docteur de Sorbonne.

ONSIEUR,

Vous me marquez par votre Lettres. que la naïveté avec laquelle je vous entre tins dernierement touchant la Médecine, vous a tellement plû, que je ne vous fçaurois obliger plus fenfiblement que de vous envoyer par écrit toutes mes Réflexions, pour les communiquer à votre Médecin, » dont les fentimens font bien différens des miens. Je le ferai, Monfieur, d'autant plus agréablement,, que je fuis perfuadé » que vous ne me refuferez pas de me donner auffi par écrit les objections qu'il y

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»fera, afin que ma réplique vous puiffe faire connoître que mes fentimens font appuyés fur des fondemens inébranlables. Mais comme dans une Converfation les matieres font traitées avec affez de confufion, vous > trouverez bon, s'il vous plaît, que je leur » donne quelque ordre, afin de vous faire >mieux comprendre tout ce que je pense; » & jugeant que j'aurai befoin pour quelque Démonftration, de faire mention des Elémens, je fuis d'avis de vous en entretenir » d'abord, & de commencer par la Terre, » comme celle qui fe présente toujours à nos

> yeux.

»Les Philofophes définiffent la Terre, un Elément pefant, folide, froid & fec; mais cette définition fe trouve fauffe par l'expérience, puifque tous les mixtes les plus légers ont plus de terre que les plus pefans, ce qu'on peut remarquer en anatomifant quelques mixtes; car on trouvera que le Liége & le Saule qui font des Arbres fort legers, ont plus de terre que le » Buis & le Chêne, qui font fort pefans. La > Pierre Ponce qui eft extrêmement légere, a plus de terre que le Marbre, qui eft la pierre la plus pefante ; & il n'y en a qu'une demi-once dans une livre de Souphre, quoique le Souphre foit un minéral fort pefant. Ainfi nous définirons la Terre, un..

B

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