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EXPLICATION

DU CHAPITRE XXXII.
Sens litteral & fpirituel.

4.1. Mais le peuple voyant que Moife differoit long-
tems à defcendre de la montagne, s'affem-

bla en s'élevant contre Aaron, & luy dit: Faites-nous des dieux qui marchent devant nous. On voit par ces paroles combien étoient préfomptueufes & peu finceres ces proteftations que tous les Ifraëlites avoient faites avec tant d'afsurance, qu'ils feroient tout ce que Dieu leur avoit commandé, & qu'ils feroient foumis à fes ordres, puis qu'à la premie re occafion ils fe foûlevent contre Dieu & contre Aaron qui les gouvernoit de fa part, & qu'ils paf fent tout d'un coup du culte qu'ils luy rendoient, à l'impieté & à l'idolâtrie: Nous ne sçavons, difent-ils ce qui eft arrivé à ce Moife qui nous a tirez de l'Egypte. Non fculement ils abandonnent Dieu dans leur cœur, mais ils témoignent enco re par leurs paroles infolentes, qu'ils n'ont que du mépris pour luy & pour les Miniftres.

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in Exod.

qu. 141.

4.2. Aaron leur répondit: Otez les pendans-d'oreilles de vos femmes, de vos fils de vos filles, & apportez-les-moy.,, Aaron, dit faint Auguftin, or. Auguft. donne au peuple une chofe, qu'il croyoit leur devoir paroître difficile, qui étoit de luy ap,, porter les pendans-d'oreilles de leurs femmes, ,, ce qui tient d'ordinaire fort au cœur des perfonnes de ce fexe : afin que la peine même ,, qu'ils auroient à fe priver de ces ornemens, détournât d'un deffein fi injurieux à Dieu & fi criminel. Mais le même demon qui leur avoit ,, infpiré cette penfée fi impie, la rendit plus forte », dans leur cœur, que l'attache qu'ils avoient à ,, la vanité de ces ornemens,

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C'auroit été déja une grande foibleffe à Aaron que de n'ofer s'opposer formellement à l'idolâtrie de ce peuple, & d'eflayer feulement de l'en détourner, en luy en rendant le moyen très-difficile. Mais c'eft un attentat contre Dieu qui ne fe comprend pas en la perfonne d'un frere de Moife, & d'un homme destiné à être le Pontife du peuple de Dieu, que non feulement il autorise par fon confentement & par fon filence une impieté fi déteftable, mais qu'il ne refufe pas même d'être le fabricateur de cette idole, qui devoit être adorée en la place du vray Dieu.

La timidité d'abord s'empare de fon cœur, & étouffe dans fon efprit toutes les vûës de fon devoir, & toutes les lumieres de fa raison. La crainte de la fureur d'un peuple infenfé prevaut fur celle qu'il devoit avoir de la majefté de celuy auquel il n'ignoroit pas qu'il faifoit le plus grand de tous les outrages, en confentant à une fi horrible impieté. L'amour qu'il avoit pour la vie l'empêche de voir, qu'il luy auroit été infiniment plus avantageux de la perdre que de la conferver par une action fi lâche & fi criminelle › en manquant en même tems à ce qu'il devoit à Dieu, à Moïse son frere, à luy même & à tout le peuple.

Mais ce qui arrive ici à Aaron fait voir clai rement ce qui a été marqué à l'entrée de ce livre, qu'on ne doit pas s'étonner que la conduite d'Aaron & de Moïfe ait été fi peu femblable dans P'exercice de leurs charges, puifque la maniere dont ils y font entrez a été fi differente, & que la fuite de ces grands emplois dépend d'ordinaire des commencemens.

Moife après quarante années de retraite, étant penetré du fentiment de fon indignité, s'oppofe à Dieu, qui luy declare qu'il veut qu'il foit le liberateur & le conducteur de fon peuple. Il luy refifte prefque jufques dans l'excès, & il ne le

rend

rend à la fin, qu'après que Dieu a remis fur fon frere Aaron une partie de la charge qu'il vouloit lui donner à lui feul, & qu'il l'a determiné abfolu ment à la recevoir.

Aaron au-contraire reçoit, fans faire la moindre difficulté, la premiere propofition que Moïfe lui fait d'être l'interprete de Dieu, de porter fa parcle, & de faire des miracles devant fon peuple.

Qu'arrive-t-il de ces deux difpofitions fi diffe rentes? Il ne faut que voir les fuites de l'une & de l'autre. Moïfe eft intrepide devant Pharaon. ,, C'eft un prodige de courage & de fageffe. Il eft Prov. 28. ,, ce juste dont le Sage dit, qu'il eft affuré com- v. 14 ,, me un lion, & que rien n'eft capable de lui donner de la crainte.

Aaron au-contraire à la premiere émotion du peuple eft faifi de frayeur. Il oublie le rang auquel il n'a point craint d'être élevé. Il trahit la caufe de Dieu. Il fait une idole afin qu'on l'adore. Il devient le miniftre de l'impieté.

