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vous porte à les affifter tous les jours de vos avis falutaires, & vous avez remarqué fans doute qu'il n'y en a point parmi ceux qui font atteints de fiévre, à qui on n'épuife le fang des veines, & qu'on ne tâche de rafraîchir continuellement, tant par les alimens, que par les remedes, fur l'indication que les Médecins prétendent avoir d'une effervefcence bilieufe, qu'ils fuppo fent fe faire dans le cœur, & être la caufe du mouvement plus fréquent du poulx comme fi ce noble vifcere, qui eft un muf cle, ou plutôt un affemblage de mufcles >ne recevoit pas fon mouvement des efprits, de même que les autres muscles, comme je ferai voir dans mon Traité de la Fiévre; & ils pouffent fi loin l'action de la bile, qu'ils veulent que les paffions & les facultés de l'ame dépendent de cette prétendue effervefcence de bile, ce qui eft une abfurdité, qui ne peut procéder que du peu de réflexion qu'ils font fur l'action des efprits qui font les feuls inftrumens de toutes les paffions & de tous les mouvemens de l'ame. Ils n'ont pas de plus grand plai fir, que lorfqu'un malade donnant dans leur fentiment quand il a été faigné, dit que fon fang eft fort bilieux; car d'abord ils élevent la faignée fur le trône, & disent qu'elle a été faite fi à propos, que non

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feulement elle a emporté une grande quantité de bile, mais auffi beaucoup d'atré»bile; & tout le monde eft tellement imbû de cette fauffe croyance, qu'il femble qu'il »y a de la témérité à la contredire, tant à raifon de ceux qui l'appuyent, qu'à raifon » du peu de cas que font les plus grands de fe vouloir éclaircir d'une matière qui a fait autrefois l'application des Rois. Mais je me fervirai feulement d'une comparaifon pour vous faire connoître que les diverfes couleurs qu'ils remarquent dans le fang ne proviennent pas des diverfes humeurs dont ils prétendent qu'il eft compofé, mais que ce font feulement des excrémens qui » n'ont pû être rejettés dehors, & que c'eft leur détention qui caufe les maladies. Vous pouvez fçavoir, Monfieur, que dès que le pain reçoit quelque altération, il y paroît une moififfure blanche, & fi cette altéra tion paffe plus avant, la moififfure devient jaune & verte; & fi la corruption devient plus grande, la moififfure fera noire. Que fi quelqu'un vous difoit que ce pain eft compofé de pituite, de bile & de mélan colie, & qu'il prétendît vous le prouver, en vous difant que la moififfure blanche eft la pituite, la moififfure jaune la bile jau one, la moififfure verte la bile poracée, & la moififfure noire la mélancolie, le

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croiriez-vous fur une preuve fi bien établie? Vous le prendriez fans doute pour un Vifionnaire & un Ridicule. Je ne trouve >pas que les Médecins ayent des raifons plus convainquantes, pour vérifier leurs qua tre prétendues humeurs dans la maffe du fang.

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Je paffe maintenant à la pratique, & >>vous prie de vous fouvenir que je vous ar » dit que dès que les alimens font dans l'ef tomach, la nature tend à les cuire, digérer & atténuer, pour les convertir en une fubftance blanche & liquide qu'on appelle chile, d'où fe forme le fang. Que fi elle > n'obtient pas fa fin, il en résulte un chile crud & indigefte qui ne peut produire qu'un mauvais fang, rempli de matieres excré>menteufes, qui n'ont pû être féparées par le défaut de la coction; & il n'eft pas difficile de juger ce que requiert la nature pour parvenir à fa fin, puifqu'elle demeure faute de vigueur. Il faut donc la fortifier, mais pour la fortifier, il faut fçavoir en quoi confifte fa force. Or fa force confifte dans la quantité & pureté des efprits. Il eft donc néceffaire de multiplier & épurer les efprits, ce qui fe doit faire par des matieres chaudes & fpiritueufes; mais elles font tellement en horreur àces Médecins dont la nature n'a pas

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l'honneur d'être connue, qu'au lieu de la feconder, ils diffipent les efprits par des faignées continuelles, & donnent lieu à une plus grande production d'excrémens qui terniffent & empêchent l'action des efprits. La nature ne fe relâchant jamais, tâche d'atténuer & de fubtilifer ces excrémens, pour les évaporer par les pores; & les Médecins, au lieu de feconder fon mouvement, les coagulent en les épaifif» fant par des tifannes rafraîchiffantes, par » des émulfions, par du petit lait, & par de l'eau de poulet faite avec les femences froides; & ils rejettent entierement les aromates & les diaphorétiques, qui font les » véritables remedes que la nature demande. Après cela l'on ne doit pas être furpris fi de la moindre maladie on tombe dans des »maladies dangereufes, ce qui ne peut arriver que par la feule faute des Médecins ; & je vous prie de tenir pour regle infaillible que fi un Médecin qui eft appellé > au commencement d'une maladie,ne guérit pas le malade dans le terme de huit jours, c'eft qu'il ne connoît pas la nature de la maladie, ou le remede qui lui eft convenable; & cela eft fi vrai, qu'ayant fait >>une mûre réflexion d'où procede le flux de » ventre, tant diarrhéique que diffenterique, j'ai compofé un remede fuivant les

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>principes de mon hypothèse, & les véritables loix de la nature, qui guérit infailliblement en quatre jours toute forte de flux de ventre; & l'opération en eft fi douce & fi bénigne, qu'on le peut donner à toute forte d'âge, même aux femmes groffes & quand on feroit à l'article de la mort ; car bien loin d'affoiblir par quelque évacuation, comme fait la racine de Pecoüane que M. Helvetius a mife en vogue, au contraire il fortifie, & ne fait aucune forte d'évacuation fenfible, & dans fon »ufage on n'a befoin ni de purgatif, ni de faignée, ni de cliftere. J'en ai préparé un autre pour l'Hidropifie, qui n'eft guéres moins affuré que le premier, & je fuis tel»lement convaincu de la folidité de mes principes, que je défie les plus envieux de les pouvoir détruire. Voilà, Monfieur, à peu près le contenu de notre Entretien, que je fouhaite vous être auffi utile pour votre fanté, que vous êtes néceffaire pour le falut de vos Paroiffiens. Je fuis, &C

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LA BROSSE

A Paris ce 15 Février 1691.

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