Ainfi felon la parole de l'Evangile, la vertu de Moïfe fondée fur une profonde humilité, a été une maifon bâtie par un fage architecte. Les vents ont foufflé, les fleuves fe font débordez & font venu fondre fur cette maifon, & elle n'eft point tombée, parce qu'elle étoit bâtie fur la pierre d'une profonde humilité. Et la vertu d'Aaron au-contraire a paru une maifon bâtie fur le fable d'un efprit non affermi dans la crainte de Dieu, & dans le mépris de lui-même, qui eft tombée auffi-tôc que les vents ont foufflé, parce qu'elle n'avoit point de fondement.

4. 5. Aaron dreffa un autel devant le veau: & il fit crier par un heraut: Demain fera la fête du Seigneur. Il y a dans l'Hebreu le grand nom de Dieu Demain fera la fête de Celuy qui eft. Il paroît bien étrange qu'Aaron fe foit fervi en cet te rencontre de ce nom de la fuprême Majefté de

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Dieu,

Dieu, comme s'il avoit voulu dire; Demain vous offrirez des facrifices à ce veau. Vous reconnoîtrez qu'il eft vôtre Seigneur, & que c'eft-là ce Dieu dont le nom eft ineffable, & dont la puiffance eft infinie.

Il paroît, felon la remarque des Interpretes, que tout ce peuple avoit demandé ce veau pour l'adorer, ainfi que les Egyptiens adoroient leur Apis ou leur Serapis fous une forme semblable.

V. 6. Les Ifraëlites après avoir mangé ¿ bû, se leverent pour jouer. C'est-à-dire pour danfer, les Payens, felon la remarque des Interpretes, ayant accoûtumé de celebrer ainfi par des feftins & par des danfes, les fêtes de leurs idoles.

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V. 9. 10. Le Seigneur dit à Moïfe: Je vois que ce peuple a la tête dure. Laissez-moy faire, afin que mon indignation s'allume contr'eux, & que je les extermine, & je vous rendray le chef d'un grand peuple.,, Cette parole de Dieu à Moïfe, dit faint Auguft. Auguftin, n'eft pas proprement un commandein Exod. ment: car fi c'en avoit été un, un homme fi faint n'auroit eu garde d'y defobéïr. Ce n'étoit ,, pas auffi une demande, n'étant pas dans la bien. féance Dieu demandât quelque chofe à fon que ferviteur fans l'obtenir : & Moïfe d'ailleurs étant humble ,,trop pour ne faire pas à l'inftant, & de tout fon cœur, ce qu'il auroit crû que Dieu auroit fouhaité de luy.

qu. 149.

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Mais cette maniere de parler est en même tems, & très-avantageufe pour Moïfe, & trèsdigne de la bonté du Tout-puiffant. Elle fait voir combien Dieu avoit d'eftime pour ce faint homme, & combien l'amitié dont il l'honoroit, avoit de pouvoir fur luy, puis qu'elle luy lioit les mains en quelque forte, & qu'elle étoit capable d'arrêter fon indignation, lors qu'elle étoit prête d'éclater fur ceux qu'elle auroit pû perdre fi juftement.

pour ce

Ainfi, felon la fage reflexion de Theodoret; quand Dieu dit à Moïfe: Laiffez-moy, afin que mon indignation s'allume contre ce peuple, & que je le perde cette parole, bien loin de rallentir Moife dans les prieres inftantes qu'il faifoit peuple, l'excitoit au-contraire à demander fa grace avec encore plus d'ardeur, en luy donnant plus d'efperance de l'obtenir. Car Dieu faifoit voir ain fi d'une part combien il confideroit l'interceffion de fon ferviteur; & de l'autre combien il aimoit ce peuple, quelque criminel qu'il pût être : puis qu'en ayant été fi fort offensé, il fe confideroit comme un pete très-jufte & très-tendre, qui le porte tellement à punir l'injure qu'il a reçûë de fes enfans, qu'il eft bien-aife qu'on s'oppofe à fa colere, & qu'on luy ouvre une voye pour se reconcilier avec ceux qu'il aime.

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Theod in Exod. qu

67.

149.

Dieu nous a voulu montrer encore par cet Ang in Exod. qu. ,,exemple, dit faint Auguftin, combien il avoit été à ce peuple d'être aimé par un avantageux homme qui étoit luy-même fi aimé de Dieu : », pour nous apprendre avec combien de veneration nous devons honorer les Pasteurs vraîment charitables, puifque leur vie fainte tient fouvent lieu de merite à ceux qui n'en ont point, & que Dieu pardonne en leur faveur à des ames qui s'étoient attiré fa colere, parce qu'elles ont le bon,, heur d'être aimées & d'être protegées de ceux ,, qu'il aime: His verbis fignificat Deus, plurimùm Aug. ib, apud fe prodeffe illi populo, quia fic ab illo viro diligebatur, quem fic Dominus diligebat: ut eo modo admoneremur, cùm merita noftra nos gravant ut diligamur à Deo, relevari nos apud eum illorum meritis poffe, quos Deus diligit.

رو

Tout ceci nous doit porter, ajoûte ce Saint, à admirer la bonté de Dieu envers les hommes, lors même qu'ils s'en rendent le plus indignes. Car d'où venoit cet excès d'amour qu'avoit

I 3

Moïfe

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